mercredi 28 novembre 2012

Qui a peur de Béji Caid Essebsi ?


Par Faïza Ellouze 

Rached Ghannouchi, a compris que le profil rassembleur du nouveau parti qu’est " Nidâ Tounes ", en plus du charisme de son leader, Béji Caïd Essebsi, constituent un réel danger pour Ennahdha et pour la troïka. 

C'est pourquoi Rached Ghannouchi s’est juré d’écarter de la course Béji Caïed Essebsi. 
Pour cela il invoque l'argument bateau « protection de la révolution » pour faire pass
er ses projets. Et quoi de mieux que de mettre à contribution l'ANC pour lui concocter une loi qui écarterait BCE ?!

Or les 86 ans de Béji Caïd Essebsi ne l’ont pas empêché d’être un ennemi redoutable des islamistes d’Ennahda, l’unique à pouvoir leur damer le pion selon les observateurs. 
L’ex-Premier ministre de la transition est parvenu en quelques mois à réunir autour de lui un bon nombre de politiciens de qualité ayant roulé leurs bosses dans la société civile ou dans les sphères flirtant avec l’ex-RCD au pouvoir sans lui appartenir vraiment. 

Ainsi gravitent autour de BCE des éminences grises diplômées des grandes universités de Tunisie et d'ailleurs, des personnalités de la société civile ayant participé à la lutte contre Ben Ali, en plus de toutes les sphères des milieux d’affaires, notamment les éclairés parmi eux. 

Ce savant mélange a réussi à drainer de larges segments de la population dans toutes les régions de la Tunisie. Il suffit de jeter un oeuil sur les locaux de "Nidâ Tounes" et sur la logistique de l'organisation de ses meetings, pour comprendre la popularité du mouvement et la puissance d’argent qu’il y a derrière.

1°/ Essebsi fait peur aux islamistes !

En plus « Bajbouj », comme aiment à l’appeler le commun des Tunisiens, a mené à bon port la première phase de la transition démocratique en Tunisie, ce qui a renforcé son capital sympathie auprès de la population. 
Laquelle sympathie a été acquise durant un parcours de militant dans l’école du leader historique Habib Bourguiba que Béji Caïd Essebsi, tout en le vénérant, n’a pas manqué de critiquer sur la question de la démocratie politique. 
Cette lutte pour la démocratie était à l'origine de la fâcherie de BCE avec Bourguiba; et plus tard, avec Zine El Abidine Ben Ali, qu'il a quitté depuis 1991.

Si BCE a joué franc jeu avec les islamistes à qui il avait remis le pouvoir du 23 octobre; cela ne l'a pas empêché dés le 26 janvier 2012, de rappeler à l'ordre la troïka gouvernante en lui rappelant, dans une lettre ouverte, qu’une feuille de route est nécessaire pour la réalisation des objectifs pour lesquels la Constituante a été élue, notamment la rédaction de la Constitution et la préparation des conditions nécessaires pour les prochaines échéances électorales, et clore ainsi la deuxième phase du processus électoral. 

Ensuite, BCE a commencé à réunir autour de lui les franges politiques et syndicales modérées et éclairées, qui demandent un agenda et des dates précises pour la clôture de cette deuxième phase de la transition.

Finalement, BCE a annoncé le 16 juin 2012 la création de son parti, "Nidâ Tounes", qui a obtenu son visa le 6 juillet 2012. 

En quelques mois, ce parti est déjà crédité d’un taux d’intention de vote proche de celui des islamistes d’Ennahdha. 
Il y a de quoi perturber la sérénité de Rached Ghannouchi, qui machiavélique, va recourir à la loi, stratégie légale mais qui ne dupe personne !! 

Ce projet de loi prévoit d’écarter pendant 10 ans toute personne ayant travaillé avec Ben Ali entre le 2 avril 1989 et le 14 janvier 2011 dans la haute sphère du pouvoir politique; et ce à partir de la promulgation de la loi. 
On peut se demander : Pourquoi maintenant ?

2°/ Hors d’état de nuire…

Selon le politologue Néji Jalloul : 
« Il s’agit d’une manœuvre de rétorsion d’Ennahdha contre Nidâ Tounes, notamment contre son leader Béji Caïd Essebsi, qui ne cesse de monter dans les sondage ». 
« Ennahdha est consciente que Nidâ Tounes tire sa force du charisme de son président fondateur. Les islamistes essaient donc de lui faire barrage par tous les moins possibles », a poursuivi le politologue.

Il y a lieu de noter que la quasi-majorité des citoyens garde une sympathie évidente pour BCE et ne garde que de bons souvenirs de son passage au premier ministère. 
N’est-il pas l’un des principaux artisans de la réussite des élections du 23 octobre 2011 ?

Mais ce projet, malgré une majorité certaine à la Constituante, risque de rencontrer des réactions violentes dans les sphères politiques. 
L’élue du bloc démocratique, Nadia Chaâbane, s’est indignée contre le principe même de cette loi qu’elle juge antidémocratique :
« Cela fait un an qu’ils sont au pouvoir et il n’y a toujours rien concernant la Justice transitionnelle. 
Pourtant toutes les problématiques soulevées par ce projet relèvent de la justice transitionnelle. 
Mais il semble qu’il y ait une volonté d’installer plutôt une justice transactionnelle », a-t-elle déclaré.
Et la députée d’ajouter que seuls : « les sionistes et les nazis ont eu recours aux sanctions collectives ».

Comme si les contretemps pour la rédaction de la Constitution et l'organisation de la transition ne suffisent pas pour occuper la scène politique, Ennahdha en rajoute une louche avec ce projet inique de loi d’exclusion. 
Histoire d’occuper sûrement ses adversaires pendant quelques mois !
Tactique déjà usitée par ce parti !!

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