mardi 25 avril 2017

Victoire de Macron

Jean Pierre Ryf


Emmanuel Macron est donc arrivé en tête et il est très probable qu'il sera le prochain Président de la République.

En ce qui me concerne, je m'en réjouis car avec cette élection c'est une clarification sans précédent du paysage politique français qui était devenu, au fil des années complètement incompréhensible et donc dangereux.

En ce qui concerne le parti socialiste il fallait être aveugle pour ne pas constater qu'il s'agissait d'un parti fourretout ; et qui depuis François Mitterrand et son congrès d'Epinay, essayait avec plus ou moins de succès d'unir des positions en réalité incompatibles.

Ma thèse en ce qui concerne le parti socialiste était qu'il avait atteint en grande partie ses objectifs fondamentaux et qu'il lui était difficile, sauf à être dans la posture, de proposer des choses très nouvelles.

Le quinquennat de François Hollande a fait éclater cette prétendue unité des gauches en mettant clairement la focale sur :
-      d'une part une gauche réformiste, admettant comme absolument inévitable la liberté en économie, voulant simplement permettre de la redistribution de la richesse créée et ouverte sur le plan des questions sociétales et,
-      d'autre part, une gauche "révolutionnaire" refusant dans le fond la liberté économique pour prétendre à une sorte d'économie dirigée ou, en tous cas, tellement contrainte, qu'elle serait vouée à l'impuissance.

Ces deux gauches ne pouvaient, sauf hypocrisie totale, demeurer plus longtemps unies.

Dès lors les frondeurs, les écolos gauchistes ne pouvaient demeurer lier à des gens qui acceptaient le libéralisme.

L'apport considérable de Macron, c'est d'avoir en quittant les appareils, mis un terme à ces "unions de la gauche", à ces "gauches plurielles" qui étaient des tromperies et qui ont entraînées, années après années des déceptions grandissantes.

Mon reproche à Hollande et à Vals c'est qu'ils n'ont pas eu le courage de porter le fer et de dire clairement les choses en laissant entendre que l'on pouvait encore "unir" les gauches. Voilà où cela les a menés.

Quant à la droite elle a aussi volé en éclat entre une droite dure, pas très éloignée en réalité du Front National et une droite humaniste soucieuse de justice et d'ouverture.

Dès lors tout sera désormais beaucoup plus clair :

- D'un côté tout ceux à droite et à gauche qui acceptent le libéralisme en matière économique, seul système capable de vraiment créer de la richesse mais qui veulent aussi un pouvoir juste et une redistribution des fruits de la richesse créée.
- De l'autre à droite, les extrêmes, qui certes veulent du libéralisme économique mais sans régulation et sans justice et qui sur le plan sociétal sont dans la régression, dans le soutient des veilles valeurs dépassées qui sont pour une identité étriquée et fantasmée.
- Enfin la gauche extrême qui lutte contre le libéralisme et qui voudrait instaurer une économie régentée, c'est à dire une économie qui n'a jamais dans l'histoire réussi et qui a vite vu venir les dictatures et la pauvreté.

Je pense donc que ces nouveaux clivages vont avoir une longue vie et une grande efficacité et ce ne sera pas le moindre mérite d'Emmanuel Macron.


dimanche 23 avril 2017

LES NEO-JIHADISTES : LA FRANCE FERA-T-ELLE LA MÊME ERREUR QUE LA TUNISIE ?

Depuis que le jihadisme s'est invité en Europe, les médias semblent découvrir le terrorisme islamiste ; alors que les responsables politiques de gauche comme de droite n'ont cessé de l'instrumentaliser chez les "arabes", en suivant leurs homologues américains dans leur politique "arabe" !

Le plus curieux est qu'après chaque attentat, des journalistes et des spécialistes de toutes sortes, viennent nous "décrypter" le profil du terroriste : un loup solitaire, un psychopathe, un ancien détenu radicalisé en prison, un radicalisé "express" ....

Et tous de s'étonner qu'il s’agisse souvent d'un voyou, non pratiquant, sans foi ni loi, buveur d'alcool, noceur ... mais qui a commis son acte au nom d'Allah ou pour venger le prophète Mohamed ; et chez qui la police a "trouvé" un coran, que son ordinateur dévoile les sites islamistes qu'il consulte, et que son téléphone portable révèle que parmi ses contacts, il se trouve des islamistes radicalisés ...
Ils s'étonnent que le terroriste n'ait pas le profil du "religieux", qu'il ne soit pas bien imprégné de sa "religion". Il leur paraît curieux qu'il s'agisse d'individu ignorant souvent tout de la doctrine qu'il sert !

Se demandaient-ils, si les terroristes des Brigades Rouges ou ceux de la Bande à Baader ... maîtrisaient la doctrine communiste et lisaient Karl Marx ?

Il ne leur vient pas à l'idée qu'il suffise à un individu d'une "rencontre", parfois d'un "discours" pour libérer ses instincts meurtriers ...
En l'occurrence, il suffit que l'apprenti jihadiste/terroriste entende un prédicateur ou un pseudo imam lui dire que voler, violer, dealer, tuer ... un mécréant, est "halal" (licite); pour valoriser toutes ses mauvaises actions, pour lesquelles la Justice le condamnait, jusque-là !
Quand on sait la haine qu'il voue aux policiers, qui lui "empoisonnent" la vie et qu'il se verrait bien les "buter"; et qu'il entende des islamistes les assimiler au "taghouth" (tyran) et appellent à leur élimination physique, rendant licite leur mort ... comment s'étonner dés lors du passage à l'acte chez un tel individu, du moment que des "religieux" le recommandent et dont il a déjà la "bénédiction", au motif que cela "plaise" à Allah ?

Et si se tuer, en entrainant dans sa mort mécréants et "taghouth" (ou les forces de l'ordre qui le représentent), lui fait gagner le paradis ; avec en prime 72 houris qui l'attendent, "régime" réservé uniquement aux martyrs ... il y a des abrutis qui franchissent le pas !

Voilà comment d'un voyou, les islamistes font kamikaze qui aspire au statut de martyr !

Pas besoin d'en savoir plus sur la "religion". Il suffit de quelques "explications" et de récitation de certains versets du coran assortis de quelques "hadiths" (citation du prophète Mohamed) de la part d'un islamiste pour manipuler de tels individus incultes !!

Il ne sert à rien de courir après les endoctrinés individuellement si l'Etat ne poursuit pas ceux qui les endoctrinent au wahhabisme et les haranguent de leurs discours de haine !
Combien de morts faudra-t-il en France pour que les responsables politiques prennent les bonnes résolutions et neutralisent le terrorisme à sa source.

La France fera-t-elle la même erreur que la Tunisie où les mosquées poussent comme des champignons et le nombre de prédicateurs et pseudo-imams, augmente de façon exponentielle ? Pays livré aux prédicateurs d'Arabie, envoyés par les pétromonarques pour accélérer la reconversion de la société tunisienne au wahhabisme.
Cela a commencé sous le gouvernement de la troïka que dominait les Frères musulmans et se poursuit sous gouvernement de Nidaa Tounes que domine aussi la confrérie de Ghannouchi !

C'est pourquoi la véritable guerre contre le terrorisme doit se faire en amont du candidat au " jihad ". 
Il faut lutter par tous les moyens contre la diffusion du wahhabisme, doctrine qui fonde tous les islamismes.
Il faut interdire tout parti ou association d'islamiste, Frères musulmans compris. 
Il faut contrôler le financement des centres "culturels" et cultuels, financés souvent par des pétromonarques. 
Il faut interdire l'accès aux satellites, aux médias qui font du prosélytisme au wahhabisme. 
Il faut contrôler les réseaux sociaux et interdire les sites islamistes comme cela est fait pour certains sites pédophiles.  

Pour cela il faut une réelle volonté politique pour tarir le terrorisme à sa source ! 
Le reste n'est que gesticulations ... à moins que ce ne soit une connivence entre hommes politiques et Frères musulmans, dans un but électoraliste !


Rachid Barnat

mardi 18 avril 2017

LE SCRUTIN TURC, SERVIRA-T-IL DE LEÇON AUX TUNISIENS ?

Article paru dans : 
Kapitalis
Agoravox

Les Tunisiens comprendront-ils la leçon du scrutin qui vient de se dérouler en Turquie ? Il y a, en effet, beaucoup à apprendre de ce vote. Les similitudes entre la Turquie et la Tunisie sont nombreuses et éclairantes.

Voilà deux pays dans lesquels des hommes d'Etat de grande envergure, farouchement patriotiques, nationalistes convaincus, Atatürk et Bourguiba, ont fait évoluer leur peuple dans un Etat moderne et laïc et les ont conduit vers le progrès, grâce à l'éducation. 

Mais voilà aussi deux pays qui sont la proie d'hommes politiques, complexés de l'Histoire sinon de la vie ; et qui n'ont d'autre ambition que le pouvoir pour prendre leur revanche sur l'Histoire sinon sur la vie. Ils instrumentalisent l'Islam pour anéantir tout ce que ces grands hommes avaient créé, pour assujettir leurs peuples et les entraîner vers la régression intellectuelle, économique et sociale ; au nom d'une idéologie passéiste, le panislamisme !

Dans les deux cas, ce sont des Frères musulmans qui veulent revenir sur les acquis, avec la duplicité et l'hypocrisie qui les caractérisent.

Si au début Erdogan comme Ghannouchi se sont attaqués ouvertement aux pères fondateurs de ces deux Etats modernes, pour les gommer de la mémoire collective de leur peuple ; très vite devant l'échec de la stratégie de dénigrement, ils ont fait machine arrière. S'ils s’inclinent et font mine de célébrer, l'un Atatürk, l'autre Bourguiba ; en douce, ils défont petit à petit leurs réalisations. 
Ils vont jusqu'à les instrumentaliser, tout en s'attaquant méthodiquement à leur œuvre, sapant les fondements de ces républiques !

Que nous dit le scrutin référendaire turc ? Qu'est-ce qui est comparable à la Tunisie et donc lourd de menaces pour les tunisiens ?

Il nous dit d'abord que ceux qui se présentent au début comme des modérés, qui parlent de démocratie, de liberté ; n'ont de cesse d’obtenir les pleins pouvoirs, de brimer les libertés et d'instaurer une dictature. 

C'est très clair dans le cas d'Erdogan. 
Après avoir jeté en prison plus de 150 journalistes, limogé 4500 fonctionnaires, réprimé sans limite les oppositions, purgé l'armée ; il a demandé par référendum au peuple de lui accorder les pleins pouvoirs pour régner seul. 
Après avoir muselé la presse libre, il veut mettre les juges au pas. 
Le wahhabisme que la confrérie des Frères musulmans a répandu dans le pays pour supplanter le soufisme ancestral des turcs, a permis à Erdogan d'amener une partie du peuple à le soutenir sans réserve.
Ce que Ghannouchi a fait quand la troïka qu'il dominait, était au pouvoir ; en harcelant les journalistes et en recrutant massivement de nouveaux "fonctionnaires", infiltrant ainsi les rouages de l'Etat, pour les minier de l'intérieur. 

L'analyse du vote est très éclairante. 
Erdogan est soutenu aujourd’hui par la partie du peuple turc la moins instruite, celle des campagnes dans la Turquie profonde, qui se plie devant ce qu'on lui présente comme la volonté d'Allah.
Alors que dans les villes importantes et sur les côtes, une population plus ouverte, plus instruite, moins bigote ; a voté en majorité contre lui, consciente du totalitarisme auquel il aspire.

La situation est la même en Tunisie. 
Ghannouchi tout comme Erdogan, appartiennent à l'organisation internationale des Frères musulmans. Il admire Erdogan et le prend pour modèle. Il vient de le féliciter même si le "oui" l'a emporté de justesse, score obtenu grâce à une opposition muselée qui dénonce la fraude ! Tout comme lui, il ne cesse de s'en prendre aux journalistes et aux intellectuels. 
Si Erdogan a profité du coup d'Etat raté pour purger l'armée et placer ses hommes ; Ghannouchi n'aura de cesse de s' "assurer" l'armée, les forces de l'ordre et l'UGTT (centrale syndicale); ces remparts de la République !  

Ce qu'a fait Erdogan en Turquie pour arriver au pouvoir et le conserver, Ghannouchi est en train de le réaliser en Tunisie ! Dans un premier temps les Frères musulmans répandent le wahhabisme, préalable indispensable pour toute manipulation et domination des masses populaires. Ce que les nahdhaouis assurent si bien depuis le 14 janvier 2011, quand ils se sont emparés de la "révolution" et ont détourné ses slogans "Liberté, Egalité, Travail" pour un débat identitaire sous prétexte de faire recouvrer aux tunisiens l'identité "arabo-musulmane" qu'ils auraient perdue. Surfant sur leur manque de culture et leur ignorance, ils leur "vendent" le wahhabisme pour supplanter leur malékisme ancestral, ainsi que le modèle sociétal des pétromonarchies qui va avec, en guise d'identité "arabo-musulmane" !

Ainsi ils ont distillé l'islamisme dans la société tunisienne qu'ils ont livrée aux prédicateurs envoyés par les pétromonarques, pour diffuser le wahhabisme. 
Et depuis, la bigoterie augmente de jour en jour de manière exponentielle dans une population inculte et pauvre grâce, entre autres, aux "œuvres caritatives"; ces officines d'endoctrinement, sinon d'embrigadement, des Frères musulmans nahdhaouis, pour faire leur beurre ; comme l'avait fait avant eux Erdogan dans la Turquie profonde.

Comme en Turquie, il faut aussi souligner qu'au début, ainsi que le rappelait le grand écrivain turc Nedim Gürsel, des intellectuels et des citoyens instruits ont cru au projet d’Erdogan ; jusqu'au jour où ils se sont rendus compte vers quelles dérives autoritaires cela conduisait.
De même en Tunisie, on constate qu'une partie de ceux qui se prétendent progressistes, n'hésitent pas à s’allier à Ghannouchi au prétexte qu'il serait modéré ! 
Comme beaucoup de turcs, ils se trompent et se rendront compte, trop tard, que la modération de Ghannouchi et de son parti n'est qu'un leurre destiné à accaparer le pouvoir. 

Le parti d'Erdogan était comparé, au début, à la démocratie chrétienne par certains responsables politiques européens désireux d'intégrer la Turquie à l'UE, en jugeant leur islamisme "modéré" ! 
Argument que reprendront les Frères musulmans d'Ennahdha pour amadouer les tunisiens, qui découvrent à leur dépens, la réalité de ce parti.

Si au début Erdogan a pu rassurer les turcs, c'est parcequ'il a su cacher son jeu en usant de la "taqiya", cet art de la duperie pour ne pas les heurter et que l'économie fonctionnait bien. Malheureusement sa politique a conduit à une récession sur tous les plans ; et notamment sur le plan du tourisme.
Comme en Tunisie, les islamistes au pouvoir ont entraîné une baisse importante de l’économie et détruit l'industrie touristique, pourtant vitale pour les tunisiens.

Autre similitude frappante. 
Erdogan comme Ghannouchi, tout religieux qu'ils se prétendent être, sont des corrompus qui utilisent le pouvoir pour s'enrichir. La corruption d'Erdogan et de sa famille, a atteint des sommets. De même en Tunisie les enrichissements soudains et importants des islamistes, choquent encore les tunisiens qui ont pourtant dégagé Ben Ali, pour en finir avec le népotisme, la corruption et les enrichissements frauduleux !
Faut-il rappeler que ces deux-là travaillent main dans la main dans le "jihadisme" international et exploitent la misère des peuples en recrutant les futurs jihadistes tunisiens pour servir de chair à canon en Syrie, Irak, Libye ... faisant du terrorisme un commerce lucratif pour leurs familles et leurs Frères musulmans, et transformant la Tunisie en premier pays exportateur de terroristes !

Enfin, une dernière ressemblance frappante. 
Lors de ce scrutin, les turcs qui vivent en Europe, ont voté massivement pour la réforme d'Erdogan, lui accordant les pleins pouvoirs pour faire disparaître les libertés et la démocratie ; tout comme l'ont fait les Tunisiens d'Europe pour soutenir Ghannouchi. 

Le plus étonnant, est que ces personnes jouissent de la liberté dans les démocraties européennes. Mais comme souvent beaucoup d'entre eux n'ont pas réussi à s'intégrer, ils votent "islamistes", comme pour marquer leur opposition à leur pays d'accueil où ils se sentent rejetés 
En somme, ils pénalisent égoïstement les populations de leur pays d'origine, les privant des libertés qu'ils n'ont pas su saisir dans leurs pays d'accueil, pour s'épanouir !

Que de similitudes !

Il reste aux Tunisiens à prendre conscience de cela et de ne plus tomber dans le piège du "consensus", de la "modération"; et de constater que les partis islamistes, tous sans exception, ont une trajectoire totalitaire. Ils font mine de respecter la démocratie tant qu'ils ne sont pas au pouvoir mais s'assoient dessus lorsqu'ils ont pris le pouvoir. 
C'est ce qu'a fait Mohamed Morsi en Egypte une fois parvenu au pouvoir, démocratiquement ! 
Quand à Erdogan, il compare la démocratie à un tramway : une fois arrivé au terminus, tout le monde descend, disait-il dans un de ses discours dénigrant la démocratie, ce concept occidental dont il n'y a pas trace dans le coran, disent les Frères musulmans !
Le référendum d'après, que demandera Erdogan aux turcs, sera pour le rétablissement de la peine de mort. Ce qui lui permettra de se débarrasser physiquement de ses opposants, comme au temps du Califat qu'il souhaite rétablir ! Pratique courante chez les Frères musulmans que découvrent les tunisiens avec l'assassinat de Chokri Belaid, depuis que Ghannouchi et ses "Frères" sont rentrés de leur exil.

Par conséquent la seule solution reste la lutte permanente et déterminée contre la religion en politique ; et plus particulièrement la résistance à la wahhabisation qui prélude à la soumission aux autoproclamés avocats d'Allah et de son prophète !

C'est donc à une œuvre pédagogique permanente que doivent se livrer tous ceux qui sont conscients du danger de l'islamisme politique qui n'a jamais rien apporté au pays qu'il a dirigé, sinon l'obscurantisme.
Et comme les politiques ont trahi et qu'ils sont au-dessous de leur mission historique, il faut que la société civile se lève et résiste. C'est d'elle, et elle seule, que peut venir le sursaut nécessaire.

Les responsables politiques de l'UE; et particuliérement ceux de la France et de l'Allemagne, doivent cesser leur jeu ambigu avec les Frères musulmans et arrêter de vanter leur islamisme "modéré et soluble dans la démocratie" pour les imposer aux "arabes"; comme c'est le cas pour les tunisiens. 
C'est une forme de mépris : les partis religieux exclus en France, pays laïc; seraient donc bons pour les Turcs et les Tunisiens !

Rachid Barnat


dimanche 16 avril 2017

ERDOGAN CHERCHE-T-IL A PRENDRE SA REVANCHE SUR LES Ibn SAOUD ?

Article publié dans : Agoravox

Curieuse démocratie, où le peuple vote pour la restriction de la démocratie !


L'Empire Ottoman a été démantelé et le Califat aboli, grâce au wahhabisme ! Erdogan rêve de reconstituer l'Empire turc et de restaurer le Califat ! Comment ?

Quand le wahhabisme est apparu dans la péninsule arabique, très vite les Ottomans vont le combattre comprenant le danger qu'il représente pour l'empire et pour leur trône !
Les anglais de leur côté, ont compris l'intérêt pour eux d'instrumentaliser le wahhabisme et de soutenir les tribus arabes converties à cette obédience, pour détruire l'empire Ottoman.
D'où leur alliance avec les Ibn Saoud, tribu dominante d'Arabie, elle-même alliée à Mohamed Abdel Wahhab, père du wahhabisme. Lawrence d'Arabie se chargera de mener la guerre contre les Ottomans, à la tête d'une armée de "jihadistes" (les fous d'Allah), recrutés dans les tribus arabes, qu'il mènera jusqu'à Damas !
Pour motiver les Ibn Saoud, Lawrence leur rappelle qu'il leur revient en tant qu'arabes, d'être les gardiens des lieux saints de l’islam ; le calife turc n'étant qu'un usurpateur de cette charge, leur disait-il !

La suite on la connaît : L'Empire Ottoman sera dépecé par les empires coloniaux anglais et français particulièrement. En 1923, c'est la fin de l'Empire Ottoman ! Kamal Ataturk sera le père de la Turquie nouvelle.
Il mettra fin au Califat et aux califes en proclamant la République et en adoptant la laïcité qu'il inscrira dans la constitution turque.

Et depuis, les nouveaux pays issus du démentellement de l'Empire Ottoman, seront dominés, voir colonisés par les puissances coloniales anglaise et française pour l'essentiel.
Pour lutter contre le colonialisme, des résistants dans les pays nouvellement "libérés" de la domination turque, vont recourir aux doctrines d'alors, comme : le panislamisme, le panarabisme, le nationalisme .... voir le communisme, qui aura moins de succès auprès de peuples souvent bigots !

Hassan el Banna, fondateur des Frères musulmans, a compris le rôle du wahhabisme dans la conquête du pouvoir. Il transformera cette obédience en doctrine de conquête du pouvoir par la domination des peuples. 
Les Ibn Saoud de leur côté, ont compris le pouvoir du wahhabisme qui leur a permis de dominer l'Arabie, mais ils veulent aller plus loin : reconstituer le califat, en se voyant bien dans le rôle du Calife des musulmans !

L'ambition des Ibn Saoud est de dominer les peuples qu'ils convertissent au wahhabisme, Occident compris ! Ce qu'ils ont fait chez les peuples musulmans d’Indonésie, d'Afghanistan, du Pakistan, des pays de l'ancienne Yougoslavie, des pays de l'ex-URSS ... puis dans le Moyen Orient (Egypte, Syrie, Palestine, Iraq, Yémen ...), en Afrique du nord (Tunisie, Algérie, Libye, Maroc) et Afrique noire (Soudan, Somalie, Niger, Mali ... ) !

Le projet d'Erdogan de reconstituer l'Empire turc et de restaurer le califat, avance à grands pas : après avoir converti en masse les turcs au wahhabisme, il a par petites touches mis la main sur tous les rouages de l'Etat, jusqu'à s' "assurer" la police et l'armée depuis le fameux coup d'Etat manqué. Désormais il pense pouvoir passer à l'étape du pouvoir absolu et restaurer la chariaa en lieu et place de la constitution kamaliste ... prélude au Califat ! D'où le "référendum" du 16.04.2017 pour lui donner tous les pouvoirs !

Ce qui est étonnant, c'est que Erdogan pour réaliser son projet de reconstitution de l'Empire Ottoman, recourt au wahhabisme qui a servi à sa dislocation ! Il faut dire qu'il ne fait que suivre l'exemple des anglais et des américains qui ont instrumentalisé cette obédience avant lui avec "succés". 

Et voilà comment des peuples devenus enjeu pour Frères musulmans et leurs ennemis jurés, les Ibn Saoud, sont dépossédés de leurs identité religieuse, soufie en l'occurence; et convertis au wahhabisme !

Tout comme les Ibn Saoud, Erdogan vise aussi l'Europe où la communauté turque lui sert de tête de pont pour répandre le wahhabisme, qui prépare les peuples à leur colonisation; quand les Ibn Saoud se contentent de multiplier les écoles coraniques, les lieux cultuels et "culturels" un peu partout en Occident, pour étendre leur hégémonie !


Ce sera sa revanche sur l'histoire, sur l'Occident et sur les Ibn Saoud. 

Rachid Barnat 


vendredi 31 mars 2017

WAHHABISME : CURIEUSE POSTURE DES HOMMES POLITIQUES FRANCAIS FACE A CETTE DOCTRINE !

Tous les responsables politiques de tous bords jurent vouloir éradiquer le terrorisme, mais rares sont ceux qui nomment la doctrine qui le fonde et osent pointer du doigt les pétromonarques qui la financent, la soutiennent et la diffusent dans le monde entier !

Alors que pour d'autres doctrines, leurs adeptes sont désignés par la doctrine qui les anime. Ainsi dit-on :
- communistes, pour communisme,
- fascistes, pour fascisme,
- nazis, pour nazisme ...

Il n'y a qu'avec le wahhabisme que ces hommes politiques recourent à un verbiage flou : 
- pratiquants d'un islam radical, 
- intégristes, 
- jihadistes, 
- salafistes, 
- extrémistes ... 
plutôt que désigner ses adeptes par :
- wahhabites ou 
- du nom de leurs partis politiques, comme celui des Frères musulmans les mieux implantés en France; protégés de l'émir du Qatar !

Même ceux qui l'ont fait une fois, n'ont plus osé le refaire, comme Fillon !!
Est-ce par ignorance, par manque de culture ou par peur de fâcher les pétromonarchies que fonde le wahhabisme ? De qui, de quoi ont-ils peur ?
Ont-ils été sermonnés par les pétromonarques, leurs "amis" et clients de la France pour ne plus nommer l'origine du mal ni d'accuser ouvertement les Ibn Saoud et l'émir du Qatar, premiers responsables de la diffusion du wahhabisme en Occident comme chez les "arabes" ?

Le pire, est que ces hommes politiques admettent d'associer les pétromonarques dans la lutte contre le terrorisme islamiste, devenu international ! Ils se moquent du monde, sans doute.

La realpolitik a des limites !


Rachid Barnat

mardi 28 mars 2017

Les athées sont plus intelligents que les croyants



L'athéisme, ou quand l'homme s'émancipe de dieu et cesse de croire à la Vérité Unique, ouvre l'esprit à d'autres vérités ! 
Le polythéisme des hommes n'a jamais engendré autant de guerres que le monothéisme qui a introduit la notion d'hérésie pour les justifier !
R.B

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Auteur de "Dieu et moi", l'historien, critique vis-à-vis des religions monothéistes, déplore que les non-croyants soient occultés par les médias. 

Vous avez expliqué que le monothéisme est plus violent que le polythéisme quand il s'allie avec le politique...
C'est la thèse que je soutiens dans La Violence monothéiste (2009). Pour bien faire comprendre qu'il existe une violence spécifique de la religion du dieu unique, j'ai fait dans ce livre une synthèse, sur une centaine de pages, de la pensée grecque que je connais bien pour avoir enseigné le grec au début de ma carrière. Du fait même de l'existence de plusieurs dieux, les dieux se neutralisent entre eux. Même Zeus, le roi des dieux, n'est pas tout-puissant, comme on le voit dans Homère. Il est contré par d'autres dieux, et il est obligé de transiger avec eux. Pour ce qui est des hommes, ils peuvent s'adresser à un dieu, et s'il n'est pas bien disposé, ils passent à un autre. Il y a donc la possibilité d'un jeu, qui fait qu'aucun dieu n'est en position de dire aux hommes : « Voici ce que tu dois faire. » À l'inverse, dans un monde où il n'y a qu'un dieu, celui-ci, qui est par définition l'auteur et le responsable de tout ce qui existe, ainsi que le garant de la vérité et du bien, peut édicter des impératifs absolus. Et à partir du moment où des hommes sont persuadés de détenir la vraie vérité, ils ont une tendance naturelle à vouloir l'imposer aux autres. 
Pour ces raisons structurelles, il y a ainsi dans le monothéisme une propension à la violence qui se manifeste quand les circonstances s'y prêtent. Cette violence s'exerce aussi entre les trois religions monothéistes. Au lieu de mettre en avant leurs points communs, à la manière de l'œcuménisme, elles sont en conflit depuis toujours. Si vous êtes persuadé en effet qu'il n'y a qu'un dieu, vous croyez également qu'il n'y a qu'une façon légitime de le vénérer. Les deux autres religions sont dans l'erreur. Et pour faire prévaloir le vrai culte du vrai dieu, il faut parfois recourir aux armes.

Les religions sont des productions humaines destinées à rendre le réel matériel plus agréable ou moins difficile à supporter  
À l'intérieur même des religions, les différentes interprétations peuvent créer des violences schismatiques, comme l'a démontré l'histoire : catholiques contre protestants, chiites contre sunnites ...
Oui, c'est une violence supplémentaire, qui oppose des variantes dans chacune des trois religions. Pour la même raison. Si vous pensez qu'il n'y a qu'une unique façon de vénérer le Dieu unique, les variantes concurrentes au sein de votre religion sont des hérésies qu'il faut combattre par tous les moyens. Cet état d'esprit est typique du monothéisme. 
Dans la Grèce ancienne, la notion d'hérésie n'existe pas.
Mais le monothéisme a aussi imprégné des leaders pacifiques comme Martin Luther King ou le mouvement de résistance de la Rose blanche contre les nazis ...
L'athée que je suis ne rejette pas les religions comme quelque chose qui serait fondamentalement mauvais. Je constate qu'il y a des religions dans tous les peuples dont nous avons connaissance. Ce seul fait prouve que les religions sont sinon nécessaires du moins utiles aux êtres humains, qui élaborent à ce sujet des constructions mentales collectives. Ces constructions sont fictives, mais elles ont un impact sur les sociétés, en bien comme en mal. J'écrivais dans la première phrase de mon premier livre : « Les dieux sont des personnages historiques, Dieu y compris. » Ils apparaissent à un moment donné dans un coin du globe, ils vivent aussi longtemps qu'il y a des hommes qui sont persuadés de leur existence et ils finissent par mourir. 
Les dieux sont imaginaires sans doute, mais l'imaginaire est une composante du réel. Les religions, comme les mythes ou les contes, sont des productions humaines destinées à rendre le réel matériel plus agréable ou moins difficile à supporter. C'est ainsi que les religions peuvent être bénéfiques. Heureusement ! Je ne condamne que celles qui nous ordonnent de tuer pour l'amour de Dieu.
Dans cette autobiographie, vous dévoilez aussi vos drames intimes avec notamment votre femme Maria qui a perdu la mémoire à la suite d'un AVC. Face à la maladie, face à la mort qui approche, avez-vous eu des moments de doute ?
J'ai eu un ou deux moments de doute très brefs dans ces épreuves-là. Je me suis dit : « Si j'avais gardé la foi de mon enfance, elle m'aurait aidé. » Mais ce sentiment était fugitif, parce qu'à partir du moment où on a franchi un certain cap dans le chemin de l'incroyance, on ne peut pas revenir en arrière. Ce n'est pas moi qui demanderai sur mon lit de mort qu'on m'apporte l'extrême-onction. Autrement dit, j'attends la mort sereinement. Les épreuves sont difficiles à supporter, mais je les supporte sans la moindre nostalgie pour une religion qui serait consolatrice.

Il faudrait donc qu’au nom même de la laïcité, on octroie un espace public dans les médias aux athées pour qu’ils puissent s’y s’exprimer.
Les religions aujourd'hui occupent une place importante dans les médias, et certains intellectuels évoquent un « retour du religieux ». Est-ce que vous trouvez que les athées ne sont pas assez présents dans les médias ?
Vous avez tout à fait raison de souligner ça. Ce qui me frappe, c'est qu'on ne parle que des religions et des conflits qu'elles provoquent, mais on ne parle pas de la partie du peuple qui n'a aucune religion. Les athées véritables sont peu nombreux. En France, nous sommes peut-être 10 %, et c'est un pays en pointe en la matière. Il n'en reste pas moins qu'il faudrait dans les médias donner une place équitable aux athées à côté des religieux. Par exemple, le dimanche matin, je regarde par curiosité sur France 2 les émissions consacrées au christianisme, au judaïsme ou à l'islam. Je trouverais normal qu'il y ait aussi une émission pour les athées. Dans l'esprit même de la laïcité, n'importe qui peut croire en n'importe quoi. Mais n'importe qui peut aussi ne pas croire et critiquer toutes les religions. Il faudrait donc qu'au nom même de la laïcité, on octroie un espace public dans les médias aux athées pour qu'ils puissent s'y s'exprimer. Et ils auraient des choses à dire pour analyser en particulier les violences qui sont commises au nom du Dieu unique !
Que les deux finalistes de la primaire à droite, François Fillon et Alain Juppé, se soient réclamés du pape François, ça vous choque ?
J'ai trouvé ça absurde. On voit que, dans leur esprit, la France reste un pays chrétien, et ils se basent là-dessus pour séduire des électeurs. L'identité de la France serait principalement religieuse et chrétienne. Et les tenants des autres religions n'auraient pas le droit de rivaliser avec la religion chrétienne, car ce serait contraire à l'identité française. La religion joue en effet un rôle important dans l'identité des peuples. Mais il n'empêche qu'aujourd'hui, dans un pays comme la France qui a conçu la notion de laïcité, on ne peut pas définir un pays en fonction d'une religion, même si elle est majoritaire. Le propre de la France, ce qui fait la force de sa culture et de sa philosophie, c'est d'avoir empêché, avec Voltaire et la Révolution, qu'une religion domine notre pays.
Les musulmans ont une pratique religieuse plus soutenue que le reste de la population française, notamment chez les jeunes. Et selon l'Institut Montaigne, 29 % des musulmans estiment même que la loi islamique est plus importante que la loi de la République. Cela vous inquiète-t-il ?
Je trouve inadmissible que des musulmans vivant en France mettent la loi islamique au-dessus des lois de la République. Aucun gouvernement ne doit le tolérer. Si ces croyants veulent être logiques avec eux-mêmes, ils doivent quitter la France et aller vivre dans un pays musulman.
« Aucun dieu n'a vécu plus de quelques millénaires », écrivez-vous. Les monothéistes vont-ils donc disparaître ?
Après une conférence que j'ai faite dans une université parisienne, deux Chinoises se sont levées et m'ont dit : « Monsieur, nous ne comprenons pas ce que c'est le monothéisme. » Je leur ai dit qu'elles avaient raison. L'idée qu'il n'y a qu'un dieu est une anomalie récente dans l'histoire des religions. Elle a 2 400 ans à peine et elle est circonscrite à une partie seulement de l'humanité. La question « Dieu existe-t-il ? », avec une réponse attendue par « oui » ou par « non », peut nous sembler évidente, mais elle ne dit rien à des Chinois ou à des hindous et elle n'aurait rien dit à des Grecs de l'Antiquité. Je suis convaincu que cette religion finira par disparaître, comme ont disparu la religion des Égyptiens qui a duré plus de trois millénaires ou celles des Grecs et des Romains.
 Il faudrait créer des couvents pour athées 
Les athées vont-ils, selon vous, devenir majoritaires dans le monde ? Ou d'autres spiritualités se développeront-elles, car l'homme a toujours besoin de croire en quelque chose ?
Ça m'attriste, mais je pense que les athées resteront longtemps minoritaires. Les religions sont si importantes pour la plupart des individus, comme pour les sociétés humaines, que les religions qui vont disparaître feront place à d'autres religions, avant qu'on n'arrive un jour peut-être à un monde majoritairement athée. Mais en attendant, nous pouvons faire avancer la réflexion sur la nature et les visées des religions, si bien que le religieux devrait être peu à peu marginalisé. Il y a une lutte engagée depuis des siècles et des siècles entre la clairvoyance et la crédulité. La clairvoyance, de mon point de vue, c'est la conviction qu'il n'y a pas de dieu. La crédulité, c'est le besoin de croire à tout prix, envers et contre tout, parce qu'on y trouve des avantages, qu'il existe un monde surnaturel où un dieu qui sait tout se préoccupe de nous.
D'un strict point de vue marketing, l'athéisme peut-il, sur le marché des convictions, concurrencer des religions qui offrent une consolation pour la mort et des cérémonials spectaculaires ?
C'est vrai qu'il manque aux athées des rituels pour la naissance, le mariage et la mort. Les rituels sont très importants, ils sont présents dans toutes les sociétés. C'est une lacune dans l'athéisme. Je dis dans mon dernier livre qu'il faudrait créer des couvents pour athées. Avant de quitter Israël, j'ai passé quinze jours merveilleux à l'École biblique de Jérusalem chez les dominicains. Je me sentais très bien chez eux, à la seule réserve que je ne croyais pas en Dieu.
Pour vous, le meilleur antidote contre les religions serait de faire une « cure d'Homère ». Pourquoi ?
Lorsque j'ai lu entièrement Homère du premier vers de l'Iliade au dernier vers de l'Odyssée, comme je l'avais fait pour la Bible, j'ai découvert des aspects qui m'avaient échappé. J'avais traduit Homère devant des élèves, mais je n'avais pas été véritablement sensible à la façon désinvolte, ironique, irrévérencieuse avec laquelle il traite les dieux. Il se moque d'eux. Il y a là un jeu, un esprit d'indépendance, qu'on ne trouve pas dans les religions monothéistes où le sérieux plombe tout. Les illuminés qui tuent pour l'amour de Dieu feraient bien de se plonger dans le monde de la Grèce ancienne, où ce genre de fanatisme n'existe pas. La multiplicité des dieux et la liberté des hommes à leur égard inclinent à la tolérance. Si tout est relatif, il ne peut pas y avoir d'absolu. Alors que les fidèles des religions monothéistes affirment que l'homme doit servir Dieu, les Grecs se servaient des dieux, avec un mélange de pragmatisme et d'humour. D'où le titre de mon livre : Le sourire d'Homère (2014).
 Quand on est passé de la croyance à l’incroyance, on a fait un pas en direction de l’intelligence 
Pour critiquer vos thèses, Claude Lanzmann a rappelé que chez les polythéistes grecs, les massacres, viols et esclaves ne manquaient pourtant pas...
Bien sûr qu'il y a eu des violences en Grèce. Le polythéisme n'est pas forcément facteur de douceur de vivre. Mais si on regarde de près la civilisation grecque sur un millénaire, de Homère à Plutarque, on constate qu'il n'y a jamais eu de guerres de religion. Le plus grand conflit, celui qui a opposé Athènes et Sparte, la guerre du Péloponnèse, n'avait pas de fondements religieux. Si les conflits provoqués par les monothéistes sont les plus sanglants de tous, c'est parce que ces croyants transfèrent dans la politique l'Absolu qui caractérise leur religion, celle de l'Unique.
Pensez-vous que les athées soient des personnes plus intelligentes que les croyants ?
De mon point de vue, oui. Les athées ont une plus grande ouverture d'esprit et plus de lucidité que les croyants. C'est ma conviction. Évidemment, vous allez me dire que je prêche pour ma chapelle, si on peut parler de chapelle à propos d'athéisme (rires). Mais je m'inscris dans la lignée des Grecs, qui avaient décidé d'être intelligents. Comprendre, ce n'est pas une question de gènes, mais de volonté. Le désir de comprendre est fondamental chez les athées. Quand on est passé de la croyance à l'incroyance, de mon point de vue, oui, on a fait un pas en direction de l'intelligence.
Si vous n'aviez droit qu'à un seul argument pour « convertir » un croyant à l'athéisme, que lui diriez-vous ?
Regarde autour de toi ! Au lieu de rester prisonnier de ce qu'on t'a dit quand tu étais enfant, de ce qu'on t'a présenté comme la vérité incontestable dans ta famille, ton milieu social ou ton pays, ouvre les yeux sur l'extérieur. Regarde tout ce que les hommes ont pensé de différent, dans d'autres régions du monde et dans des passés lointains. Tu en viendras naturellement à considérer que ce qui te paraissait évident est relatif. Et tu auras l'impression d'acquérir une meilleure compréhension de l'aventure humaine.
Propos receuillis par Thomas Mahler