mardi 25 avril 2017

Victoire de Macron

Jean Pierre Ryf


Emmanuel Macron est donc arrivé en tête et il est très probable qu'il sera le prochain Président de la République.

En ce qui me concerne, je m'en réjouis car avec cette élection c'est une clarification sans précédent du paysage politique français qui était devenu, au fil des années complètement incompréhensible et donc dangereux.

En ce qui concerne le parti socialiste il fallait être aveugle pour ne pas constater qu'il s'agissait d'un parti fourretout ; et qui depuis François Mitterrand et son congrès d'Epinay, essayait avec plus ou moins de succès d'unir des positions en réalité incompatibles.

Ma thèse en ce qui concerne le parti socialiste était qu'il avait atteint en grande partie ses objectifs fondamentaux et qu'il lui était difficile, sauf à être dans la posture, de proposer des choses très nouvelles.

Le quinquennat de François Hollande a fait éclater cette prétendue unité des gauches en mettant clairement la focale sur :
-      d'une part une gauche réformiste, admettant comme absolument inévitable la liberté en économie, voulant simplement permettre de la redistribution de la richesse créée et ouverte sur le plan des questions sociétales et,
-      d'autre part, une gauche "révolutionnaire" refusant dans le fond la liberté économique pour prétendre à une sorte d'économie dirigée ou, en tous cas, tellement contrainte, qu'elle serait vouée à l'impuissance.

Ces deux gauches ne pouvaient, sauf hypocrisie totale, demeurer plus longtemps unies.

Dès lors les frondeurs, les écolos gauchistes ne pouvaient demeurer lier à des gens qui acceptaient le libéralisme.

L'apport considérable de Macron, c'est d'avoir en quittant les appareils, mis un terme à ces "unions de la gauche", à ces "gauches plurielles" qui étaient des tromperies et qui ont entraînées, années après années des déceptions grandissantes.

Mon reproche à Hollande et à Vals c'est qu'ils n'ont pas eu le courage de porter le fer et de dire clairement les choses en laissant entendre que l'on pouvait encore "unir" les gauches. Voilà où cela les a menés.

Quant à la droite elle a aussi volé en éclat entre une droite dure, pas très éloignée en réalité du Front National et une droite humaniste soucieuse de justice et d'ouverture.

Dès lors tout sera désormais beaucoup plus clair :

- D'un côté tout ceux à droite et à gauche qui acceptent le libéralisme en matière économique, seul système capable de vraiment créer de la richesse mais qui veulent aussi un pouvoir juste et une redistribution des fruits de la richesse créée.
- De l'autre à droite, les extrêmes, qui certes veulent du libéralisme économique mais sans régulation et sans justice et qui sur le plan sociétal sont dans la régression, dans le soutient des veilles valeurs dépassées qui sont pour une identité étriquée et fantasmée.
- Enfin la gauche extrême qui lutte contre le libéralisme et qui voudrait instaurer une économie régentée, c'est à dire une économie qui n'a jamais dans l'histoire réussi et qui a vite vu venir les dictatures et la pauvreté.

Je pense donc que ces nouveaux clivages vont avoir une longue vie et une grande efficacité et ce ne sera pas le moindre mérite d'Emmanuel Macron.


dimanche 23 avril 2017

LES NEO-JIHADISTES : LA FRANCE FERA-T-ELLE LA MÊME ERREUR QUE LA TUNISIE ?

Depuis que le jihadisme s'est invité en Europe, les médias semblent découvrir le terrorisme islamiste ; alors que les responsables politiques de gauche comme de droite n'ont cessé de l'instrumentaliser chez les "arabes", en suivant leurs homologues américains dans leur politique "arabe" !

Le plus curieux est qu'après chaque attentat, des journalistes et des spécialistes de toutes sortes, viennent nous "décrypter" le profil du terroriste : un loup solitaire, un psychopathe, un ancien détenu radicalisé en prison, un radicalisé "express" ....

Et tous de s'étonner qu'il s’agisse souvent d'un voyou, non pratiquant, sans foi ni loi, buveur d'alcool, noceur ... mais qui a commis son acte au nom d'Allah ou pour venger le prophète Mohamed ; et chez qui la police a "trouvé" un coran, que son ordinateur dévoile les sites islamistes qu'il consulte, et que son téléphone portable révèle que parmi ses contacts, il se trouve des islamistes radicalisés ...
Ils s'étonnent que le terroriste n'ait pas le profil du "religieux", qu'il ne soit pas bien imprégné de sa "religion". Il leur paraît curieux qu'il s'agisse d'individu ignorant souvent tout de la doctrine qu'il sert !

Se demandaient-ils, si les terroristes des Brigades Rouges ou ceux de la Bande à Baader ... maîtrisaient la doctrine communiste et lisaient Karl Marx ?

Il ne leur vient pas à l'idée qu'il suffise à un individu d'une "rencontre", parfois d'un "discours" pour libérer ses instincts meurtriers ...
En l'occurrence, il suffit que l'apprenti jihadiste/terroriste entende un prédicateur ou un pseudo imam lui dire que voler, violer, dealer, tuer ... un mécréant, est "halal" (licite); pour valoriser toutes ses mauvaises actions, pour lesquelles la Justice le condamnait, jusque-là !
Quand on sait la haine qu'il voue aux policiers, qui lui "empoisonnent" la vie et qu'il se verrait bien les "buter"; et qu'il entende des islamistes les assimiler au "taghouth" (tyran) et appellent à leur élimination physique, rendant licite leur mort ... comment s'étonner dés lors du passage à l'acte chez un tel individu, du moment que des "religieux" le recommandent et dont il a déjà la "bénédiction", au motif que cela "plaise" à Allah ?

Et si se tuer, en entrainant dans sa mort mécréants et "taghouth" (ou les forces de l'ordre qui le représentent), lui fait gagner le paradis ; avec en prime 72 houris qui l'attendent, "régime" réservé uniquement aux martyrs ... il y a des abrutis qui franchissent le pas !

Voilà comment d'un voyou, les islamistes font kamikaze qui aspire au statut de martyr !

Pas besoin d'en savoir plus sur la "religion". Il suffit de quelques "explications" et de récitation de certains versets du coran assortis de quelques "hadiths" (citation du prophète Mohamed) de la part d'un islamiste pour manipuler de tels individus incultes !!

Il ne sert à rien de courir après les endoctrinés individuellement si l'Etat ne poursuit pas ceux qui les endoctrinent au wahhabisme et les haranguent de leurs discours de haine !
Combien de morts faudra-t-il en France pour que les responsables politiques prennent les bonnes résolutions et neutralisent le terrorisme à sa source.

La France fera-t-elle la même erreur que la Tunisie où les mosquées poussent comme des champignons et le nombre de prédicateurs et pseudo-imams, augmente de façon exponentielle ? Pays livré aux prédicateurs d'Arabie, envoyés par les pétromonarques pour accélérer la reconversion de la société tunisienne au wahhabisme.
Cela a commencé sous le gouvernement de la troïka que dominait les Frères musulmans et se poursuit sous gouvernement de Nidaa Tounes que domine aussi la confrérie de Ghannouchi !

C'est pourquoi la véritable guerre contre le terrorisme doit se faire en amont du candidat au " jihad ". 
Il faut lutter par tous les moyens contre la diffusion du wahhabisme, doctrine qui fonde tous les islamismes.
Il faut interdire tout parti ou association d'islamiste, Frères musulmans compris. 
Il faut contrôler le financement des centres "culturels" et cultuels, financés souvent par des pétromonarques. 
Il faut interdire l'accès aux satellites, aux médias qui font du prosélytisme au wahhabisme. 
Il faut contrôler les réseaux sociaux et interdire les sites islamistes comme cela est fait pour certains sites pédophiles.  

Pour cela il faut une réelle volonté politique pour tarir le terrorisme à sa source ! 
Le reste n'est que gesticulations ... à moins que ce ne soit une connivence entre hommes politiques et Frères musulmans, dans un but électoraliste !


Rachid Barnat

mardi 18 avril 2017

LE SCRUTIN TURC, SERVIRA-T-IL DE LEÇON AUX TUNISIENS ?

Article paru dans : 
Kapitalis
Agoravox

Les Tunisiens comprendront-ils la leçon du scrutin qui vient de se dérouler en Turquie ? Il y a, en effet, beaucoup à apprendre de ce vote. Les similitudes entre la Turquie et la Tunisie sont nombreuses et éclairantes.

Voilà deux pays dans lesquels des hommes d'Etat de grande envergure, farouchement patriotiques, nationalistes convaincus, Atatürk et Bourguiba, ont fait évoluer leur peuple dans un Etat moderne et laïc et les ont conduit vers le progrès, grâce à l'éducation. 

Mais voilà aussi deux pays qui sont la proie d'hommes politiques, complexés de l'Histoire sinon de la vie ; et qui n'ont d'autre ambition que le pouvoir pour prendre leur revanche sur l'Histoire sinon sur la vie. Ils instrumentalisent l'Islam pour anéantir tout ce que ces grands hommes avaient créé, pour assujettir leurs peuples et les entraîner vers la régression intellectuelle, économique et sociale ; au nom d'une idéologie passéiste, le panislamisme !

Dans les deux cas, ce sont des Frères musulmans qui veulent revenir sur les acquis, avec la duplicité et l'hypocrisie qui les caractérisent.

Si au début Erdogan comme Ghannouchi se sont attaqués ouvertement aux pères fondateurs de ces deux Etats modernes, pour les gommer de la mémoire collective de leur peuple ; très vite devant l'échec de la stratégie de dénigrement, ils ont fait machine arrière. S'ils s’inclinent et font mine de célébrer, l'un Atatürk, l'autre Bourguiba ; en douce, ils défont petit à petit leurs réalisations. 
Ils vont jusqu'à les instrumentaliser, tout en s'attaquant méthodiquement à leur œuvre, sapant les fondements de ces républiques !

Que nous dit le scrutin référendaire turc ? Qu'est-ce qui est comparable à la Tunisie et donc lourd de menaces pour les tunisiens ?

Il nous dit d'abord que ceux qui se présentent au début comme des modérés, qui parlent de démocratie, de liberté ; n'ont de cesse d’obtenir les pleins pouvoirs, de brimer les libertés et d'instaurer une dictature. 

C'est très clair dans le cas d'Erdogan. 
Après avoir jeté en prison plus de 150 journalistes, limogé 4500 fonctionnaires, réprimé sans limite les oppositions, purgé l'armée ; il a demandé par référendum au peuple de lui accorder les pleins pouvoirs pour régner seul. 
Après avoir muselé la presse libre, il veut mettre les juges au pas. 
Le wahhabisme que la confrérie des Frères musulmans a répandu dans le pays pour supplanter le soufisme ancestral des turcs, a permis à Erdogan d'amener une partie du peuple à le soutenir sans réserve.
Ce que Ghannouchi a fait quand la troïka qu'il dominait, était au pouvoir ; en harcelant les journalistes et en recrutant massivement de nouveaux "fonctionnaires", infiltrant ainsi les rouages de l'Etat, pour les minier de l'intérieur. 

L'analyse du vote est très éclairante. 
Erdogan est soutenu aujourd’hui par la partie du peuple turc la moins instruite, celle des campagnes dans la Turquie profonde, qui se plie devant ce qu'on lui présente comme la volonté d'Allah.
Alors que dans les villes importantes et sur les côtes, une population plus ouverte, plus instruite, moins bigote ; a voté en majorité contre lui, consciente du totalitarisme auquel il aspire.

La situation est la même en Tunisie. 
Ghannouchi tout comme Erdogan, appartiennent à l'organisation internationale des Frères musulmans. Il admire Erdogan et le prend pour modèle. Il vient de le féliciter même si le "oui" l'a emporté de justesse, score obtenu grâce à une opposition muselée qui dénonce la fraude ! Tout comme lui, il ne cesse de s'en prendre aux journalistes et aux intellectuels. 
Si Erdogan a profité du coup d'Etat raté pour purger l'armée et placer ses hommes ; Ghannouchi n'aura de cesse de s' "assurer" l'armée, les forces de l'ordre et l'UGTT (centrale syndicale); ces remparts de la République !  

Ce qu'a fait Erdogan en Turquie pour arriver au pouvoir et le conserver, Ghannouchi est en train de le réaliser en Tunisie ! Dans un premier temps les Frères musulmans répandent le wahhabisme, préalable indispensable pour toute manipulation et domination des masses populaires. Ce que les nahdhaouis assurent si bien depuis le 14 janvier 2011, quand ils se sont emparés de la "révolution" et ont détourné ses slogans "Liberté, Egalité, Travail" pour un débat identitaire sous prétexte de faire recouvrer aux tunisiens l'identité "arabo-musulmane" qu'ils auraient perdue. Surfant sur leur manque de culture et leur ignorance, ils leur "vendent" le wahhabisme pour supplanter leur malékisme ancestral, ainsi que le modèle sociétal des pétromonarchies qui va avec, en guise d'identité "arabo-musulmane" !

Ainsi ils ont distillé l'islamisme dans la société tunisienne qu'ils ont livrée aux prédicateurs envoyés par les pétromonarques, pour diffuser le wahhabisme. 
Et depuis, la bigoterie augmente de jour en jour de manière exponentielle dans une population inculte et pauvre grâce, entre autres, aux "œuvres caritatives"; ces officines d'endoctrinement, sinon d'embrigadement, des Frères musulmans nahdhaouis, pour faire leur beurre ; comme l'avait fait avant eux Erdogan dans la Turquie profonde.

Comme en Turquie, il faut aussi souligner qu'au début, ainsi que le rappelait le grand écrivain turc Nedim Gürsel, des intellectuels et des citoyens instruits ont cru au projet d’Erdogan ; jusqu'au jour où ils se sont rendus compte vers quelles dérives autoritaires cela conduisait.
De même en Tunisie, on constate qu'une partie de ceux qui se prétendent progressistes, n'hésitent pas à s’allier à Ghannouchi au prétexte qu'il serait modéré ! 
Comme beaucoup de turcs, ils se trompent et se rendront compte, trop tard, que la modération de Ghannouchi et de son parti n'est qu'un leurre destiné à accaparer le pouvoir. 

Le parti d'Erdogan était comparé, au début, à la démocratie chrétienne par certains responsables politiques européens désireux d'intégrer la Turquie à l'UE, en jugeant leur islamisme "modéré" ! 
Argument que reprendront les Frères musulmans d'Ennahdha pour amadouer les tunisiens, qui découvrent à leur dépens, la réalité de ce parti.

Si au début Erdogan a pu rassurer les turcs, c'est parcequ'il a su cacher son jeu en usant de la "taqiya", cet art de la duperie pour ne pas les heurter et que l'économie fonctionnait bien. Malheureusement sa politique a conduit à une récession sur tous les plans ; et notamment sur le plan du tourisme.
Comme en Tunisie, les islamistes au pouvoir ont entraîné une baisse importante de l’économie et détruit l'industrie touristique, pourtant vitale pour les tunisiens.

Autre similitude frappante. 
Erdogan comme Ghannouchi, tout religieux qu'ils se prétendent être, sont des corrompus qui utilisent le pouvoir pour s'enrichir. La corruption d'Erdogan et de sa famille, a atteint des sommets. De même en Tunisie les enrichissements soudains et importants des islamistes, choquent encore les tunisiens qui ont pourtant dégagé Ben Ali, pour en finir avec le népotisme, la corruption et les enrichissements frauduleux !
Faut-il rappeler que ces deux-là travaillent main dans la main dans le "jihadisme" international et exploitent la misère des peuples en recrutant les futurs jihadistes tunisiens pour servir de chair à canon en Syrie, Irak, Libye ... faisant du terrorisme un commerce lucratif pour leurs familles et leurs Frères musulmans, et transformant la Tunisie en premier pays exportateur de terroristes !

Enfin, une dernière ressemblance frappante. 
Lors de ce scrutin, les turcs qui vivent en Europe, ont voté massivement pour la réforme d'Erdogan, lui accordant les pleins pouvoirs pour faire disparaître les libertés et la démocratie ; tout comme l'ont fait les Tunisiens d'Europe pour soutenir Ghannouchi. 

Le plus étonnant, est que ces personnes jouissent de la liberté dans les démocraties européennes. Mais comme souvent beaucoup d'entre eux n'ont pas réussi à s'intégrer, ils votent "islamistes", comme pour marquer leur opposition à leur pays d'accueil où ils se sentent rejetés 
En somme, ils pénalisent égoïstement les populations de leur pays d'origine, les privant des libertés qu'ils n'ont pas su saisir dans leurs pays d'accueil, pour s'épanouir !

Que de similitudes !

Il reste aux Tunisiens à prendre conscience de cela et de ne plus tomber dans le piège du "consensus", de la "modération"; et de constater que les partis islamistes, tous sans exception, ont une trajectoire totalitaire. Ils font mine de respecter la démocratie tant qu'ils ne sont pas au pouvoir mais s'assoient dessus lorsqu'ils ont pris le pouvoir. 
C'est ce qu'a fait Mohamed Morsi en Egypte une fois parvenu au pouvoir, démocratiquement ! 
Quand à Erdogan, il compare la démocratie à un tramway : une fois arrivé au terminus, tout le monde descend, disait-il dans un de ses discours dénigrant la démocratie, ce concept occidental dont il n'y a pas trace dans le coran, disent les Frères musulmans !
Le référendum d'après, que demandera Erdogan aux turcs, sera pour le rétablissement de la peine de mort. Ce qui lui permettra de se débarrasser physiquement de ses opposants, comme au temps du Califat qu'il souhaite rétablir ! Pratique courante chez les Frères musulmans que découvrent les tunisiens avec l'assassinat de Chokri Belaid, depuis que Ghannouchi et ses "Frères" sont rentrés de leur exil.

Par conséquent la seule solution reste la lutte permanente et déterminée contre la religion en politique ; et plus particulièrement la résistance à la wahhabisation qui prélude à la soumission aux autoproclamés avocats d'Allah et de son prophète !

C'est donc à une œuvre pédagogique permanente que doivent se livrer tous ceux qui sont conscients du danger de l'islamisme politique qui n'a jamais rien apporté au pays qu'il a dirigé, sinon l'obscurantisme.
Et comme les politiques ont trahi et qu'ils sont au-dessous de leur mission historique, il faut que la société civile se lève et résiste. C'est d'elle, et elle seule, que peut venir le sursaut nécessaire.

Les responsables politiques de l'UE; et particuliérement ceux de la France et de l'Allemagne, doivent cesser leur jeu ambigu avec les Frères musulmans et arrêter de vanter leur islamisme "modéré et soluble dans la démocratie" pour les imposer aux "arabes"; comme c'est le cas pour les tunisiens. 
C'est une forme de mépris : les partis religieux exclus en France, pays laïc; seraient donc bons pour les Turcs et les Tunisiens !

Rachid Barnat


dimanche 16 avril 2017

ERDOGAN CHERCHE-T-IL A PRENDRE SA REVANCHE SUR LES Ibn SAOUD ?

Article publié dans : Agoravox

Curieuse démocratie, où le peuple vote pour la restriction de la démocratie !


L'Empire Ottoman a été démantelé et le Califat aboli, grâce au wahhabisme ! Erdogan rêve de reconstituer l'Empire turc et de restaurer le Califat ! Comment ?

Quand le wahhabisme est apparu dans la péninsule arabique, très vite les Ottomans vont le combattre comprenant le danger qu'il représente pour l'empire et pour leur trône !
Les anglais de leur côté, ont compris l'intérêt pour eux d'instrumentaliser le wahhabisme et de soutenir les tribus arabes converties à cette obédience, pour détruire l'empire Ottoman.
D'où leur alliance avec les Ibn Saoud, tribu dominante d'Arabie, elle-même alliée à Mohamed Abdel Wahhab, père du wahhabisme. Lawrence d'Arabie se chargera de mener la guerre contre les Ottomans, à la tête d'une armée de "jihadistes" (les fous d'Allah), recrutés dans les tribus arabes, qu'il mènera jusqu'à Damas !
Pour motiver les Ibn Saoud, Lawrence leur rappelle qu'il leur revient en tant qu'arabes, d'être les gardiens des lieux saints de l’islam ; le calife turc n'étant qu'un usurpateur de cette charge, leur disait-il !

La suite on la connaît : L'Empire Ottoman sera dépecé par les empires coloniaux anglais et français particulièrement. En 1923, c'est la fin de l'Empire Ottoman ! Kamal Ataturk sera le père de la Turquie nouvelle.
Il mettra fin au Califat et aux califes en proclamant la République et en adoptant la laïcité qu'il inscrira dans la constitution turque.

Et depuis, les nouveaux pays issus du démentellement de l'Empire Ottoman, seront dominés, voir colonisés par les puissances coloniales anglaise et française pour l'essentiel.
Pour lutter contre le colonialisme, des résistants dans les pays nouvellement "libérés" de la domination turque, vont recourir aux doctrines d'alors, comme : le panislamisme, le panarabisme, le nationalisme .... voir le communisme, qui aura moins de succès auprès de peuples souvent bigots !

Hassan el Banna, fondateur des Frères musulmans, a compris le rôle du wahhabisme dans la conquête du pouvoir. Il transformera cette obédience en doctrine de conquête du pouvoir par la domination des peuples. 
Les Ibn Saoud de leur côté, ont compris le pouvoir du wahhabisme qui leur a permis de dominer l'Arabie, mais ils veulent aller plus loin : reconstituer le califat, en se voyant bien dans le rôle du Calife des musulmans !

L'ambition des Ibn Saoud est de dominer les peuples qu'ils convertissent au wahhabisme, Occident compris ! Ce qu'ils ont fait chez les peuples musulmans d’Indonésie, d'Afghanistan, du Pakistan, des pays de l'ancienne Yougoslavie, des pays de l'ex-URSS ... puis dans le Moyen Orient (Egypte, Syrie, Palestine, Iraq, Yémen ...), en Afrique du nord (Tunisie, Algérie, Libye, Maroc) et Afrique noire (Soudan, Somalie, Niger, Mali ... ) !

Le projet d'Erdogan de reconstituer l'Empire turc et de restaurer le califat, avance à grands pas : après avoir converti en masse les turcs au wahhabisme, il a par petites touches mis la main sur tous les rouages de l'Etat, jusqu'à s' "assurer" la police et l'armée depuis le fameux coup d'Etat manqué. Désormais il pense pouvoir passer à l'étape du pouvoir absolu et restaurer la chariaa en lieu et place de la constitution kamaliste ... prélude au Califat ! D'où le "référendum" du 16.04.2017 pour lui donner tous les pouvoirs !

Ce qui est étonnant, c'est que Erdogan pour réaliser son projet de reconstitution de l'Empire Ottoman, recourt au wahhabisme qui a servi à sa dislocation ! Il faut dire qu'il ne fait que suivre l'exemple des anglais et des américains qui ont instrumentalisé cette obédience avant lui avec "succés". 

Et voilà comment des peuples devenus enjeu pour Frères musulmans et leurs ennemis jurés, les Ibn Saoud, sont dépossédés de leurs identité religieuse, soufie en l'occurence; et convertis au wahhabisme !

Tout comme les Ibn Saoud, Erdogan vise aussi l'Europe où la communauté turque lui sert de tête de pont pour répandre le wahhabisme, qui prépare les peuples à leur colonisation; quand les Ibn Saoud se contentent de multiplier les écoles coraniques, les lieux cultuels et "culturels" un peu partout en Occident, pour étendre leur hégémonie !


Ce sera sa revanche sur l'histoire, sur l'Occident et sur les Ibn Saoud. 

Rachid Barnat