dimanche 29 juin 2014

Islam et homosexualité

Farhat Othman,

Juriste, politiste, chercheur en sociologie et ancien diplomate

L'islam n'est pas homophobe, en voici la preuve !

La vérité sur le statut de l'homosexualité en islam doit être rappelée. Contrairement aux législations homophobes des pays arabes et musulmans qui se prétendent inspirées par la religion islamique, l'islam ne prohibe nullement la pratique homosexuelle. Bien mieux, selon certains jurisconsultes des plus honorables, il la prévoit au paradis pour les pieux à travers la présence des adolescents et des éphèbes.
Aussi, disons tout de suite que la législation nationale réprimant les rapports homosexuels doit être au plus vite abrogée et ce au nom même de la foi islamique, car on continue à brimer des innocents au nom de l'islam qui est innocent de pareille injustice. L'article 230 du code pénal qui déclare que la sodomie est passible de trois ans d'emprisonnement doit donc être abrogé étant contraire à la loi islamique dont il prétend s'inspirer.
Il en va de même pour le Maroc où la société civile est très active pour obtenir l'abolition de l'article 489 du code pénal marocain punissant tout acte sexuel entre deux personnes de même sexe d'une peine pouvant aller jusqu'à trois ans de prison.
L'islam n'est nullement homophobe. Nous le démontrerons dans cette série en renvoyant à nos ouvrages édités en la matière pour plus de détails.(1) 

L'homosexualité dans la tradition arabe 
L'Arabe, dans son attachement si grand à sa liberté de toucher à tout, n'a point honte du sexe, tout type de sexe; cela est aussi vrai pour la nudité. Ainsi, le pèlerinage se faisait volontiers nu, les hommes tout autant que les femmes; cela dura même pendant la première année suivant l'entrée du prophète à La Mecque.(2)
Il n'est nulle pudeur en religion, l'islam ayant détaillé certaines questions que les religions n'évoquent pas habituellement; et ce du fait que l'islam est une foi et une politique pour la vie terrestre. Or, le sexe fait partie de la vie avec ses déclinaisons variées. Refuser cela aujourd'hui, reviendrait à faire de notre religion un simple culte, parfaitement comparable au judaïsme et au christianisme.(3)
L'homosexualité était répandue chez les Arabes et n'avait pas la même image que la nôtre aujourd'hui, c'est-à-dire telle que définie par la morale judéo-chrétienne. Celle-ci catégorisait l'être humain selon son penchant sexuel et répartissait les hommes d'après leur sexualité; or, le plaisir sexuel chez l'Arabe n'avait pas de limites, y compris pour cause du type de sexe.
Pour contrer le puritanisme judéo-chrétien inconnu au départ des mœurs arabes, on assista à pas mal de tentatives audacieuses de la part des hommes de lettres et du savoir,(4) poètes, mais non seulement;(5) puisqu'on comptait un certain nombre de hauts dignitaires religieux(6) dont certains osaient même déclamer ouvertement leur amour homosensuel.(7) Toutefois, la mentalité étrangère aux traditions arabes finit par s'infiltrer dans les sociétés musulmanes et l'emporter sur l'indulgence de principe en la matière de l'islam. C'est probablement ce qui ouvrit la porte à une pratique devenue parmi les principales règles admises dans les sociétés arabes musulmanes, une règle qui a toujours cours à ce jour, consistant dans la dissimulation. Il est de règle, en effet, de conseiller de tout faire et en toute liberté, mais en catimini.
Cela n'était pas limité à une époque précise, car en l'absence de texte coranique exprès, il n'y avait pas de questions ou d'affaire relatives à l'homosexualité, d'autant que la chose était vécue dans la discrétion à l'exception de certaines périodes de luxe et de luxure de notre histoire arabe, comme du temps de notre éminent jurisconsulte Ibn Hazm l'Andalou(8) ou plus particulièrement du temps abbasside(9) qui représente l'apogée de la civilisation islamique. En pareils temps, la situation était identique à ce que l'on voit aujourd'hui en Occident, l'homosexualité faisant même l'objet d'éloges et la relation avec un éphèbe était considérée comme une part importante et essentielle de la complétude d'une jouissance.(10)
Il ne reste pas moins que la dissimulation est demeurée parmi les plus importantes règles morales en islam qui nécessite fondamentalement l'intention sincère et la pureté de la conscience avant toute autre manifestation afin de ne pas risquer de verser dans la pure hypocrisie.
En Tunisie, la situation était identique en matière de libertés individuelles dans tous les domaines. S'agissant des rapports intimes entre des partenaires d'un même sexe, est-il nécessaire de rappeler les témoignages nombreux sur leur existence de la part de chercheurs étrangers au pays, occidentaux notamment. Ces derniers s'étonnaient fortement, d'ailleurs, de pareilles mœurs, ne manquant pas de s'en montrer dégoûtés, tout comme nous l'enregistrons aujourd'hui chez nos intégristes dans le jugement qu'ils émettent sur la situation en Occident. Il faut dire que celle-ci, à l'époque, n'était pas aussi marquée par l'esprit libre et libertaire qu'elle l'est devenue. 
Il est à noter que la vision libérée en matière de sexe n'est pas nouvelle en Tunisie connue depuis la nuit des temps par la liberté et le raffinement de ses habitants dans les choses de la vie. Il suffit de se reporter à ce qu'on rapportait des valeurs des enfants du pays et l'émancipation de leurs mœurs du temps de Carthage, par exemple.
L'homosexualité féminine est fort connue aussi; le juge tunisien Chihab EdDine Ahmed ayant épuisé la question, consacrant une grande partie au saphisme dans un ouvrage célèbre. Outre l'exhaustivité du livre, signalons qu'il n'hésite pas à évoquer les vertus de pareille pratique chez ses adeptes.(11)
Pareilles mœurs sont loin d'être spécifiques au pays tunisien comme on peut s'en rendre compte en lisant le voyageur andalou Léon l'Africain, de son véritable nom Hassan Ibn Mohamed Al Wazzan de Fes et de Grenade. Dans sa description de l'Afrique et ses spécificités majeures, il ne manque pas de discourir sur les traditions sexuelles connues à Fes, dont l'homosexualité masculine et féminine.
Il en va de même avec l'Algérie dans les pratiques sexuelles libérées des habitants relevaient pour les Occidentaux de la débauche et de la licence.
Notes :
  1. Pour le renouvellement du Lien indéfectible 2 L'homosexualité en islam Afrique Orient, Casablanca, 2014, édité en arabe et en français.
  2. Les Arabes préislamiques faisaient la circumambulation autour de la Kaaba complètement nus, à l'exception des gens de Qorayach, appelés Homs, ainsi que le rappellent, entre autres, Boukhari et Mouslem.
  3. Assurément, les livres audacieux en la matière ne manquent pas comme celui de cheikh Nefzaoui ou l'ouvrage attribué à Siouyti et Abederrahamane Ibn Nasr Chirazi.
  4. Parmi les plus célèbres, on cite le grammairien et lexicographe Abou Obeyda Ma'amar Ibn Al Mouthanna Al Basari qui compte parmi les plus réputées des exégèses du Coran en termes lexicographiques.
  5. Assurément, Abou Nouwas reste le plus célèbre; mais on trouve de nombreux autres ayant chanté pareillement les jeunes hommes imberbes sans être nécessairement des homosexuels. En effet, l'homosexualité était devenue à un certain moment de l'histoire islamique comme la mode d'aujourd'hui; aussi la considérait-on à l'époque relever de la finesse d'esprit.
  6. On a l'exemple du juge suprême au temps de Ma'moun, le jurisconsulte Abou Mohamed Yahia Ibn Aktham de Tamim connu pour son homosexualité selon ce qu'en a dit Dhahbi et Thaalibi.
  7. Le juge Yahya Ibn Aktham ne se cachait pas et ne pratiquait pas l'allusion dans ses propos; il déclarait clairement qu'il n'y avait pas d'interdit à aimer ce dont Dieu fit ses élus, citant les adolescents du paradis. Nous y consacrerons le § final relatif aux adolescents et éphèbes du paradis.
  8. Il est l'auteur d'un livre qui reste parmi les ouvrages les plus explicites en matière d'amour sous toutes ses coutures et sans allusions.
  9. Siyouti passe en revue dans son histoire des califes ceux qui étaient connus pour leur homosexualité, dont notamment Amine, célèbre pour ses amours avec son favori Kaouthar. Mais que ce soit Mo'tassim ou Wathiq, on n'hésita pas à chanter la beauté masculine selon la coutume de l'époque ou de pratiquer le sexe avec les hommes, en plus des femmes. Le même Siyouti cite l'histoire d'amour de Mo'tassim pour son favori Ajib réputé pour sa beauté. Pour ce qui est de la situation durant la deuxième moitié de l'ère abbasside, on peut se référer à Tawhidi qui rapporte nombre d'anecdotes se rapportant à la pratique du sexe à Bagdad.
  10. La vie est manger/vin et minet// Si tu loupes cela/Dis adieu à la vie.                          Ces vers résument la tonalité de l'époque. Notons que l'homosexualité n'était pas synonyme de sexe et de jouissance; elle relevait aussi d'une conception spirituelle ou d'une philosophie de l'existence, pareillement à ce nous notons de nos jours dans les pays occidentaux.
  11. Rappelons qu'en matière d'homosexualité masculine, Jahidh fit de même dans son épître sur la rivalité élogieuse entre jeunes filles et éphèbes.

Origine de la condamnation morale de l'homosexualité


Le problème aujourd'hui vient d'une confusion dans la concordance à trouver entre une vision religieuse fausse de la sexualité, plus spécifiquement d'un type de cette sexualité, et des composantes de la personnalité, notamment la masculinité dans une société devenue fort machiste.
Actuellement, cette confusion réside dans la nécessité de revoir nos conceptions premières du sens de la virilité, de ses formes, et de celui de la féminité, ses spécificités, et ce en dehors de la fonction sexuelle des deux et sans avoir à inclure abusivement la religion dans des affaires qu'elle a été la première à libérer des liens des habitudes désuètes.
Si nous arrivons à reconnaître notre prochain tel qu'il est, dans son humanité ainsi qu'elle se décline en lui, l'acceptant dans la manifestation majeure de sa nature humaine, et y croyant effectivement, nous réussirons fatalement à dépasser ce que l'homosensualité(1) ou homosexualité suscite en nous d'appréhensions. Nous serons alors en mesure de réaliser un saut qualitatif en matière d'acceptation d'autrui, quels que soient ses penchants intimes, dans le total respect de son être, sa pensée et son comportement.
Si l'homosexualité n'est pas prohibée dans le Coran, elle l'est expressément par la Bible dans ses deux Testaments. En Occident judéo-chrétien, la morale s'est longtemps basée sur pareille interdiction, considérant l'homosexualité comme le plus vil vice, l'abomination la plus détestable.
Citons dans l'Ancien Testament : Lévitique 18: 22-28 -- Lévitique 20: 13. Et, dans le Nouveau Testament : 1 Corinthiens 6 : 9-10 -- Romains 1 : 25-32) -- 1 Thimothée 1 : 8-10.
L'homosexualité dans le Coran
Contrairement à la Bible, les versets du Coran ne comportent pas de prescription expresse en matière d'homosexualité, car ils relèvent de l'ordre du récit; or, la différence est bien établie entre ce qui est descriptif et ce qui est normatif.
Bien évidemment, nous ne mettons pas en doute que les récits coraniques emportent sermon en vue de donner une leçon, d'avertir ou d'inciter à l'exemple; toutefois, nous pensons indubitable que le champ du prêche diffère selon les sociétés et leur éternelle évolution. En illustration, nous prendrons l'exemple de l'esclavage en général et plus particulièrement des êtres humains asservis par la possession en tant que propriété privée. Il est certain que le Coran est riche en exhortations en la matière, qui sont valables pour un temps où l'asservissement était indépassable. Or, voilà le temps qui évolue ! Doit-on donc délaisser ce qui concerne le sujet en leçons et exemples qui ont été bien utiles en un temps désormais révolu, ou continuerait-on de s'en prévaloir du seul fait de leur présence dans le Coran? Il en va de même pour ce que rapporte le Coran comme récit relatif aux gens de Loth.
Afin de confirmer la véracité de ce que nous avançons, reproduisons les références coraniques en la matière:
-- Les Hauteurs (Al 'Araf)(7) 80-84 -- Houd (11) 77-83 -- Al Hijr (15) 57-77 -- Les Prophètes (21) 74 -- La Loi (Al Fourqan) (25) 40 -- Les Poètes (26) 160-175 -- Les Fourmis (27) 54-58 -- L'Araignée (29) 28-35 -- Ceux qui sont placés en rangs (Assafat) (37) 133-138 -- La Lune (54) 33-39.
Telles sont les références de ceux qui soutiennent que l'homosexualité est interdite. D'aucuns y ajoutent d'autres versets traitant de la chasteté et de l'abstinence sexuelle, citant les suivants :
-- Les Croyants (23) 5-7 -- Les degrés (Al Maarij) (70) 29-31.
Des exégètes soutiennent que Dieu entend tout type de rapport sexuel hors du cadre de mariage et des rapports autorisés à ses créatures. Ce faisant, ils ne réalisent pas qu'ils affaiblissent ainsi sans s'en rendre compte la force même de leur argumentation. Objectivement, il est tout à fait possible d'y trouver une autorisation implicite de l'homosexualité masculine ou féminine, et ce dans le cadre des rapports autorisés avec ceux qui nous appartiennent en tant qu'esclaves.(2) Ainsi est-il légitime de se demander si pareils rapports font partie de ce que Dieu a interdit.(3)
De fait, le seul verset qui comporterait, selon certains, une allusion expresse à l'homosexualité, est le suivant:
-- Les Femmes (4) 16 : "Si deux d'entre vous commettent une action infâme, sévissez contre eux, à moins qu'ils ne se repentent et ne se corrigent. -- Dieu revient sans cesse vers le pécheur repentant; il est miséricordieux; --"
Il n'est pas sans intérêt de signaler ici le désaccord régnant chez les exégètes.(4) Mais limitons-nous au plus éminent glossateur du Coran, au plus grand renom, Tabari. Son interprétation du verset est bien arrêtée et sans la moindre ambiguïté: le verset ne concerne que les couples hétérosexuels.(5) 

Si nous admettions à titre de supposition la validité de la thèse d'attribution de ce verset à l'homosexualité, il serait assurément une preuve évidente de tolérance de l'islam puisqu'il ne prévoit, pour tout châtiment, que des sévices légers, bien moins sévères que ce que les légistes ont habituellement prévu comme peine sanctionnant l'homosexualité. De plus, pareil mauvais traitement n'est autorisé qu'en l'absence de repentir!(6) 

Signalons enfin que certains jurisconsultes ont interprété quelques versets à travers la vision d'ensemble de la question dominant dans la société. Ils y ont vu une allusion à l'homosexualité, faisant cadrer la compréhension du verset avec leurs propres convictions. Contentons-nous ici du verset 19 de la sourate 24: La Lumière.

Il est évident que la turpitude évoquée ici a été assimilée à ce qui était connu et convenu par la société comme relevant des obscénités. Or, comme l'homosexualité était en ce temps rangée parmi les vilenies partout dans le monde, qu'il fût islamique, juif ou chrétien, il n'était pas surprenant d'avoir pareille liaison la faisant relever des turpitudes. Et c'est tout à fait logique du moment qu'on accepte le nécessaire progrès des mentalités avec l'évolution de la société.
Au vrai, la turpitude qu'on répand et que vise le verset cité ci-dessus n'est que le fait de semer des sentiments d'aversion et la culture de la haine dans les cœurs des gens.
Notes
  1. C'est l'expression que je propose en lieu et place du mot habituel trop connoté sexe.
  2. Ce que pensent, par exemple, certains jurisconsultes de la tendance Ibadhite.
  3. À ce propos, on lit chez Ibn Hajar Al Haytami dans "La communauté est unanime sur le fait que celui qui pratique avec son esclave ce que faisait le peuple de Loth est considéré comme relevant des pédérastes criminels, débauchés et maudits. Sur lui donc une triple malédiction de Dieu ainsi que celle des anges et de l'ensemble des gens." Il n'y a donc ni prescription ni peine ni accord sur une conception unique, mais juste de l'invective qui ne traduit que la répulsion de son auteur. Pareille répugnance, justifiée par l'acception de pareil acte d'après la mentalité de l'époque, n'en fait pas un péché.
  4. Voir, par exemple, la référence majeure qu'est l'exégèse d'Ibn Kathir, 1/463.
  5. On lit la même chose chez d'ailleurs dans les exégèses de Zamakhchari, Razi, Baydhaoui et Chaoukani. On trouve à peu près la même chose chez Kortobi.
  6. Voir, par exemple, l'exégèse de Zamakhchari.

L'homosexualité dans la Tradition du prophète


Les dires du prophète ont connu par mal de confusion et d'embrouillement au point d'amener les musulmans à entourer leurs sources d'un maximum d'enquêtes et d'informations pour en assurer l'authenticité tant dans le contenu que dans la chaîne des transmetteurs. Ce fut une véritable œuvre de titan qui a permis de distinguer la tradition en dits sûrs, bons ou faibles; chacun ayant ses spécifications, les deux premiers types étant à haut degré d'exactitude, absolue dans le dit sûr et d'un degré moindre dans le dit bon, sans que l'authenticité des deux ne soit en cause.(1)
Outre cette classification en types de la Tradition ou Sunna, les premiers musulmans qui la réunirent en recueils veillèrent également à en distinguer six considérés comme les plus authentiques. Puis, parmi ces derniers, ils discernèrent deux qu'ils estimèrent comme étant les plus authentiques de tous; ce sont les recueils authentiques de Boukhari et de Mouslem. Bien mieux, poussant au plus loin l'esprit scientifique d'enquête et l'honnêteté intellectuelle, ils caractérisèrent les hadiths qu'on retrouve dans ces deux Sahihs (Authentiques) en les qualifiant comme faisant l'objet d'accord chez les deux grands compilateurs. À n'en pas douter, cela magnifie à quel point avait atteint l'attachement de nos ancêtres à la véracité de la Tradition comme référence absolue en recherchant sa présence dans leurs deux plus authentiques recueils.
Par conséquent, les musulmans ont considéré comme pratiquement du Coran révélé la tradition authentique qui figure parmi celles retenues par les deux grands compilateurs Boukhari et Mouslem, et se retrouvant simultanément dans les deux recueils; nul doute ne peut donc l'entacher. Par contre, la tradition qui ne fait pas partie des dits recueils ne saurait prétendre au même statut, même si elle peut se retrouver dans l'un des autres recueils ou même dans tous les quatre; sa valeur demeure irrémédiablement moindre.
Quelle est donc la valeur des dires rapportés de notre noble prophète en matière d'homosexualité? À n'en point douter, elle est bien éloignée du type catégorique des dires dont on a parlé, car toutes les traditions citées et se rapportant à notre sujet ne sont présentes ni dans Boukhari ni dans chez Mouslem.
Certes, on en trouve certaines chez l'un des six autres, mais sa véracité reste sujette à caution même si l'on en dit qu'elle est conforme dans sa recension aux conditions exigées par Mouslem et Boukhari. Elle reste, malgré son intérêt, un degré plus bas en valeur que les traditions ayant fait le consensus de nos deux grands compilateurs.
Alors, se pose inévitablement la question suivante: comment se fait-il que ce qu'on a considéré comme la plus grave des turpitudes ne fasse pas l'objet d'au moins une seule des traditions présentes chez les deux plus grands compilateurs ou, pour le moins, dans l'un des deux recueils les plus authentiques? Ne serait-ce pas la preuve de l'incohérence de l'argumentation de ceux qui prétendent l'existence d'une tradition prophétique en la matière? 

De plus, nous savons que la Sunna est en principe venue pour confirmer le Coran et l'expliciter et non pour le contredire; aussi est-il surprenant de ne pas trouver de tradition se rapportant à un sujet que le Coran n'a traité ni d'une manière explicite ni implicite ainsi que nous l'avons vu? Pareillement, il n'est pas étrange de lire chez Ibn Qaym Al Jawziya ce qui suit dans Zad al Mia'ad : " Il n'est pas prouvé que le prophète, paix et salut de Dieu sur lui, ait décidé quoi que ce soit en matière d'homosexualité, car cela n'était pas connu chez les Arabes et il n'y a pas eu cas à lui soumis "?(2)

Passons en revue les principaux dires du prophète que citent ceux qui prétendent que l'homosexualité est prohibée en islam afin de préciser qu'il n'existe, parmi cette Tradition ainsi inventoriée, aucun hadith possédant la caractéristique de la parfaite authenticité. Ils sont tous cités par Hakim (d'après Bourayda), par Ibn Maja (d'après Ibn Omar), par Albani (d'après Ibn Abbès), par Tirmidhi (d'après Ibn Abbès) et authentifié par Albani (d'après Ibn Abbès), par Tirmidhi et Ibn Maja et authentifié par Albani (d'après Jabir), par Ahmed et Ibn Maja et authentifié par Albani (d'après Ibn Abbès) et par Tirmidhi,Abou Daoud et Ibn Maja, authentifié par Albani (d'après Ibn Abbès).
Ainsi que nous le voyons, bien que l'homosexualité soit considérée comme une faute grave par nos "oulémas" actuels, un péché capital parmi les péchés mortels proscrits par Dieu, nous ne trouvons aucun hadith du prophète parmi ceux ayant fait consensus chez les deux grandes références en la matière: on n'en trouve même pas dans l'une seule des deux recensions les plus authentiques.
Si pareille absence pouvait ne pas prêter à conséquence en un temps où toute l'humanité, quelle que fût sa religion ou ses affinités, estimait que l'homosexualité était une turpitude, il ne peut en aller de même aujourd'hui au nom des principes mêmes de la religion qui appelle à l'honnêteté et à la justice. Les choses ont évolué depuis ce temps-là, surtout sur le plan de la science, amenant à une compréhension plus juste de ce phénomène, le sortant du strict cadre moral hérité de nos ancêtres.
Désormais, on ne peut plus réduire l'homosexualité à une simple opération de satisfaction d'un besoin sexuel ni à une régression du pur instinct naturel chez l'homme tel que l'aurait créé Dieu; car, justement, c'est bien ainsi qu'il a fait certaines de ses créatures. Aussi, contrarier leur nature telle qu'elle est en eux sans leur volonté, juste du fait de celle de Dieu, c'est violer les lois et les prescriptions divines en inventant l'illicite là où il ne peut point exister. Dans le même temps, c'est se révolter contre le créateur suprême par la contestation de ce qu'il a voulu chez certaines de ses créatures et la contravention de ses interdits en agressant en son nom des innocents.
Notes 
  1. Il n'est pas inutile de rappeler ici le consensus des jurisconsultes sur l'existence d'un certain nombre de dires prophétiques n'emportant pas une totale adhésion de leur exactitude. Cela n'est pas pour étonner puisque les traditions considérées unanimement comme authentiques sont au nombre de six mille au maximum alors que le nombre total des dires consignés est au minimum de six cent mille.
  2. Ibn Qaym Al Jawziya ajoute toutefois concernant le prophète "mais il est prouvé qu'il a dit : "vous tuerez l'acteur et le sujet"; et Abou Bakr Esseddik, le véridique, que Dieu l'agrée, s'y est appuyé dans un jugement adressé à Khalid Ibn Al Walid après consultation des Compagnons. Parmi eux, Ali était le plus sévère sur la question. Toujours est-il qu'il y a eu consensus des Compagnons sur la mise à mort, même s'ils se sont divisés sur la manière d'une telle mise à mort". Nous verrons jusqu'à quel point est avéré ledit dire du prophète.

Origine de l'homophobie en islam


Si le Coran et la tradition du prophète dans ses plus authentiques recueils ne traitent pas d'homosexualité ainsi d'ailleurs que le restant des sources islamiques de confiance, d'où vient l'homophobie en islam? D'une certaine confusion dans laquelle se sont retrouvés les diseurs des traditions et d'un effort jurisprudentiel conforme à l'esprit de son époque. D'où les récits contradictoires, allant jusqu'à placer l'homosexualité au-dessus de l'adultère en gravité alors que s'il a été possible de considérer celle-là comme une turpitude ce n'était que par analogie avec celui-ci.(1) L'exagération est allée chez d'aucuns jusqu'au parallélisme entre l'homosexualité et l'incroyance. Cela s'est retrouvé chez certains chiites.(2)
En islam sunnite, nous prendrons en illustration le cas de Chafaï, dont il est attesté avoir dit au sujet de l'homosexualité: "Il n'a été rien authentifié du prophète sur son interdiction ou sa permission." Malgré cela, nous trouvons certains traditionalistes qui, sans mettre en doute ce qui précède, parlent de l'existence de deux récits, prétendant que le même Chafaii a tenu un propos contraire selon un second récit.(3)
Concernant la peine pour homosexualité, Ibn Hajar dit : "Une partie des plus éminents spécialistes de la tradition prophétique -- tels que Boukhari, Dhuhli, Bazzar, Nasa'i et Abi Ali de Nishapur -- disent qu'il n'est pas possible d'y authentifier quoi que ce soit".
Il ne reste pas moins que l'opinion fausse dominante demeure que l'homosexualité est prohibée aussi bien par le Coran que par la Sunna et l'Ijma'a, ce consensus sapientium ou accord des sages qui démontre la vérité à défaut d'autres preuves. Le consensus chez les Compagnons est la mise à mort de l'auteur; s'ils ont divergé, c'est sur la façon de l'exécuter, se partageant en diverses versions. En plus de ce que nous avons déjà dit concernant l'avis dissident des chafaïtes par exemple, signalons que les hanafites ne parlent de mise à mort qu'en cas de récidive.
Du fait de l'absence d'une disposition légale particulière en matière d'une telle turpitude présumée, les légistes se sont retrouvés contraints de recourir à l'adultère afin d'incriminer l'acte d'homosexualité, lui étendant, par syllogisme, la prescription expresse y relative.(4) L'islam n'a donc pas prévu de peine pour l'acte homosexuel; le maximum qu'on puisse dire en la matière est qu'il a laissé sa détermination au législateur qui en est arrivé, en sévérité, à l'autodafé du temps d'Abou Bakr, selon certaines narrations.
Les avis se sont partagés sur la peine, la plupart soutenant que l'auteur de l'acte homosexuel, acteur ou sujet, mérite d'être mis à mort; et ils ont soutenu que c'était le châtiment légal pour une telle désobéissance sur terre du moment qu'elle est prouvée devant le juge selon les moyens de preuves légales.(5) Mais le consensus est loin d'être établi pour tous.
S'agissant de la sanction, la mise à mort étant de manière classique, un autodafé ou par tout autre mode,(6) elle n'est appliquée à l'acteur et au sujet devant être tous deux majeurs, doués de raison et de discernement, qu'une fois faite la preuve de l'intromission de la verge dans le fondement, en tout ou en partie.(7) En cas de repentir de l'auteur de l'acte avant que sa preuve ne soit apportée, il n'encourt aucune sanction, et ce aussi bien en sa qualité d'auteur que de sujet; toutefois, le repentir après l'administration de la preuve ne fait pas tomber la sanction. Enfin, en cas de reconnaissance de l'acte homosexuel suivi de repentir, la décision de pardonner ou non, relève du regard du juge.
Ce qu'il importe de relever ici, ce sont ces restrictions prévues par les savants pour l'application de la sanction en une époque où la pédérastie était considérée comme la turpitude absolue. Que dire donc aujourd'hui, alors que la science a prouvé que l'homosexualité ne relève pas de l'ordre des turpitudes?
Au demeurant, la procédure légale prévue pour la preuve de l'homosexualité vient renforcer les restrictions précitées à l'application de la sanction. La preuve de l'homosexualité selon la doctrine savante majoritaire se fait principalement par le moyen de le témoignage de quatre hommes ou par l'aveu,(8) comme c'est le cas dans l'adultère. Or, l'aveu doit être libre et sans rétractation, et les quatre témoins oculaires doivent témoigner de l'effectivité de l'intromission.
Pour ce qui est de l'homosexualité féminine, il n'y a évidemment pas d'intromission; ce qui fait qu'avec cette condition essentielle manquante, il n'est pas moyen de parler d'adultère.(9) Par ailleurs, il n'y a pas inévitablement pénétration dans un rapport entre hommes puisque l'homosexualité ne se réduit pas fatalement au rapport sexuel.
Notons que la condition du témoignage implique que le rapport sexuel a lieu sous les regards, soit en public, soit sous surveillance. Si la première hypothèse relève de l'impossible, la seconde est constitutive de la faute de violation de l'intimité des gens. Une telle faute doit annuler et ipso facto toute autre faute, du moins l'application de la sanction.(10)

Est-il besoin, à ce propos, de rappeler à quel point l'islam a toujours été très pointilleux sur la protection de l'honneur et de la réputation des gens contre tout calomniateur divulguant leurs défauts, colportant leurs vices?

Comme nous avons bien spécifié que tant l'adultère que l'homosexualité ne se prouvent légalement que par la pénétration, c'est-à-dire la pénétration de la verge dans le sexe féminin ou le postérieur, il n'est donc ni adultère ni homosexualité en l'absence de pareille intromission. Les livres d'histoire racontent bien à quel point le prophète et les Compagnons étaient sourcilleux dans la vérification de l'effectivité de cette condition par le témoignage oculaire ou par l'aveu.(11) 

Au final, on est fondé à soutenir qu'il n'est point de crime d'homosexualité en islam; et dans l'hypothèse impossible de son occurrence, il n'est pas moyen de punition, sa preuve impliquant la commission d'une faute plus grave, à savoir la violation de l'intimité des gens, la transgression de la quiétude de leur vie privée. Or, cela est assimilé en islam à une agression, une iniquité et une perversion sur terre.

Notes
  1. Cf., par exemple, ce qui est dit dans Al Kafi, le livre de cheikh Abi Jaafar Mohamed Ibn Yacoub ibn Ishak AlKoulayni.
  2. Op. cit. 5\544 op. cit.
  3. Nous retrouvons aussi le jugement général chez Ibn Tala'a qui a affirmé dans ses Jugements : "Il n'a pas été authentifié de la part du prophète, paix et salut de Dieu sur lui, qu'il a lapidé ni qu'il a émis un jugement en matière d'homosexualité".
  4. Rappelons que la peine prévue pour l'adultère marié, mâle ou femelle, est la lapidation selon le Coran et la flagellation selon la Sunna, avec la nécessité d'être marié pour la lapidation, mais pas pour le fouet. Ce qu'il faut savoir est que le Coran ne prévoit plus de peine de lapidation qui a été textuellement abrogée. Toutefois, les légistes pensent que la lapidation a été maintenue par le sens, et ce par le consensus des Compagnons. À noter aussi que certains Kharijites ne voient en la matière que la peine du fouet, rejetant la légalité de la lapidation du fait de son abrogation; en effet, ils ne se réfèrent à la Sunna et n'en acceptent que les dires dont l'authenticité est la plus élevée.
  5. Pour ce qui est de l'au-delà, l'auteur du péché est châtié par le feu de l'enfer s'il ne fait pas pénitence. Ce qui est surprenant c'est que les fuqahas (jurisconsultes) acceptent le repentir dans l'au-delà et n'y croient pas sur terre; la créature ne doit-elle pas imiter son créateur dans la miséricorde et l'absolution?
  6. On a dit que le consensus des Compagnons était de mettre à mort l'auteur et le sujet, mais qu'ils se sont divisés sur la manière de la mise à mort.
  7. Et le fait d'être marié ou non pour chacun d'eux et musulman ou non, n'emportent aucune conséquence.
  8. Chez les chiites, selon Mohamd Jawad Moghnia, cela se fait de la manière suivante : - 1. L'aveu de l'acteur ou du sujet, quatre fois; à la condition qu'il soit doué de raison, majeur, libre dans son acte; ainsi que c'est le cas dans l'adultère - 2. Le témoignage de quatre hommes justes; le témoignage des femmes, en réunion ou séparément, étant absolument exclu. En cas d'absence de preuve et d'aveu, on ne fait pas prêter le serment à celui qui nie ce qu'on lui reproche - 3. Le savoir du gouvernant lequel, dans le cas d'arrestation en flagrant délit, applique la sanction à l'auteur et au sujet, comme c'est le cas pour les adultères des deux sexes." À noter que les chiites considèrent que "le savoir du gouvernant a plus de force probante que la preuve".
  9. C'est peut-être la raison derrière ce qui apparaît être une relative tolérance dans la chronique islamique des juges et jurisconsultes en matière de saphisme. Il est à rappeler, s'agissant d'adultère, que la jouissance de l'homme avec la femme hors pénétration n'implique pas application de la sanction prévue pour l'adultère, et ne nécessite, à l'extrême limite, que l'admonestation et la réprimande prévues pour le fait qui n'est pas l'objet d'une prescription de peine tout en ayant été considéré relever du péché. À noter que la règle en matière d'admonestation et de réprimande est que cela ne doit pas aboutir à la mise à mort. Toutefois, certains fuqahas ont soutenu l'admission de la peine de mort en admonestation dans certains crimes précis et avec des conditions particulières.
  10. On se rappelle le fait attesté par l'histoire concernant le calife Omar qui n'a pas appliqué la sanction prévue pour la consommation d'alcool en raison de la violation par le plaignant de l'intimité des buveurs. Ce fait bien célèbre est abondamment cité dans les livres de jurisprudence avec d'autres cas similaires; la littérature et l'histoire littéraire abondent de cas similaires allant dans le même sens.
  11. On raconte ainsi ce qui arriva à Moughira Ibn Chhoba, Compagnon célèbre, qui fut accusé d'adultère devant le calife Omar. Or, les accusateurs ne purent apporter la preuve de la pénétration bien que le rapport physique avec la femme ne faisait pas de doute. Cela le sauva de la sanction et emporta l'application de la peine pour calomnie à ses accusateurs. Cette affaire et d'autres cas similaires occupent une bonne place dans les principales références de notre héritage culturel arabe.

L'homosexualité aujourd'hui dans le monde

Si la croyance dominante de nos jours encore parmi nos croyants est que l'homosexualité est un péché capital, c'est qu'on croit à tort qu'elle l'est ainsi dans le Coran et la Sunna; or, nous venons de démontrer qu'il n'est nulle trace de tel péché dans le Livre de Dieu et la Tradition de son prophète. Aussi, force est de conclure que le consensus sur la question est le pur produit de la doctrine et de l'effort jurisprudentiel des jurisconsultes.
Indubitablement, cet effort fut judicieux à une époque où l'homosexualité était considérée comme un péché pour des raisons bien objectives. Toutefois, comme ces raisons ont été par la suite scientifiquement démenties, les visées de la Loi religieuse commandent donc de produire l'effort en vue de revoir la question de la licéité ou de l'illicéité de l'homosexualité.
Nous considérons qu'il s'agit d'un sujet relevant des affaires privatives dans la vie de l'homme, en plus d'être de ces instincts marquant la nature humaine; aussi il n'est pas possible de le traiter en termes de licéité ou d'illicéité de chose publique étant dans la sphère de la vie privée.
Aussi, pour peu que l'on souhaite être objectif, on ne peut plus aujourd'hui ignorer ce que dit la science en matière d'inclination sexuelle au semblable et admis par la majorité des pays les plus développés scientifiquement. Ma conviction étant que l'islam est une religion de science, cela nous impose donc de nous ouvrir à tout ce qu'exigent la science et l'esprit scientifique, même s'il s'avère contredire nos penchants ou susciter en nous de la répugnance.(1)
Tout ce qui est dans la nature généralement, et plus particulièrement dans la nature humaine, ne correspond pas nécessairement à nos tendances ni ne cadre avec nos convictions. Or, lorsqu'on veille véritablement à l'objectivité, la plus impérative des actions est de tenir compte de l'avis scientifique dominant et de respecter notre prochain dans son adéquation avec ses implications et son droit à cela. 

L'opinion savante dominante aujourd'hui, ou du moins ce que certifient nombre de chercheurs dans le domaine sexuel ou du genre, insiste sur la vérité suivante, à savoir que l'être vivant, y compris l'humain, naît avec un instinct d'homothétie sexuelle. Ce qui veut dire que l'homme -- et c'est lui qui nous intéresse en premier lieu ici -- vient au monde avec des penchants bisexuels comprenant le désir de l'autre, au sexe opposé, mais aussi un désir de l'autre du même sexe. L'évolution vers le type majoritaire d'inclination vers le sexe différent n'est que le résultat de l'initiation, de l'éducation et de la morale dominante dans la société à laquelle on appartient. En effet, sans pareille mise en condition culturelle, il n'est pas impossible -- et il est peut-être même certain -- que notre rapport avec le sexe reste ainsi qu'il était à la naissance, c'est-à-dire sans distinction d'un sexe précis dans notre relation avec lui en son apparence intime et sexuelle.

Tel était d'ailleurs l'état des sociétés primitives, et je n'emploie pas ici ce terme dans son acception morale, plutôt dans son sens premier, c'est-à-dire celui de sociétés proches de l'instinct ou dont les membres sont restés fidèles à leur instinct. Ce fut, par exemple, la situation de la société grecque; et ce fut également le cas du mode de vue de la société arabe antéislamique.
Indubitablement, l'époque préislamique(2) n'était pas celle de la décadence des mœurs dans sa totalité, car l'islam en a extrait le meilleur, comme le sens de l'honneur ou la grandeur d'âme et la noblesse de cœur. C'est qu'on a bien retrouvé en islam, et qui existait avant sa révélation.(3) La vision islamique équilibrée du sexe n'était que le prolongement de pareille saine disposition naturelle avant qu'elle ne fut viciée par les croyances héritées de la tradition judéo-chrétienne. 

Si nous entendons aujourd'hui nous attacher à notre vraie foi, il nous est inévitable de revenir à ce qui fut de sa part et par anticipation(4) une conformité scientifique à l'ordre de la nature des choses en n'incriminant plus ce qui relève de la nature humaine. Cela suppose donc que l'on considère l'homosexualité ou ce que je qualifie d'homosensualité, un droit naturel imposé par les droits de l'Homme. Et l'on ne doit pas s'y opposer par une sanction, qu'elle soit un châtiment ou une admonestation, tant que sa pratique se fait dans le strict cadre personnel, c'est-à-dire dans les limites de ce que l'islam a consacré de l'intimité de l'enceinte de la vie privée.

Nous renchérissons en disant que le vrai musulman aujourd'hui est celui qui osera dire que l'homosensualité ou l'homosexualité relève des actes libres du croyant, lesquels ne sont commandés que par la conscience individuelle, et il n'est en relation à son propos qu'avec son Dieu. Et cette liberté est ainsi dans toutes ses manifestations, que nous la considérions dans la pratique du sexe comme relevant de la nature, du désir ou de la volonté propre. 

C'est ainsi et ainsi seulement que nous serons fidèles à l'esprit de notre religion qui est à orientation scientifique et à vocation universelle; nous servirons aussi la morale authentique qu'on n'impose pas par la force, mais qui est le produit de la conviction.

Ceci du point de vue général de la science. S'agissant de celui de la sociologie, il est nécessaire de souligner que la situation est la même, d'autant plus que la vérité scientifique attestée aujourd'hui, particulièrement après les travaux du penseur français Michel Foucault, ne permet plus le moindre doute sur le fait que "la plupart des types de catégories sexuelles les plus pénétrantes ne sont que des produits ou des constructions sociales". Ce qui veut dire que l'homosexualité est le pur produit de la société et que la vision que l'on s'en fait varie avec les sociétés et les cultures dans leur évolution.(5)
Notes
  1. Il n'est pas sans intérêt de rappeler ici que l'idée scientifique répandue depuis les travaux de Sigmund Freud est que l'homosexualité fait partie des maladies psychiatriques, puisque ce savant a considéré l'homosexualité comme étant "un arrêt de l'évolution sexuelle". Or, cette conception ne fait plus partie des postulats scientifiques; elle est même totalement rejetée de nos jours. À noter, par ailleurs, que l'Organisation Mondiale de la Santé n'a décidé d'enlever l'homosensualité ou homosexualité de sa liste des maladies psychiques que récemment (en 1990).
  2. Jawad Ali assure ainsi ce qui suit : "L'inversion sexuelle est bien connue chez les préislamiques tout comme dans toutes les nations depuis la nuit des temps; aussi n'est-il pas sensé d'en exclure les préislamiques. On pourrait citer, pour preuve, la prohibition et la mise en garde contre une telle pratique dans le Coran et la Sunna. De l'inversion sexuelle fait partie ce qui en est connu de la relation intime entre deux hommes et leur accouplement ou le rapport sexuel entre deux femmes. On y inclut aussi la sodomie de la femme par l'homme ainsi que c'était le cas chez les gens de La Mecque". Cf . son histoire des Arabes avant l'islam, en arabe, p. 142.
  3. S'agissant de l'islam, le cheikh Keshk note dans son ouvrage : "Les efféminés existaient et étaient bien connus dans l'antéislam. Ils continuèrent d'exister un moment durant le temps de l'Envoyé de Dieu à Médine. Ils pouvaient entrer chez les femmes et officiaient comme entremetteurs... On n'en parle plus après, durant les temps inauguraux de l'État de l'islam avant qu'ils ne réapparaissent lors de la première dynastie islamique en tant qu'artistes ou chanteurs, ainsi que nous le voyons de nos temps en Occident. Le premier chanteur fut Toways qui était efféminé, portant des bijoux aux bras et un voile brillant tout en jouant du tambourin." Il suffit de revenir aux Cantilènes (Al Aghani) pour découvrir nombre d'anecdotes croustillantes à ce sujet durant diverses périodes islamiques semblables à ce qui était du temps de l'antéislam.
  4. Je qualifie cette modernité avant la lettre par le néologisme de Rétromodernité.
  5. On peut lire, à ce sujet, l'article de John Thorp traduit par Liwa Yaazji : "Construction sociale de l'homosensualité" sur le site Al Awan (Pour une culture rationaliste séculariste des Lumières), du samedi 3 octobre 2009.

La vraie conception de l'homosexualité en islam

La conception islamique authentique en matière d'homosexualité est le produit d'une vision objective et scientifique de l'islam en tant que foi et code de vie, c'est-à-dire en son texte avec l'esprit de ce texte; ce qui revient à l'appréhender en ce qu'il est: fondateur d'une civilisation humaine universelle.
Car les textes islamiques sont nombreux qui attestent l'esprit de la religion islamique fait de pitié, d'absolution et de pardon. Et la grandeur de la mansuétude est fonction de la gravité de la faute; la rémission étant culminante pour le repentir du péché absolu.
C'est que le péché, quelle que soit son importance, est bien loin de dépasser la grandeur de l'absolution divine; aussi, douter de l'aptitude divine à pardonner toute faute, nonobstant sa gravité, revient pour le croyant à mettre en doute la grandeur même de Dieu; ce qui relativise sa foi pour incohérence et vacuité de spiritualité.
D'ailleurs, la conception du péché en islam n'est pas celle que nous connaissons, héritée de la tradition judéo-chrétienne, mais une notion plus proche de la tradition grecque où le péché est double: conjoncturel, contre lequel on peut et doit lutter, et structurel, avec lequel il faut faire avec. Au premier, correspond le seul véritable péché reconnu par l'islam, consistant à associer une autre divinité avec Dieu. Le verset 48 de la sourate des femmes est assez éloquent à ce niveau, confirmé par de nombreux hadiths. Au second, correspondent toutes les autres fautes humaines qui sont susceptibles, sans exception, d'être pardonnées. La technique dite de la kaffara est là pour le prouver.
Ce sont les soufis -- des authentiques, ceux qu'Ibn Taymia a qualifié de soufis de la Vérité --(1) qui ont saisi les premiers l'esprit vrai de l'islam. Aujourd'hui, ils représentent bel et bien le vrai salafisme, ce courant religieux qui puise véritablement à la source de l'islam sans abâtardissement ni détérioration; et le voilà parfaitement adapté aux impératifs de l'époque, sinon en avance sur son temps embourbé dans le matérialisme.
Il faut dire que le soufisme a été une révolution spirituelle en islam constituant ce qu'on qualifia de jurisprudence discordante dans l'effort d'interprétation.(2) Chez les soufis, il est moins question de sexe que de passion et de communion dans l'amour; il n'y a pas de lettre dans un texte, mais un esprit; et il n'est pas d'apparence, étant rien si elle n'est ésotérique. Ce qui importe donc, ce sont les visées de la religion; et elles tournent toutes autour de l'amour divin et de l'amour des humains les uns pour les autres.
On a d'ailleurs reproché à nombre des soufis ce qu'on appelle homosexualité,(3) et d'aucuns ont regardé d'un mauvais œil ce qui pouvait arriver de pratiques libertaires publiquement dans certaines zaouïas et chez certaines tariqas ou ordres.(4) Or, cela n'était de leur part qu'en assomption de leur nature telle qu'elle est et ainsi que Dieu les a créés, ne refusant pas ce que leur créateur a placé en sa créature. Au fait, il n'y a point d'excentricité dans le comportement du soufi avec son prochain, quelle que soit sa philosophie dans la vie, tous étant les pauvres de leur créateur, y compris les élus de Dieu, qui sont ses épousées, selon l'expression fameuse de Bistami. 

Quelle belle leçon dans l'amour a donnée le soufisme aux musulmans et que leur majorité a ignoré ! Le temps n'est-il pas venu de se réapproprier une telle richesse islamique sans pareille, qui a été et qui le reste le miroir fidèle à l'éclat resplendissant de l'islam? 

Pour une conception juste de l'homosexualité

L'obscénité et la turpitude sont dans la licence et l'indécence en matière de pratique sexuelle et non dans le sexe en lui-même; car l'islam n'a pas de complexe relatif au sexe. Sans conteste, il est la religion du bon sens naturel; or, le sexe est dans la nature, quel qu'il soit; notre religion perçoit le sexe en constituant de la vie humaine, délimitant sa pratique dans le cadre des liens conjugaux pour l'unique raison de la préservation de la lignée et de la descendance.
Aussi, si ces deux motivations ne sont plus en cause, à savoir qu'il n'y a pas de crainte quant à l'extinction de la race humaine par exemple ou la confusion dans la généalogie, la vertu de la pratique du sexe dans la limite de la conjugalité perd son assise rationaliste. Or, l'islam étant absolument rationaliste, le musulman ne peut échapper à l'interrogation de savoir si la prescription en la matière reste en l'état dans sa généralité.
Plus précisément, il se demandera si elle ne doit être interprétée en un sens restrictif dont la communauté islamique déterminerait les aspects selon l'effort d'interprétation auquel l'islam appelle en une activité assidue, manquant d'en faire l'égal de la dévotion cultuelle. Effectivement, il n'est de culte véritable en islam s'il n'est rendu par un fidèle connaisseur et de sa foi et des choses de la vie.
Par ailleurs, malgré ce à quoi on assiste en Occident, l'homosexualité y demeure en principe ce qu'on nomme en sociologie un tabou au niveau de la moralité de nombre de gens. De fait, sans démocratie dans ces États, il n'est point de libération des mœurs ni de reconnaissance de la liberté sexuelle du fait de son opposition avec son éthique religieuse traditionnelle.

C'est pourquoi il n'y a point de contradiction dans nos États islamiques à rechercher la démocratie et à respecter la liberté privée du fait que notre religion est intrinsèquement bien plus libérale que les religions chrétienne et juive en matière sexuelle.(5)

Cela démontre à quel point de rationalisme a atteint l'islam qui a édicté ses lois selon l'intérêt des humains, en tenant compte du degré d'évolution de leur mentalité. Il nous est donc impératif d'avoir de la mesure et de la compréhensibilité en application de l'esprit de notre religion du moment que les circonstances ont changé et l'appréhension de l'homosexualité par la science a évolué.
Notes
  1. Citons, parmi ses plus illustres représentants, Junayd qui est l'une des références de l'islam sunnite en Tunisie, ainsi que l'a rapporté l'imam Ibn Ashir.
  2. Cf. l'article de AbdAssamad Dayalemi, en arabe, sur le site AlAwan en date du mercredi 30 septembre 2009.
  3. On leur a reproché aussi la prétention de certains parmi eux que "les obligations incombent aux gens communs, non points aux élus".
  4. Il est ainsi parmi les walis certains qui n'ont pas hésité à se comporter en femme, comme le saint marocain Ali Ibn Hamdouche.
  5. Il suffit, à ce propos, de revenir aux études de Michel Foucault au sujet de la transformation de l'homosexualité dans ces sociétés, du fait de la religion spécialement, d'un phénomène ordinaire en une maladie.
 
 
 

 

 

vendredi 27 juin 2014

Pourquoi les "progressistes" n'ont-ils tiré aucune leçon du passé ?

"L'entêtement sans l'intelligence, 
c'est la sottise soudée au bout de la bêtise et lui servant de rallonge
Victor Hugo
Hajer Zarrouk

Dans les pays à ancienneté démocratique, l'une des qualités du champ politique est sa tendance à évoluer en dépit des débâcles électorales. La défaite d'un camp politique pousse ainsi ses adhérents et ses chefs à repenser leur stratégie afin de prévenir tout autre échec, surtout quand les enjeux électoraux sont décisifs pour le futur d'un Etat et d'une nation.
En Tunisie, la surprise est venue du parti Nidaa Tounes qui, fort de sa position - hypothétique - de favori dans les intentions de vote, a décidé de faire cavalier seul et de se présenter aux législatives avec ses propres listes. Toutefois, cette décision pourrait se révéler suicidaire tant bien pour le camp des "progressistes" que pour la Tunisie. Se définissant comme un parti à tendance nationaliste (de par son appellation et sa rhétorique), Nidaa Tounes ne semble pas pourtant œuvrer pour l'avenir du pays, mais obéit plutôt à des tactiques politiciennes aussi irréfléchies qu'individualistes.
Irréfléchies car la décision de partir seul aux élections n'émane pas à priori d'une étude sérieuse, mais d'un ensemble de résultats équivoques, dévoilés par des instituts de sondage partisans, peu scrupuleux ou bien inexpérimentés.
Individualistes car cette décision imprudente témoigne d'un parti aveuglé par l'illusion de la victoire, arrogant, qui évolue en conséquence en marge de la réalité électorale, politique et sociale et dont la hiérarchie a été séduite par "l'appel" des courtisans et des intérêts personnels.
Le parti Nidaa Tounès ne semble donc pas écouter "l'appel de la Tunisie" qui l'exhorte à faire l'union avec les autres forces "démocrates" avec les autres forces "démocrates" pour faire face aux dangers qui guettent le pays: faillite économique, terrorisme et risque de voir les partis réactionnaires s'emparer du pouvoir d'une manière quasiment définitive. D'un autre côté, la mauvaise foi des autres acteurs du camp "progressiste" ne facilite pas la formation d'un front solide qui aura pour tâche de contrecarrer ses adversaires. L'absence d'une réelle motivation unioniste, la lutte des égos et l'amateurisme feraient du camp "progressiste" un amas désorganisé d'égocentriques, d'opportunistes et de mercenaires. Ainsi, il serait fort probable de voir ce dernier essuyer une série de revers cinglants qui engagerait le pays dans une direction que les Tunisiens les plus avertis redoutent déjà.
Loin de tirer des leçons des expériences passées, les "progressistes" sont en train de refaire le même parcours en espérant un résultat meilleur, ce qui est le summum de l'absurde. Alors que la Tunisie a besoin, plus que jamais, d'un bloc moderniste, le camp "progressiste" se montre incapable d'être à la hauteur des espérances de ses électeurs et entre dans une lutte fratricide qui ne profite qu'à ses ennemis.