samedi 31 mai 2014

Mohamed Abdelwahab

Description de l'image  Abdel wahab.jpg.


De magnifiques chansons du compositeur et interprète Mohamed Abdelwahab :

"Al Gondole" : Hommage à Venise et à ses célèbres gondoles.

"Kilobatra" : Hommage au Nil et à Cléopâtre.
Poème d'Ali Mahmoud Taha.

"Sit el habayeb" : Hommage aux mères.

En concert public : "Hayéti inta" et "Al habib el maghoul".

jeudi 29 mai 2014

Al SISSI, NOUVEAU PRESIDENT D’ÉGYPTE : EST-CE LE BON CHOIX ?

Le maréchal Al Sissi


Il faut croire que beaucoup de peuples dits "arabo-musulmans" ne sont pas mûrs pour la démocratie ! Ils sont réduits à choisir entre une dictature militaire et une dictature religieuse. Les égyptiens ont choisi le moindre mal après avoir vu à l'oeuvre les frères musulmans !

Le résultat des élections présidentielles, était attendu ... et les méthodes d'y parvenir aussi, puisque le nouveau président a récolté 96 % des voix !
Dommage pour nos amis égyptiens que les choses se soient passées de la sorte !!
Mais devant la catastrophe qui ramenait le pays à des siècles en arrière et devant l'islamisation de la société et la progression du wahhabisme qu'imposaient les frères musulmans arrivés au pouvoir, qui en voudrait à un militaire d'avoir voulu mettre un terme à cette régression ?

Si les égyptiens ont du choisir entre la peste et le choléra, acceptant qu'un militaire couronne leur révolution, c'est que celle-ci leur a été volée par les pétromonarques et plus particulièrement par celui du Qatar qui a joué un grand rôle agressif pour imposer les frères musulmans, ses protégés en les finançant et en leur faisant une propagande inégalée grâce à sa chaîne de télévision Al JAZEERA.

D'ailleurs à voir les résultats des élections présidentielles d'Egypte commentés par Al-ARABIA, TV des Ibn Saoud et par Al-JAZEERA, TV de l'émir du Qatar; on ne peut que constater "la jubilation" des journalistes de la première et l'amertume, voir l'aigreur de ceux de la seconde !
L'une et l'autre invoquant les règles démocratiques et les droits de l'homme, respectés pour la première, bafoués pour la seconde ... alors que les deux sont les portes-paroles de deux régimes monarchiques absolus, ne pratiquant ni la démocratie et ne respectant pas les droits de l'homme ! Grotesque mais rageant de voir les pétro monarques donneurs de leçons !!

Le comble est que Al Sissi rejetait violemment l'islamisme des frères musulmans mais semble admettre celui du parti Nour qui lui apporte son soutien ... alors que ce parti est né du néant par la magie des pétrodollars des Ibn Saoud pour contrer Morsi, le poulain de leur frère ennemi, l'émir du Qatar.
Mais a-t-il le choix, lui que les Ibn Saoud soutiennent et auquel ils promettent de lui accorder une aide financière, triple de celle des EU, qu'Obama menaçait de suspendre ? En échange de quoi, ils exigent de lui de neutraliser, voir d'exterminer les Frères musulmans devenus trop dangereux pour eux. 
Al Sissi avait-il le choix, alors que l'Occident et les UE en tête soutiennent les Frères musulmans ? Et les égyptiens avaient-ils le choix ??

Et voilà comment Al Sissi se retrouve piégé : car s'il a combattu les Frères musulmans de peur du wahhabisme qu'ils veulent diffuser dans la société égyptienne, il n'échappera pas pour autant à celui des Ibn Saoud qui prendront le relais pour diffuser le leur : poison pur jus, pur et dur, puisqu'ils sont les détenteurs historiques et officiels de cette doctrine.

Si l'Egypte a réchappé à la catastrophe, il est certain que la révolution des égyptiens a le goût amère ... celui d'une révolution inachevée par la faute des bédouins d'Arabie qui se sont invités dans "le printemps arabe" pour avorter toutes les révoltes dans les Républiques et toutes les révolutions, de peur de la contagion qui leur coûterai leur trône !

On ne peut que dire patience aux égyptiens : s'il ont échappé au cauchemar islamiste, il leur reste encore à refaire une autre révolution pour parachever la première, au cas où Al Sissi tomberait dans les mêmes travers des deux tyrans qu'ils ont dégagés Moubarak & Morsi ! 

Il faut aussi constater que le peuple égyptien, tenu depuis des siècles dans l'ignorance par des régimes corrompus, n'était pas suffisamment éclairé pour faire un choix sage. C'était prévisible qu'il tomberait soit sur la dictature des Frères musulmans la pire à tous égard, soit sur celle des militaires.
Tant que l'instruction ne se développera pas largement en Egypte (et il y a beaucoup à faire!), on ne doit pas s'attendre à autre chose. 

Al Sissi sera-t-il assez patriote pour s'associer à la société civile pour développer son peuple et l'instruire pour le soustraire à l'obscurantisme wahhabi qui le menace ? 
On ne peut que l’espérer ... sans grandes illusions.

mardi 27 mai 2014

Le Qatar a bien mérité de son surnom de Qatraël

" L'oncle de l'émir Tamim fait des révélations sur des accords secrets entre le Qatar et le sionisme " !

 

Titrait "Algérie Patriotique" qui a dévoilé les relations fraternelles entre l’entité qatarie et l’Etat d’Israël, dont l’objectif stratégique est la destruction méthodique des Etats-Nations arabes par le poison du " printemps arabe ". 

Un secret de polichinelle occulté par certains médias occidentaux, tout comme les relations idéologiques et financières entre Al-Qaïda et Al-Qatar !


Peu connu du grand public, l’oncle paternel de l’émir du Qatar, la soixantaine, a décidé de rompre le silence pour dévoiler la face cachée de l’émirat gazier. Ce fut à l’occasion de la décision prise par les pays du CCG de rompre leur relation avec le Doha à cause de sa politique favorable aux Frères musulmans.
Le Frère musulman et mercenaire d'Israël, Hamad Ben Jassim, par ailleurs financier des terroristes du Hamas à Gaza!
Le Frère musulman et mercenaire d'Israël, Hamad Ben Jassim, 
par ailleurs financier des terroristes du Hamas à Gaza !


L’homme s’est exprimé la première fois sur Twitter. Cité par le journal arabe paraissant à Londres, Al-Arab, Abdelaziz Al-Thani qualifie les positions de l’actuel gouvernement sur un certain nombre de questions de «honteuses», citant notamment l’établissement de relations avec Israël, l’alliance avec des puissances régionales contre certains pays arabes, la mise en œuvre des projets américains dans la région, etc. Il considère aussi que les émirs qui ont succédé à Cheikh Khalifa, depuis dix-sept ans, ont expressément fait de ne pas bâtir une armée forte, pour «éviter toute velléité de coup d’Etat». Il estime enfin que la chaîne Al-Jazeera, lancée en 1995, «est plus préoccupée à semer la discorde entre les peuples arabes, et a été créée au service des intérêts sionistes dans la région arabe».

Par ailleurs, le prince Abdelaziz évoque des enregistrements qu’il dit avoir obtenus auprès d’un ami libyen établi à Genève, portant sur des «plans de reconfiguration du Moyen-Orient». Le prince dissident dit que l’ancien émir, son frère Hamed et son bras droit, l’ex-Premier ministre Hamed Ben Jassem, ont été désignés par les Britanniques pour mettre en exécution ces plans.

S’adressant aux dirigeants des pays du Golfe, Abdelaziz dira dans un autre message rapporté par le journal : «Nos frères du Golfe doivent comprendre que le Qatar n’est ni une chaîne de télévision, ni un marché, ni un hôtel, ni même Al-Qaradawi, mais plutôt un champ d’action pour des dizaines de services de renseignements et d’organisations secrètes», tout en prévenant que «le rôle du Qatar est aussi de servir de champ d’action contre tous les pays du Golfe, sans exception».

Il révèle aussi le contenu d’un autre enregistrement où l’ancien émir, Hamed Al-Thani, évoquait avec l’ex-guide libyen, Mouammar Kadhafi, un plan de renversement de la famille régnante en Arabie Saoudite, «étalé sur douze ans ». Sur un autre enregistrement attribué à Hamed Ben Jassem, celui-ci avoue que «Doha a signé un accord à long terme avec les Américains, portant sur l’installation de bases militaires, visant à dissuader les Saoudiens de tout soutien au retour de l’émir déchu, Khalifa».

Dans un autre message, Abdelaziz dévoile un plan de soutien de Doha à l’opposition islamiste au Koweït, visant à propulser un de leurs affidés, Ahmed Al-Fahd, à la tête de cet émirat pétrolier. Ancien commandant en chef de l’armée, au début des années soixante-dix, à l’époque de Cheikh Khalifa Al-Thani, il sera plus tard nommé ministre des Finance et du pétrole.

Suite au coup d’Etat fomenté par Hamed contre son père, qui vit toujours dans son exil à Paris, Abdelaziz décide de s’exiler lui aussi. L’opposition qatarie le reconnaît comme étant «le véritable émir du pays». Décidé à réinvestir la scène, l’homme s’est entouré d’anciens dignitaires du Qatar et de personnalités influentes aujourd’hui écartés des rouages de l’émirat.

dimanche 25 mai 2014

Un gouvernement de technocrates : La grande arnaque

Une fois de plus l'opposition s'est faite avoir faisant preuve d'un amateurisme affligeant ! 
R.B

Par Sofiene Ben Hamida

Depuis quatre mois, le gouvernement Mehdi Jomâa semble faire du sur place ou du moins avancer à pas de tortue. Il avait pourtant été mandaté pour accélérer un processus de transition qui était au point mort et essayer de stopper la dégringolade de l’économie tunisienne. Aujourd’hui, les sentiments sont mitigés, face à un gouvernement qui s’écarte de la feuille de route sur la base de laquelle il a été désigné et qui engage le pays sur un programme, un agenda qui n’est visiblement pas consensuel et que nul ne sait avec qui il a été concocté.

En fait, il y avait eu une arnaque originelle qui consiste à faire croire qu’il est possible de former un gouvernement de technocrates. En réalité un gouvernement est une structure politique dont les membres sont appelés à prendre, à longueur de journée, des décisions politiques. Le gouvernement actuel peut se targuer de son indépendance vis-à-vis des partis politiques. Seulement sa gestion est politique et il a tout fait pour exiger qu’il dispose d'une marge de manœuvre assez large. Même la feuille de route du quartette qui constituait le contrat et le mandat de ce gouvernement Jomâa n’est plus à l’ordre du jour.

Dans d’autres circonstances, la fuite en avant et sa gestion non concertée des affaires de l’Etat auraient provoqué le tollé général. Mais les partis politiques et les organisations nationales parrainant le dialogue national se sentent un peu piégés et responsables de cette situation qu’ils doivent gérer sans trop renier leur choix. Après quatre mois de gestion du gouvernement Jomâa, il est clair que la priorité des participants au dialogue national était d’évincer la troïka du pouvoir. Dans la précipitation, ils ont été peu vigilants concernant le nouveau gouvernement qui présentait bien avec tous ses "surdiplômés" débarqués fraîchement de l’étranger, quittant des carrières professionnelles prometteuses pour donner un coup de main au pays. Il est vrai que ne plus voir Laârayedh, Harouni, Mekki, Ben Salem, Badi, Maâtar, Ben Hmidane, Fakhfakh et autres était un acquis en soi qui a rendu espoir à une large frange de la population. Il est vrai aussi que ces jeunes diplômés ont aussi leurs ambitions, leurs visions du monde, leurs convictions. Ils sont intelligents, manœuvriers, bon communicateurs et conçoivent la politique autrement ce qui désarçonne et surprend une classe politique vieillissante et sclérosée.

Entre cette classe politicarde, stéréotypée et ces jeunes loups, la bataille était inégale dès le départ, mais il a fallut quatre mois pour s’en rendre compte.
Durant ces quatre mois, l’erreur fatale des partis politiques était de considérer que le gouvernement Jomâa était un gouvernement de technocrates qui se limitera à appliquer la feuille de route. Ils se sont vite consacrés, après l’adoption de la Constitution, à leurs campagnes électorales, à chercher de nouvelles alliances pour les uns et à régler les querelles fratricides pour les autres.

Dans ce climat de relâchement total de la vigilance, le gouvernement s’est trouvé les mains libres pour mettre au point un programme économique et social, son programme, d’une extrême agressivité qui n’a jamais été discuté, concerté ou adopté dans le cadre du dialogue national. La mise en application de ce programme, politique par excellence, puisqu’il répond à une vision politique et idéologique, fait que les franges défavorisées seront privées de la compensation, que les prix vont augmenter ainsi que les factures de l’électricité et du gaz, que le carburant, le pain, les pâtes, comme les tomates il y a quelques mois, seront vendus à des pris exorbitants.

Certains diront que ces mesures ont été prises sous la pression des instances financières internationales. Le plus probable c’est que ces décisions ont été prises par ce gouvernement parce que ses membres ont été formés au sein des multinationales dans un contexte d’économie et d’idéologie libérale de plus en plus agressive et anti-sociale. Ils sont formés dans un esprit d’efficience, de rentabilité, d’efficacité, quitte à laisser derrière eux des œufs cassés et parfois même des vies anéanties et des os broyés.

Le débat économique qui se prépare n’est par conséquent qu’un subterfuge. Ceux qui y assisteront seront amenés à valider les nouvelles orientations économiques décidées unilatéralement par Mehdi Jomâa et son gouvernement et engageront le pays dans un système économique libéral à outrance qui repose sur le désengagement social de l’Etat. Ceux qui le boycotteront auront manqué l’occasion de porter la voix des classes populaires. En cela, ils ne s’opposent pas au système qu’on veut mettre en place. Ils le soutiennent par opposition passive.

vendredi 23 mai 2014

La défaite de la laïcité en France

Ou comment la laïcité cède sous les coups de boutoir des islamistes ! 

Pourtant la loi très claire : tout signe religieux est interdit à l'école !
Cela ne semble pas aussi claire pour certains pourfendeur de la laïcité.
Pôvre France : ta laïcité fout le camp !!
R.B
Dans son édition du samedi 17 mai, le quotidien La Provence(organe de la gauche provençale) se penche sur le sort des malheureuses collégiennes musulmanes obligées, dans les quartiers nord de Marseille (et ailleurs, la cité phocéenne ayant une population immigrée qui depuis belle lurette occupe vaillamment le centre-ville), de se dévoiler chaque matin en arrivant en classe. Et de décrire la hantise matinale de "Sabrina", obligée d'ôter son jilbeb (le long voile brun qui l'enveloppe tout entière), conformément à la loi de 2004 sur l'interdiction des signes religieux en milieu scolaire. Les tenues peuvent être variées (hidjab, jupe longue ou foulard islamique), mais le refrain est toujours le même.

La proviseur du lycée professionnel de la Calade, qui a, comme elle dit, "bien d'autres problèmes à gérer", participe à la commission laïcité du rectorat - une spécialité locale, les autres rectorats n'en ont pas éprouvé la nécessité. "Nous nous réunissons régulièrement avec des juristes, des historiens, des experts, et même un imam", explique Rodrigue Coutouly, référent académique pour l'éducation prioritaire au rectorat d'Aix-en-Provence. L'idée, c'est d'éclairer ce que la loi ne dit pas.

Ignorant que j'étais ! Je croyais la loi très claire : tout signe religieux est interdit à l'école - ou dans cette école hors les murs qu'on appelle la sortie scolaire. L'une de mes étudiantes l'an dernier a voulu porter son voile lors d'un voyage scolaire en Angleterre, et l'administration, tout comme l'équipe enseignante, a été très claire : une classe qui sort emporte le règlement intérieur à la semelle de ses souliers. Hors de question que le laxisme anglo-saxon s'applique à un groupe scolaire français.
Le problème, c'est que les tendances lourdes du système, parfaitement résumées la semaine dernière par Benoît Hamon dans une décision que nous avons commentée ici même, vont dans un sens tout différent.

Le laxisme expliqué à ma fille

Premier mouvement : on minimalise le problème. "Une trentaine de jeunes filles sur 1 500 élèves..." "Une question de mode..." "Parmi les musulmans de Marseille, ces milieux représentent une part infime", assure ainsi la sociologue de service, Françoise Lorcerie, longuement interviewée à la suite de l'article - et qui plaint dans un même élan compassionnel les apprentis djihadistes de Syrie et d'ailleurs : "Ils le font par désespoir, pour être quelqu'un, se construire un avenir là où il n'y en a pas, ou, tout au moins, là où ils ne parviennent plus à s'en imaginer un. Plutôt que de stigmatiser ces adolescents, il faut leur donner confiance en eux, dans une école bienveillante, qui ne se braque pas contre son environnement, son quartier." Fini l'enseignement selon Jean Zay, qui expliquait que l'école devait être une forteresse où ne parviendraient pas les rumeurs du dehors. Mérite-t-il vraiment d'être panthéonisé ?
Deuxième mouvement : la dramatisation. En page 1 du quotidien, sous le titre très explicite "Laïcité : l'école du compromis", on lit l'accroche suivante : "Dix ans après le vote de la loi, des chefs d'établissement des quartiers nord s'interrogent encore : comment faire appliquer le texte sans exclure les élèves voilées ?" "Des milliers d'exclusions par an", affirme Françoise Lorcerie.
Troisième mouvement : créer une commission ad hoc, non pas pour enterrer la question, comme on le fait d'ordinaire quand on crée une commission, mais pour faire admettre le contournement de la loi, au cas par cas - et de fil en aiguille, pour faire modifier la loi.
Et là, on a affaire à une collusion entre les "sociologues" ("la loi de 2004 n'a pas eu que de bons côtés", dit Françoise Lorcerie, qui est venue défendre ses thèses dans mon lycée il y a deux ans) et des enseignants, idiots utiles des organisations islamistes, cinquième colonne involontaire d'un militantisme qui a choisi les filles et les femmes pour avancer ses pions.

La sociologie, science de toutes les compromissions

Pour noyer le poisson, on s'appuie sur les conclusions de Pisa (je reviendrai prochainement sur les enquêtes de cette institution qui donne tous les deux ans du grain à moudre à la presse sans que la scientificité de ses méthodes soit bien établie) qui affirment que la France est l'un des pays dans lesquels les discriminations sociales ne sont en rien gommées par l'école - et qu'elles sont même renforcées. Ce que des médias communautaires du type Ajib, dont le moins que l'on puisse dire est qu'il ne représente pas l'islam le plus modéré, relaient avec complaisance - tout comme notre sociologue, qui se désole que les garçons, cette fois, soient eux aussi pénalisés par les méchants enseignants français, qui notent sans doute au faciès puisque dans notre pays n'existe aucune statistique ethnique. Françoise Lorcerie est connue par ailleurs pour sa défense bec et ongles des populations brimées par la laïcité à la française, qui a fait d'elle une inlassable activiste saluée par lesorganisations islamiques et les pédagogistes de toutes farines. Elle n'est pas la seule : son collègue Vincent Geisser a été accusé de "caresser les barbus dans le sens du poil", mais il ne renie rien de ses convictions - et Françoise Lorcerie le défend à toute occasion. Il existe une franc-maçonnerie des sociologues, avant-garde et caution "scientifique" des concessions en cours et des abdications à venir.
On fabrique ainsi une ambiance délétère, qui place forcément les enseignants en porte-à-faux : "Une radicalité qui me met très mal à l'aise", dit l'un ; "C'est dur de conserver une neutralité d'enseignant", avoue une autre. Je veux bien le croire. Quand la loi n'est plus une, mais dépend de l'interprétation des autorités locales, c'est l'autorité tout entière qui se délite.
Il est évidemment plus simple de ramener au niveau "sociétal" les problèmes vitaux dont l'école de la République est en train de mourir : le collège unique, qui dans ces quartiers est extraordinairement homogène, si je puis dire ; la difficulté dans ce contexte à faire passer une langue, prérequis pour aller plus loin dans l'acquisition des savoirs et de la culture ; l'autorité même, dont les manques sont automatiquement excusés sous prétexte de "discriminations", source, comme on le sait, de toutes les incompétences...
Pendant ce temps, on organise, à Marseille même, des classes-relais, des prépas à la prépa, où des élèves majoritairement issus de l'immigration trouvent enfin leurs marques, préparent et réussissent des concours difficiles parce qu'on leur a enfin appris à oser aller plus loin que le bout de leur famille et de leurs rites. Mais de cela, il ne faut pas parler. Une pédagogie sans concession, des programmes cohérents, les conditions effectives de la réussite, c'est difficile à mettre en oeuvre. Toiletter une loi pour faire plaisir aux groupes de pression, en revanche...

Céder un jour, c'est céder toujours

Qu'un ministre fasse chorus avec ce que le laxisme et l'empathie mortifère ont de pire, c'est un comble. Il faut bien voir qu'un signal ambigu envoyé de la Rue de Grenelle est reçu forcément cinq sur cinq par les recteurs les plus concernés (à Marseille, monsieur Ali Saïb, qui n'avait pas trouvé le temps, en décembre, de recevoir les profs de prépa en grève) et les chefs d'établissement. Et, en bout de chaîne, ce sont les enseignants qui affrontent les mères d'élèves qui viennent voilées aux réunions et participent voilées aux sorties scolaires, et qui gèrent au quotidien les élèves, qu'ils ont amenées voilées à une récente conférence de Thomas Piketty à l'Alcazar de Marseille - je peux en témoigner, j'y étais. Au Blanc-Mesnil, en région parisienne, lesdites mères, animées forcément des meilleures intentions et qui n'écoutent que leur conscience, et pas des prédicateurs déchaînés, se sont mobilisées pour exiger l'aménagement de la loi : Hamon les a entendues.
Marseille est peut-être une ville exceptionnelle, un laboratoire du laxisme ou une zone de renoncement. Les fondations financées par l'Europe décrivent la population marseillaise avec pitié, tout en oubliant de souligner que l'économie souterraine, entre autres celle de la drogue, crée une ville parallèle à côté de la ville officielle. Ici, la loi ne s'applique pas partout, et tout comme la police hésite à patrouiller dans certaines zones de la ville, les enseignants auraient bien tort de s'arc-bouter sur des principes vitaux pour la laïcité - et, à terme, pour la pédagogie : si l'on cède sur un point aussi central, on nous expliquera bientôt ce qu'il faut dire ou ne pas dire en cours, comme on nous a expliqué ce qu'il fallait donner à manger (1). Ce n'est pas un problème réservé aux quartiers nord d'une ville malade : c'est une gangrène obscurantiste qui touche une extrémité, avant de gagner le reste de l'organisme.

mercredi 21 mai 2014

Amel Karboul fait sa révolution : celle des mentalités

Elle bouscule les réactionnaires ... 
mais aussi les pseudo progressistes modernistes qui voudraient bien que la tunisienne soit libre ... mais pas trop !
R.B


Mohedine Bejaoui : 

Le syndrome Karboul
L’arrivée intempestive, tempétueuse de Mme Karboul au gouvernement provisoire, a causé dès les premières heures une agitation névrotique  politico-médiatique.


La «Karboul-mania» se le dispute depuis à  la  «Karboul-psychose»,dans un délire qui s’apparente aux troubles bipolaires maniaco-dépressifs qui se seraient emparés de l’humeur politique. Il est bien connu que les maniaco-dépressifs oscillent par alternance entre  euphorie et mélancolie.
Un syndrome qui semble décrire en épiphénomène les symptômes de l’inconséquence d’une société bousculée  qui se cherche sur le chemin chaotique d’une démocratie en genèse. En creux, le malentendu  persiste à produire entre modernité et réaction, la cacophonie  des dérangés du changement. En crête culmine,  la figure symbolique de la femme en «nue -propriété» pour l’éternel masculin, en «sainte-ni- touche» pour les pas francs du collier.
Mme Karboul, est décriée jusqu’à l’insulte par  les uns, adulée jusqu’à l’idolâtrie par d’autres. Pourquoi ? 
Amel Karboul, ministre du tourisme

Rappelons qu’à la  veille de  sa prise de fonction au ministère du tourisme elle  a été mise en cause. Le procès d’intention était bien là.Plusieurs débarqués du néo-ancien régime  ont été assaillis par  «la tourista» à en vomir. Sitôt nommée,  une polémique éclata autour d’un voyage en Israël où elle s’est rendue en 2006. Certains députés de l’ANC l’accusèrent d’agir pour la normalisation avec les sionistes. Il ne fallait pas plus d’arguments pour que les mêmes députés empruntent la voix criarde  et insolente de Gassas  appelant à sa démission des suites de la visite de croisiéristes israéliens en Tunisie. Comme un seul homme  81 députés - dont des femmes-  déposent une motion de censure  prévue pour le 9 Mai à son encontre en raison de l’entrée en Tunisie de pèlerins israéliens à destination de la Ghriba. Faut-il rappeler que sous le gouvernement de la Troïka des israéliens ont pu faire ce pèlerinage sans  que cela ne remue ni ménage, ni  méninges : Un manège.


Il faudra donc chercher ailleurs ce qu’on lui reproche. Elle est une femme, diplômée, jeune, avec de la prestance, a dirigé une entreprise internationale, n’a pas froid aux yeux, bouscule les codes guindés de la baronnie politique jusqu’aux signes vestimentaires, parle sans langue de bois et s’est autorisée dès sa prise de fonction de congédier un homme: le directeur de l’office du tourisme.Elle a été à la tête d’une délégation à Djerba pour initier une campagne de propreté  en jean et tee shirt. Elle se permit  en plus d’interpeller les responsables locaux,  dont le gouverneur  venus l’accompagner en costards et  cravates en leur disant: «Vous êtes habillés pour un mariage ou pour nettoyer ?». Une insolence de trop, encore une, à l’ encontre des  hommes.L’humour, la vivacité d’esprit ne sont synonymes ni de frivolité ni,d’irrévérence, ils sont compatibles avec la gravité de la fonction si tant est la compétence disponible. Personne n’a encore entamé un procès en incompétence à Mme Karboul. L’on ne pourrait pas en dire autant des autres ministres qui l’ont précédée.

Le femme qui dérange

C’en est trop pour des député(e)s conservateurs (trices) qui n’ont pas gobé sa sortie remarquée  lors du festival «libertaire» de musique électronique de Nefta aux coté de Jacques Lang. Elle représente tout ce que l’imaginaire conservateur abhorre: l’insolence de la liberté incarnée par une femme tunisienne alors que d’autres victimes «consentantes» se soumettent au Jihad Ennikah (prostitution halal) en Syrie. La contradiction est intenable, donc : comportement condamnable. La piste antisioniste est bien balisée depuis des lustres dans les pays arabes où la liberté de blâmer se limite à désigner Israël comme unique source de tous nos maux. Un fonds de commerce que tous les dirigeants arabes ont fructifié sans vergogne sous l’empire de leur indigence, incurie,  incompétence,duplicité, corruption et autoritarisme. Que les nahdhouis s’offusquent de la prétendue «Normalisation» avec Israël conduite en sous-main par Karboul, c’est "Normal ", en omettant de dire que la Turquie leur référent islamo-Califal a normalisé ses relations avec Israël. M. Erdogan très proche de M. Ghannouchi sera en visite officielle  dans les prochaines semaines  à Tel Aviv, invité par  la colombe Netanyahou. Faut-il aussi déposer une motion de censure contre le 1 er ministre Jomaa qui est allé  déguster un «Fricassé» à Belleville, fief des juifs tunisiens  chez Gabin (un restaurant tenu par un juif tunisien à Paris). Dans le même sillage,  aussi paradoxalement que cela puisse paraître des femmes tunisiennes modernes et supposées progressistes n’ont pas cessé de critiquer le style Karboul, trop décontractée, trop «m-a-t-on-vue». Cela ne se fait pas quoi !

Mme Karboul dérange  certaines femmes parce qu’elle va là où elles n’ont pas pu aller, là où elles ont composé avec la domination masculine, là où il ne faut pas transgresser les codes phallo-misogynes. Libres !  
D’accord, mais point trop n’en faut. Le compromis qu’ont trouvé certaines de nos compatriotes avec leurs maris, grands frères, fiancés pour compromettant, il permet néanmoins  de sauver les apparences d’une modernité biaisée par une liberté  admise et non totalement acquise. Mme Karboul  est de trop dans une transition bégayante qui n’est pas que politique, elle est profondément sociale, sociétale, psychologique. Mme Karboul est le reflet d’un  miroir déformant, contredisant une image trop belle  qui se devait  de rester dans l’intimité privée, privative des hommes, cloîtrée de l’autre côté  noir du miroir. Il n’était pas convenable  de parader dans l’espace public où une fille voilée se cache un peu, une femme niqabée n’existe pas, engloutie dans le noir. Dans l'hystérie « anti-Karboul » on retrouve les mêmes accents des vociférations qui ont voué la nudité d’Amina Sboui aux gémonies. Le corps de la femme, ses cheveux, sa voix, sa parole au-delà d’un certain seuil, dérangent les conservateurs, irritent certaines  femmes qui se veulent -sincèrement- modernes  tout en étant acculées au  respect des limites acoustiques acceptables. Qui a dessiné ces limites du  convenable? Les hommes qui ont progressé, mais pas trop non plus. Alors il est naturel de prendre siennes ces contraintes pour atténuer l’inconfort  des dissonances qui susurrent dans l’oreille de l’otage le syndrome de Stockholm: «Soit libre, mais tais-toi. Soit libre mais dis-le en sourdine».  Où est-ce qu’on met le curseur du progrès? Se mesure-t-il par la longueur de la jupe? Où se place  la décence? S’évalue-t-elle par le  voile intégral, le niqab, ou un habit compromis entre deux «cache-sexes»? Quel est le bon ton pour les bonnes manières? A combien de décibels une voix de femme est tolérable ?

Gare à la peopolisation !

D’autres femmes plus téméraires ont choisi une autre voie. De l’autre côté du miroir, Mme Karboul a ses fans,  des pages FB et Hashtags Twitter lui sont dédiées, alimentant une «peopolisation» qui ne lui rend pas service parce qu’elle ne  s’adresse pas  à ce qu’elle fait, elle relate plutôt sur le mode  «story Teller»  ce qu’elle est. Les   photos «selfies» que Mme Karboul a diffusées  elle -même sur twitter participent de cette «Karboul-mania»,  passant  au second plan les performances techniques qu’elle entend réaliser.Les groupies de Mme Karboul ont trouvé leurs icône, après avoir un temps couru derrière Maya Ksouri, Besma Khalfaoui ... 
Elles ont fini par rencontrer celle qui correspond à leur l’idéal féminin, l’idéal féministe pour certaines. Mme Karboul est au pouvoir, une image positive à l’opposé de celle de Mme M. Labidi ou de S. Badi ou A.Sboui. Mme Karboul est au pouvoir,   elle l’exerce sans complexe. Une étoile est née me dit une copine tombée sous le charme glamour de cette ministre hors normes conventionnelles. Je lui ai répondu: «ce n’est pas le concours the Voice, la politique c’est plus sérieux.»

Le ton, l’apparence, le discours, les mots sont des éléments constitutifs de la forme qui est signifiante, il serait néanmoins dommageable de la sacraliser au détriment de l’essentiel du travail fécond qu’elle entend mener. Le propos ne vise en aucun cas de décrédibiliser la substance en raison de sa forme, Mme Karboul serait bien avisée de ne pas donner des arguments à ceux qui l’attaquent injustement, ses aficionados devraient relayer, discuter ses idées, ses actions sur le terrain pour éviter de la noyer dans des polémiques stériles, épuisantes.
En tout état de cause, Mme Karboul ne laisse pas indifférent, elle apporte une brise  de fraîcheur dans cette atmosphère morose accoutrée de vieux apparats qui sentent  la naphtaline. A l’évidence, elle a asséné un coup de vieux aux professionnels de la politique, mais cela ne suffira pas à convaincre les incrédules. 

La « starification »  est un couteau à double tranchant, l’opinion ne retient des actions des célébrités que leurs erreurs parce que leurs travers les humanisent, rendant l’identification plus accessible.
Elle  semble bien consciente qu’elle est attendue au tournant, les faits sont têtus, ils lui donneront raison ou tort. Seules ses réalisations politiques compteront dans un court laps de temps, l’été est à nos portes. 
Les résultats des examens arrivent début juillet. 

Bonne chance Madame.

mardi 20 mai 2014

Discours d'Amel Karboul de clôture du pelerinage à la Ghriba de Jerba

Après la polémique suscitée par des constituants illégitimes, qui veulent faire les intéressants,  en se faisant les "champions" de la cause palestinienne par pur populisme, reprochant au ministre du tourisme son "laxisme" d'avoir laisser entrer en Tunisie des juifs de nationalité israélienne lors de leur croisière, il était bon que Amel Karboul rappelle les traditions d'hospitalité tunisienne ! 
Et, au passage, elle donne une leçon magistrale aux islamistes obscurantistes en citant opportunément des versets du Coran. 
Pas étonnant que cette femme cultivée soit la bête noire d’islamistes imbéciles et de leurs amis abrutis d'un CPR moribond !
R.B

Ministre du Tourisme de la République Tunisienne 

Mr le grand Rabbin de Tunis, 
Mr le Président de l'Association de la Ghriba
Messieurs les ministres 
Excellences, 
Chers amis, 
Mesdames et Messieurs. 

Pourquoi le pèlerinage ? 

Beaucoup d’entre nous y cherchent l'inspiration. 
Ils y voient de nouveaux horizons, les perspectives d’un changement. Ils cherchent la voie dans la foi. 
Certains y trouvent matière à méditation. Ceux-là mêmes qui s'interrogent profondément sur le sens de la vie, veulent purifier leurs cœurs et cherchent la sérénité après le doute et la confusion. 
Certains ne savent même pas pourquoi ils vont en pèlerinage, mais suivent leurs intuitions et inspirations. 
Certains veulent mettre en pratique les rituels religieux qu'ils ont reçus en héritage. 
Ils, elles, sont riches et pauvres, instruits et non instruits,…Ils sont cuisiniers, chauffeurs, médecins, PDG, ministres, écrivains, enseignants, soldats, …et il y’en a même, qui accompagnent une autre personne le temps d’un pèlerinage. 
Il y en a qui marchent, méditent, observent et sont en quête d’une harmonie avec la nature. 
D’autres sont curieux de se découvrir et découvrir l’autre. 

Ils ont besoin d’échapper à leur routine. 
Ce sont des aventuriers spirituels cherchant tout simplement leur chemin. Dans la paix de l’esprit, ils cherchent l’apaisement 
Qui êtes vous? Peut être ces tous et un réunis 

Mais au juste qu’est ce qu’un pèlerinage ? 

Est-ce la communion entre un espace physique et un autre spirituel ? 
Aujourd’hui, c’est Djerba et la fête du Lag Ba'omer pour des citoyens du monde de confession juive 
Dans le monde musulman/ c’est le Hadj après la grande fête (El Aïd el Kébir)  
Dans le livre saint des musulmans, le Coran, la sourate El Hajj évoque le pèlerinage dans les versets 22, 67 et 78 : 

 22:67

 « À chaque communauté, nous avons institué un ensemble de rites qu’elle doit observer. Qu’ils 
cessent donc de discuter avec toi l’ordre reçu ! Implore plutôt ton Seigneur, car tu es assurément 
dans le droit chemin. » [67] 

22:78

« C’est Lui qui vous a élus, sans vous imposer aucune gêne dans votre religion, qui est la religion de 
votre père Abraham. » [78] 

Les rites peuvent être religieux : comme le hadj à la Mecque, le pèlerinage de la Ghriba, ou celui de Lourdes. 

Chacun de nous célèbre aussi ses petits pèlerinages personnels. 
Mon amie Lesley m’a racontée, que chaque fois qu’elle va à New York, elle fait un pèlerinage - Le sien - Au MOMA pour admirer une peinture de De Kooning (Pirate: Untitled II) qui l’inspire et lui donne envie de danser - à la grande consternation des agents du musée-. Le tableau n'étant pas toujours en exposition, elle quitte le musée, profondément déçue, lorsqu’il n’y figure pas. Et rapidement écrit encore et encore une lettre au MOMA, la même, les priant de le sortir des caves et de le réexposer. Parfois, ils le font. 

Avant-hier soir, j’ai rencontré à l’hôtel, un couple juif qui m’a révélé qu’après plusieurs années d’absence, plus émus que jamais, ils sont rentrés, cette année en Tunisie, pour célébrer le pèlerinage de la Ghriba. J’ai eu le sentiment que c’est un double pèlerinage : un à la Ghriba et un autre pour renouer avec leurs racines tunisiennes. 

Je visite le cimetière familial à chaque fois que je suis ici à Djerba. Je me recueille sur la tombe de mon grand-père, je le salue et lui dis : cher grand-père, je te remercie du plus profond de mon cœur pour cet endroit magnifique que tu nous as légué, ce lieu de paix et de sérénité. 
Un pèlerinage est fort probablement ce qui rattache une personne à un endroit, qui raconte l’histoire de nos origines, qui nous éclaire sur notre identité…Il peut être même, l’expression de notre identité. 
Alors la prochaine question qui m’interpelle est : 
Quelle identité tendons-nous à exprimer tous ensemble ici aujourd’hui ? 
Notre histoire commune ne répond à toutes les interrogations, mais je peux nous donner des pistes de réflexions. 

Il était une fois ... La Convivencia 

La Convivencia. (Ou la coexistence) est le terme utilisé pour décrire la période de l'histoire de l'Espagne comprise entre 711 et 1492 (coïncidant avec la Reconquista). C’était quand les Musulmans, Chrétiens et Juifs vivaient dans une paix relative, où le vivre ensemble avait pour essence la tolérance religieuse et le respect, une époque où les cultures ne s’entrechoquaient pas mais coexistaient. 

La Convivencia a été considérée comme l'âge d'or d’Al Andalous - et de la civilisation islamique. Il ne fait aucun doute que lors du règne musulman dans le Sud de l’Espagne, et jusqu'à l’arrivée d’Isabella en 1492 qui a expulsé d'abord tous les Juifs et puis/ 30 ans plus tard/ tous les musulmans, de grandes réalisations ont vu le jour. 
Médecine, astrologie, astronomie, mathématiques, philosophie, sciences, chimie, architecture et arts ont permis des avancées considérables dans l’histoire de l’humanité. 
Et c’est grâce à ce brassage culturel, intellectuel et spirituel entre peuples de différentes confessions que la prospérité de l’Andalousie d’antan, fût. 
Le Zohar - un des ouvrages majeurs de la Kabbale – fût diffusé au 12ème siècle en Espagne. Il en est de même des œuvres des grands mystiques religieux et philosophes comme Salomon ibn Gabirol (Suleiman ibn Jabirul) au 11ème siècle. 
Et bien sûr, n’oublions pas le grand savant et médecin Maïmonide (Musa bin-Maymûn, alias Moïse ben Maimon, alias le Rambam). 

Dans le Coran, la Sourate 2, (La Vache), Verset 62 incarne cette convivencia religieuse: 

2:62

“ Ceux qui croient (dans le Coran) et ceux qui observent (les Écritures) des Juifs, des Chrétiens et des 
Sabéens, et ceux qui croient en Dieu, et au Jour Dernier, et ceux qui agissent avec droiture, ils 
recevront leur récompense de leur Seigneur, ils n’auront rien à craindre, ils ne seront pas affligés. » 
[62] 

Où en sommes-nous ? Nous Tunisiens/ des siècles plus tard ?

Nous Tunisiens du 21ème siècle avons résisté à bien de changements, et d’invasions depuis plus de 3000 ans. Aujourd’hui, nous espérons, que la Tunisie qui s’est révoltée il y a plus de trois ans, celle que nous sommes en train de réédifier, renaisse libre, novatrice et juste. 
Apaisée, notre patrie a retrouvé la voie. 
Beaucoup parlent du miracle tunisien !
Aujourd’hui, la Tunisie qui unit en son sein toutes les religions, qui tolère toutes les idéologies, souhaite vivre une nouvelle Convivencia. La Convivencia du vingt-et-unième siècle. 
J'ai foi en la capacité de la Tunisie d’avoir son âge d’or/ pas seulement elle/ mais toute la région. 
Elle ne sera pas une exception, elle montrera la voie. 

J'ai foi en cela, et je m’y engage. Je le fais précisément pour ne jamais renoncer, me résigner, baisser les bras et me retirer en silence. Parce que nous projetons notre désespoir autour de nous lorsque nous perdons la foi. Quand à moi, je refuse de perdre la foi. 

Comme la plupart d'entre nous, que nous soyons musulmans, juifs ou chrétiens, ce qui nous pousse à avancer est que malgré nos doutes, et même grâce à nos doutes, nous rejetons le nihilisme du désespoir. Nous revendiquons la foi en l'avenir et en chacun de nous. 

Appelez cela de la naïveté si vous le voulez. Dites que c'est impossible et idéaliste si vous le pensez. 
Mais une chose est sûre : Reconnaissez que c'est humain. 

La Tunisie a besoin de vous, de nous tous pour réaliser le rêve d’une Convivencia du 21ème siècle. 
La Tunisie a résisté aux invasions, aux guerres, à la division. Sa capacité de pardon et de tolérance l’ont protégé de la haine et du rejet de l’autre. Notre pays est le votre, vous Tunisiens qui êtes partis pour y revenir un peu plus souvent, un peu plus longtemps, peut être pour tout le temps. 

La Tunisie d’antan est également celle d’aujourd’hui, ses valeurs sont les mêmes, celles de la tolérance et de l’amour d’autrui. 

Pour finir je voudrais vous dédier ce poème, de Muhammad Shirin Maghribi, soufi persan du 14ème siècle : 

Cet ami spirituel frappa à ma porte la nuit dernière. 
« Qui est là?" : Demandai-je. 
Il répondit: «Ouvre la porte. C'est toi! " 
"Comment peux-tu être moi?" : Demandai-je. 
Il répondit, «Nous sommes un, Mais le voile de la dualité nous a caché la vérité. 
" Nous et moi, lui et toi, nous sommes tous devenus le voile, Et combien cela t’a voilé à toi même ! 
Si tu souhaites savoir comment nous et lui et toi ne formons qu’un, alors passe au-delà de ce «je», de ce «nous», et de ce « toi». 

Je souhaite à nous tous de passer au-delà de ce «moi», de ce «nous», et de ce «toi». 
Je vous remercie de votre attention. 

Mme. Amel Karboul 
Ministre du Tourisme de la République Tunisienne


  Rappel : l'Article 6 de la constitution du 26 janvier 2014 : 
L'État est le gardien de la religion. 
Il garantit :
- la liberté de conscience et de croyance, 
- le libre exercice des cultes et 
- la neutralité des mosquées et des lieux de culte de toute instrumentalisation partisane. 

L'Etat s'engage à diffuser les valeurs de la modération et la tolérance 
et à la protection du sacré et l'interdiction de toute atteinte à celui-ci. 

Il s'engage également à l'interdiction et la lutte contre les appels au 
takfir* et l'incitation à la violence et à la haine.


* Takfir : Juger autrui d'apostasie et le condamner en tant qu'apostat à la peine de mort ... selon la chariaa que les islamistes, dont les Frères musulmans nahdhaouis, avaient tenté en vain d'imposer aux tunisiens.