dimanche 20 novembre 2016

L'effet Trump : les racistes se lâchent

Le politiquement correct a fini par avoir raison des politiques d'ouverture; puisque le populisme a le vent en poupe aussi bien en Amérique qu'en Europe, par la faute des intellectuels et d'hommes politiques frileux.
R.B
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Christine Angot
Dans les heures qui ont suivi l’élection, quelques incidents ont eu lieu.
A Durham, dans la nuit, sur un mur d’environ deux mètres de haut, une inscription a été taguée : «Black lives don’t matter and neither does your vote.» «La vie des Noirs n’a pas d’importance, votre vote non plus.»
En Caroline du Nord, un membre LGBT a trouvé inscrit sur sa voiture : «Can’t wait until your "mariage" is overturned by a real president. Gay families = burn in hell. Trump 2016.» «Vivement que votre "mariage" soit annulé par un vrai président. Famille homosexuelle = brûle en enfer. Trump 2016.»
Dans le Minnesota, au collège Maple Grove, des étudiants ont inscrit dans les toilettes : «Fuck Niggers, White only, Make America Great Again.» «On encule les Nègres, Réservé aux Blancs, Rendons à l’Amérique sa grandeur.»
Dans le Delaware, quatre hommes blancs, qui parlaient de l’élection, ont abordé une jeune fille dans une station essence, lui ont dit qu’ils étaient contents de ne plus avoir à faire avec les Noirs, et l’un d’eux lui a dit «How scared are you, you black bitch ?» «Alors t’as peur hein, saleté de pute noire ?» Puis «I should just kill you right now, you’re just a waste of air.» «Je devrais te tuer tout de suite, tu gaspilles de l’air.» Elle s’est effondrée en larmes, sur le sol. Et un autre a pointé une arme sur elle en lui disant «You’re lucky there’s witnessesses or else I’d shoot you right here.» «T’as de la chance qu’il y ait des témoins sinon je t’aurais tiré dessus tout de suite.»
A l’université de Louisiane, une étudiante a été bousculée par deux hommes qui portaient une casquette Donald Trump, sur laquelle était inscrit «Make America Great Again», elle est tombée par terre. Ils lui ont donné des coups de pied, ils lui ont adressé des gestes obscènes, puis ils ont dérobé son portefeuille. A l’université de San Diego, une étudiante musulmane a été attaquée par deux hommes qui parlaient de Donald Trump et des musulmans, ils lui ont volé son sac à dos, son porte-monnaie, ses clés de voiture, puis ils sont partis avec sa voiture.
Dans le Colorado, à Greeley, une jeune fille hispanique est arrivée dans sa classe, elle a été accueillie par des élèves qui lui criaient «You’re still there !» «T’es encore là !» Et ils ont crié sur ses pas pendant qu’elle faisait demi-tour «Trump 2016. Build the wall.» «Trump 2016. Construisons le mur.» Elle a dit que de sa vie elle n’avait jamais éprouvé une telle honte ni une telle colère.
A l’université de Louisiane, à Lafayette, une étudiante musulmane, qui marchait en ville, a été agressée par deux hommes blancs, dont l’un portait une casquette de baseball marquée «Trump», ils sortaient d’un immeuble, ils l’ont frappée avec un objet en métal, elle est tombée, ils ont continué à la taper en lui adressant des commentaires obscènes, puis ils lui ont arraché son voile et son portefeuille.

Au Texas, à Baylor University, une étudiante rentrait chez elle, à pied, elle marchait sur le trottoir, un homme l’a poussée pour qu’elle en descende, et il lui a dit «No Niggers allowed on the pavement.»«Trottoir interdit aux Noirs.» Elle était tellement choquée qu’elle n’a rien répondu.
Dans l’Indiana, à Bloomington, une femme noire a été insultée par des hommes blancs qui étaient dans un camion, ils ont accéléré dans sa direction, et ils ont crié par la vitre «Fuck you nigger bitch.» «Va te faire foutre sale pute noire.» Puis ils lui ont dit «Trump is going to deport you to Africa.» «Trump va te déporter en Afrique.» En trente-trois ans, elle a dit que c’était la première fois qu’elle faisait l’objet d’un racisme aussi flagrant.
A Bloomingdale, en Floride, une femme faisait son jogging, un passant lui a crié «Go back to Africa.» «Retourne en Afrique.»
Dans une école du Minnesota, un graffiti disait «Fuck Niggers - Whites only - White America - Trump». «On encule les Nègres/Réservé aux Blancs / Amérique blanche /Trump».
Tout ça n’empêche pas qu’en France les gens de droite nous disent que cette élection est logique, salutaire, voilà ce qui arrive quand on va trop loin dans le politiquement correct, et les gens de gauche qu’il fallait s’y attendre, que voilà ce qui arrive quand on n’entend pas la souffrance des déclassés. Ils nous disent, les uns comme les autres, qu’il faut respecter la force qui émane de la haine et de la bêtise, qu’il ne faut pas trop la titiller ni la contrarier, que sinon il ne faudra pas venir jouer les étonnés. Ils nous disent qu’il faut s’aplatir devant la bassesse et la flatter. Qu’elle représente une force, et que comme devant toutes les forces il faut plier.

Et à l’adresse de ceux qui ne veulent pas plier ils ont une insulte toute trouvée «Fuck l’élite».

A QUI PROFITE LE SPECTACLE DE LA JUSTICE TRANSITIONNELLE ?

Article paru dans : Kapitalis

Depuis que le pouvoir tunisien est pratiquement entre les mains des Frères musulmans d'Ennahdha, il n'arrive pas à élucider ni à punir des crimes politiques récents. Alors on se demande à quoi servirait le déballage de crimes d'il y a plus de cinquante ans où les victimes ne sont pas toutes très fiables, si ce n'est pour faire pleurer dans les chaumières les tunisiens sur le sort des Frères, qui nous jouent la victimisation !

La priorité ne serait-elle pas de donner à la Tunisie une Justice digne de ce nom, plutôt que de ressasser un passé douteux ? C'est aux historiens de faire ce travail. L'Etat doit s'atteler aux problèmes du moment. 


Cette justice transitionnelle médiatisée, n'est qu'une propagande pour les Frères musulmans pour l'essentiel. L'exploitation politique qu'ils en font est choquante. Car n'est pas Desmund Tutu qui veut et encore moins Nelson Mandela !


Les Frères musulmans qui viennent raconter par le menu ce qu'ils ont subi sous Ben Ali et sous Bourguiba, et qui est humainement inacceptable, ne doit pas faire oublier aux tunisiens le POURQUOI de l'acharnement sur leur personne de la part des services de sécurité de l'Etat comme il ne doit pas leur faire oublier ce qu'ils projetaient pour la Tunisie :


- quand ils fomentaient des coups d'Etat, avec tentative d'assassinats sur la personne des présidents de la Tunisie,

- quand ils diffusaient le wahhabisme cette doctrine qui fonde leur action politique, dans la société tunisienne ancestralement malékite et soufi pour l'essentiel,
- quand ils terrorisaient les tunisiennes pour les obliger à porter leur étendard, à savoir le foulard, le hijeb et autres chiffons,
- quand ils laceraient les bras dénudés des femmes pour les obliger à les "couvrir",
- quand ils vitriolaient les femmes qui refusaient de se couvrir les cheveux,
- quand, pour déstabiliser le pays et porter atteinte à sa principale économie qu'est le tourisme, ils plastiquaient les hôtels ... où des tunisiens innocents sont tombés, victimes de leur haine pour un Occident, coupable de tous les vices et de tous les malheurs des "arabes, selon eux.

Si Bourguiba et Ben Ali leur faisaient la guerre, il y avait bien une raison :

- leur doctrine panislamiste est totalement à l'opposé de la doctrine nationaliste qui animait ces deux présidents et nourrissait leur patriotisme pour la Tunisie !
- ils veulent dissoudre la Tunisie dans le magma qu'ils appellent la Oumma, où les tunisiens perdraient leur identité, cette tunisianité qui les distingue des "arabes" d'Arabie et à laquelle ils tiennent tant !

Et s'ils reprochent aux 2 présidents leur régime dictatorial, et dont tous les tunisiens ont tout aussi souffert, qu'ils cessent de berner les tunisiens par leurs lamentations : car la dictature théologique qu'ils préparaient pour les tunisiens, est BIEN PIRE ! Il suffit de voir ce que fait le Frère Erdogan en Turquie depuis 14 ans, "frère" que Ghannouchi prend en exemple..


S'ils ont été attendus comme le Messie par leurs sympathisants après la révolution, beaucoup n'ont pas tardé à découvrir leur vrai visage et la haine qu'ils ont pour les tunisiens et pour la Tunisie, en seulement 4 années de pouvoir !

Faut-il rappeler tous les abus dont ils ont fait preuve, depuis leur retour de leur exil européen ?
- les assassinats politiques se sont multipliés : Lotfi Naghedh, Chokri Belaid, Mohamed Brahmi ...
- les assassinats contres les forces de l'ordre considérées comme "taghouth" selon leur doctrine, où des soldats des policiers, des gendarmes tombent régulièrement sous leurs balles, et dont le corps est souvent atrocement mutilé ...
- ce sont eux qui font détenir à la Tunisie le triste record de premier pays exportateur de terroristes dans le monde, en recrutant, formant et expédiant des jeunes combattre aux côté de Daech, en Syrie, en Irak, en Lybie ...
- poussant le vice, jusqu'à recruter des jeunes filles pour en faire des prostituées "halal" et consoler leurs frères ces "musulmans en colére" comme les excuse Ghannouchipartis guerroyer pour le compte de leurs protecteurs pétromonarques dans des pays avec lesquels la Tunisie avait de bonnes relations !
- Et poussant l’outrecuidance, jusqu'à exiger des tunisiens de les indemniser pour leur militantisme, alors qu'ils ne leur avaient rien demandé !!

Vouloirs apitoyer les tunisiens sur leur sort alors qu'ils veulent les prendre en otage pour réaliser leur néfaste projet de rayer la nation tunisienne et la faire rejoindre la Oumma ... est tout simplement scandaleux.


Et dire que Sihem Ben Sadrine présidente de l'Instance Vérité et Dignité (IVD), cette militante des droits de l'homme, a donné son accord à Aljazeera pour médiatiser ce déballage, alors que nous savons que cette chaîne est la voix de l'émir qui soutient et instrumentalise les Frères musulmans pour la grandeur du Qatar ... ce minuscule caillou coincé entre les Ibn Saoud et l'Iran, monarchie absolue, où les droits de l'homme sont superbement ignorés !


Si Aljazeera s'y intéresse pour transmettre le grand déballage, c'est qu'elle y voit une occasion d' "émouvoir" et de créer de la sympathie pour les Frères musulmans en perte de vitesse chez les "arabes" mais aussi en Occident ... d'autant que de plus en plus d'Occidentaux semblent décidés enfin à les combattre !


LA JUSTICE TRANSITIONNELLE, NE DOIT PAS SERVIR A BLANCHIR LES FRÈRES MUSULMANS ET ENCORE MOINS LEUR TERRORISME !


Rachid Barnat

jeudi 17 novembre 2016

Quand le multiculturalisme fait le lit de l'islamisme

Les ravages du wahhabisme commencent à se faire sentir en Occident aussi; puisque des sonnettes d'alarme se font entendre ici et là par des intellectuels qui réalisent à quel point cette engeance surfe sur les failles d'un système à bout de souffle bradant ses valeurs, dont la laïcité sacrifiée pour un multiculturalisme qui fait le lit de l'islamisme, faute de politique d'intégration réelle.
R.B
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Un multiculturalisme agressif a semé la pagaille en Occident
Pour le sociologue Mathieu Bock-Côté, la fragilisation des grands repères historiques pousse les peuples à la révolte.
Le Point.fr : On a l’impression que l’un des grands enjeux des élections françaises, primaire de la droite, puis élection présidentielle, est le rapport à l’insécurité identitaire, le sentiment d’une partie de la population d’être dépossédée culturellement…
Mathieu Bock-Côté : Très certainement. Lorsque le débat politique touche les fondements mêmes de la cité, il redevient existentiel. La fragilisation des grands repères historiques et anthropologiques pousse les peuples à la révolte. C’est une des grandes peurs de notre époque : devenir étranger chez soi. De la même manière, sur le plan anthropologique, on sent que nous entrons dans un monde où tout est possible, surtout le pire. L’homme est à la recherche de repères, de cadres stables assurant une certaine permanence de la nation, et ce sont ces cadres que les élites médiatico-économiques ont tendance à refuser ou même à diaboliser en les assimilant au repli sur soi.
Évidemment, ceux qui ont l’avantage de pouvoir profiter du nomadisme mondialisé avec son idéal de mobilité maximale n’éprouvent pas ces inquiétudes. La France moisie : la vieille formule de Philippe Sollers a bien défini, il y a près de vingt ans, le rapport trouble de notre temps à ce qu’on pourrait appeler le besoin d’ancrage et d’enracinement. La politique contemporaine est rechargée sur le plan existentiel lorsqu’elle pose directement la question de la survie et de l’avenir des nations, et, plus largement, de la survie et de l’avenir de la civilisation occidentale. Elle touche alors certaines aspirations vitales. Autour de la crise de la mondialisation, la politique reconnecte avec les passions humaines.
Ces angoisses sont aussi d’autant plus présentes qu’elles sont souvent disqualifiées. Certains discours traduisent ces angoisses dans le langage de la phobie : islamophobie, xénophobie, etc. Un immense mépris inonde la vie publique. On pousse au refoulement des angoisses identitaires, on construit les codes de la respectabilité médiatique contre elles. Conséquence de cela, lorsqu’une figure politique surgit et mise sur un discours transgressif réhabilitant ces angoisses méprisées, elle dispose d’une sympathie spontanée chez ceux qui les éprouvent et les ressentent. Cette transgression, en quelque sorte, devient politiquement payante. Elle n’enferme plus dans les marges, elle libère une puissante énergie politique. Nicolas Sarkozy avait misé sur elle en 2007, et Donald Trump vient de miser sur elle en 2016.
Donc, la victoire de Trump est due à sa capacité à s’emparer dans ses discours de cette inquiétude identitaire ?
Mathieu Bock-Côté : Oui, en partie. Sa candidature a pris de l’ampleur le jour où il s’est emparé de la question de l’immigration et lorsqu’il a bâti un discours fondé sur un double protectionnisme, identitaire et économique. Ce qu’il y a de dramatique dans cela, c’est que le personnage lui-même est un démagogue inquiétant, qui peut dire une chose et son contraire, et qui incarne de manière caricaturale une forme de vulgarité américaine. C’est un personnage brutal, un aventurier mégalomane. Milliardaire, et pour cela, dans l’imaginaire américain, homme de succès, il a néanmoins joué la carte antisystème. Il a crédibilisé auprès du grand nombre les thématiques dont il s’est emparé.
La victoire de Trump réside aussi dans le fait de s’être emparé du Parti républicain malgré les réticences de ses figures dominantes. Ceux qui multiplient les comparaisons entre Donald Trump et Marine Le Pen devraient garder cela à l’esprit. Trump n’a pas conduit un parti contre lequel était dressé un cordon sanitaire, mais un des deux grands pôles de la vie politique américaine. Autrement dit, il tenait son discours antisystème de l’intérieur même du système politique américain, et sa stratégie populiste était portée par un grand parti à qui on reconnaît le droit à l’exercice du pouvoir. Il va sans dire que le Front national n’est pas du tout dans cette position.
Il n’en demeure pas moins que Trump a bouleversé le GOP [Grand Old Party] en s’appropriant un discours et des préoccupations marginalisées par son establishment depuis près d’une vingtaine d’années. Le programme de Trump ne sort pas de nulle part, c’était, auparavant, celui de Pat Buchanan, stratège républicain avec Nixon et Reagan et commentateur politique vedette, qui, de la fin des années 1980 à la fin des années 1990, a incarné le populisme conservateur au sein du GOP. C’est avec Buchanan qu’une certaine droite est passée du conservatisme moral et religieux à un populisme nationaliste principalement préoccupé par la mondialisation et l’immigration massive – elle n’a pas renié le premier pour le second, mais son centre de gravité idéologique s’était peu à peu déplacé autour de la question nationale.
Cette vision du monde, le Parti républicain n’en voulait pas vraiment. Dominé idéologiquement par le logiciel néoconservateur, qui faisait reposer la grandeur de l’Amérique sur sa capacité à mener des guerres impériales au nom de la démocratie et qui réduisait son identité à une forme d’universalisme démocratique valable pour l’ensemble du genre humain, il a chassé ceux qui ne se reconnaissaient pas dans son programme. Quoi qu’on en pense, en posant la question de l’immigration clandestine massive, Trump a cherché à réhabiliter la dimension historique et culturelle de la nation américaine, et cela correspondait manifestement à un désir populaire.
Pour préserver sa culture, il faut connaître l’histoire… Ces angoisses, le recours des populations occidentales aux populismes, tout cela n’est-il pas lié à la perte de repères historiques de nos responsables politiques ?
Mathieu Bock-Côté : Tout à fait, le propre de l’histoire, c’est de toucher à la part existentielle du politique en répondant au désir de l’homme de s’inscrire dans le temps, dans une grande aventure collective. Quand le politique se contente d’un langage gestionnaire, il ne s’adresse qu’à l’individu consommateur. Il pousse à un rabougrissement de la citoyenneté. En 2007, on l’a vu, c’est en s’appropriant le langage de l’histoire que Nicolas Sarkozy est parvenu à incarner une forme de franche rupture avec la classe politique. Contre la néantisation du temps, qui condamne les hommes à flotter dans un présent perpétuel, une conception historique de la politique donne à l’homme une véritable emprise sur son destin. Votre question vise juste : lorsque l’homme politique ne connaît sa société qu’à travers une accumulation infinie de statistiques et d’articles de journaux plus ou moins orientés, il ne la connaît pas. Il ne la sent pas. Il ne sait pas sur quels mythes jouer pour mobiliser ses concitoyens, pour les rattacher à la patrie.
Parmi les candidats à la primaire de la droite, Nicolas Sarkozy, dont Patrick Buisson et d’autres ont raillé le manque de culture notamment historique, se réfère pourtant sans cesse à l’histoire de France…
Mathieu Bock-Côté : Nicolas Sarkozy a joué la carte de l’histoire en 2007. Cela lui a réussi. Il le fait encore. En citant Jeanne d’Arc, Napoléon, le général de Gaulle et les autres, Sarkozy cherche à se hisser à leur hauteur en se présentant non seulement comme celui qui hérite de l’histoire de France, mais comme celui qui la poursuit. Le problème, c’est qu’en 2016 ils sont moins nombreux à croire à la sincérité de sa conversion à un patriotisme historique. Et il n’y a rien de pire, pour un homme politique, que de ne pas être cru. Mais ne l’enterrons pas rapidement. Paradoxalement, Alain Juppé a une culture historique beaucoup plus vaste, mais semble habité par une vision plus présentiste. On le sent très certainement préoccupé par l’état de la société française, mais est-il habité par le destin historique de la nation française ?
Pensez-vous que Marine Le Pen qui cite sans cesse Jeanne d’Arc a compris cela ?
Mathieu Bock-Côté : Marine Le Pen a hérité de l’étendard identitaire, mais elle semble aujourd’hui vouloir le troquer pour celui d’une démondialisation d’abord économique. Mais cela dit, elle aussi, en parlant le langage de l’histoire, entend se présenter comme celle qui peut le mieux poursuivre le destin de la France – dans son cas, elle nous dira qu’elle est la seule à pouvoir le poursuivre. La figure de Jeanne d’Arc est aussi singulière : c’est celle qui sauve son pays quand les importants n’y croient plus et sont prêts à le vendre, et qui a une définition sacrificielle de son engagement. On devine qu’elle veut s’approprier une telle figure, qui, d’ailleurs, est sortie du ghetto frontiste depuis plusieurs années déjà.
La laïcité fait partie des valeurs républicaines, mais le catholicisme fait partie de la culture française. Est-ce qu’il n’y a pas aujourd’hui une difficulté à assumer et à faire fonctionner ensemble ces deux héritages ?
Mathieu Bock-Côté : Il me semble que l’esprit public ne croit pas contradictoires l’affirmation de la laïcité et le ressourcement dans un certain catholicisme culturel. La laïcité est parvenue à refouler le catholicisme hors de la vie publique, en le reléguant dans l’arrière-scène de l’espace public. Mais le catholicisme demeure un référent identitaire fondamental pour ceux qui tiennent à inscrire la nation dans l’histoire longue, et qui, sans renoncer à la grandeur de 1789, ne veulent pas faire commencer l’histoire de France avec la Révolution.
C’est une question politique : il devient possible d’assumer un héritage catholique culturel comme ressource identitaire, pour nommer une autre partie de l’histoire de France, une France qui ne se limiterait pas aux valeurs de la République sans pour autant les remplacer. Le débat sur les crèches en est l’expression, on se tourne vers le catholicisme pour dire que la France ne se limite pas aux valeurs de la seule République et qu’elle a un être historique encore plus profond, irréductible aux seules catégories de la modernité. Rappeler l’importance des racines catholiques de la France, c’est rappeler que la France est millénaire et qu’elle doit assumer toute son histoire, sans la mutiler.
Nous sommes ici au cœur d’un paradoxe : même s’il a une vocation universelle, le catholicisme devient le symbole d’un certain particularisme français. Il teinte d’une telle manière l’histoire nationale que tous doivent se l’approprier à la manière d’un patrimoine collectif, que l’on soit croyant ou non. Cela devient le symbole d’un certain particularisme français, devant l’islam. Si toutes les convictions sont égales devant la loi, toutes les mémoires religieuses ne sont pas égales devant la mémoire nationale.
Si la catho-laïcité semble une contradiction conceptuelle, elle représente probablement une synthèse identitaire assumée par plusieurs.
Plusieurs responsables politiques en France affirment aujourd’hui qu’il y a un problème lié à l’islam. À quoi cela est-il dû, selon vous ?
Mathieu Bock-Côté : Un multiculturalisme agressif a semé la pagaille partout en Occident. Il inverse le devoir d’intégration : la fragilisation des grands repères historiques pousse les peuples à la révolte.en répétant que nous sommes tous des immigrants, ce qui revient à transformer la nation historique en communauté parmi d’autres, à laquelle on ne devrait pas reconnaître de privilèges particuliers. Un pays n’est plus un pays : c’est un terrain vague mondialisé où toutes les cultures et toutes les religions peuvent cohabiter au nom du culte de la diversité. Cela revient à abolir la profondeur historique de chaque pays.
C’est dans ce contexte qu’un certain islam cause problème, dans la mesure où il veut s’imposer à ses propres conditions dans l’espace public français, et cela, en misant sur une forme d’exhibitionnisme identitaire. La prolifération des signes religieux ostentatoires en témoigne. Faut-il ajouter que l’islam incarne, dans l’imaginaire occidental, la civilisation antagonique et rivale, et il ne suffira pas, aujourd’hui, de dissoudre cette mémoire dans une forme de pédagogie diversitaire pour réconcilier les cultures dans une vision commune de l’humanité. L’islam révèle l’impensé identitaire français.
Propos recueillis par 

mardi 15 novembre 2016

HISTOIRE DE DEUX VACHES ... OU L'ECONOMIE, EXPLIQUÉE AUX PETITS

Lu sur Facebook : Deux vaches pour expliquer le fonctionnement de l'économie dans le monde. Intéressante illustration !
R.B

SELON L'IDEOLOGIE DES GOUVERNANTS :

- SOCIALISME : Vous avez 2 vaches, vous en donnez une à votre voisin.
- COMMUNISME : Vous avez 2 vaches, le gouvernement vous les prend et vous donne un peu de lait. ...
- FASCISME : Vous avez 2 vaches, le gouvernement vous les prend et vous vend un peu de lait. ...
- NAZISME : Vous avez 2 vaches. Le gouvernement vous les prend et vous tue.
- BUREAUCRATIE : Vous avez 2 vaches. Le gouvernement vous les prend, en tue une, trait l'autre et jette le lait.
- CAPITALISME : Vous avez 2 vaches. Vous en vendez une et achetez un taureau. Vous les laissez se reproduire et quand l'économie monte, vous vendez tout et retirez le bénéfice.

EN PRATIQUE, CELA DONNE :

- ENTREPRISE AMÉRICAINE : Vous avez 2 vaches. Vous en vendez une et forcez l'autre à produire autant de lait que 4 vaches. Plus tard, vous embauchez un consultant pour analyser pourquoi la vache est morte.
- ENTREPRISE FRANÇAISE : Vous avez 2 vaches. Vous faites grève car vous en voulez 3.
- ENTREPRISE JAPONAISE : Vous avez 2 vaches. Vous les reconcevez pour qu'elles fassent 1/10 de la taille d'une vache normale et qu'elles produisent 20 fois plus de lait. Vous créez ensuite un dessin animé appelé VacheKemon et le commercialisez dans le monde entier.
- ENTREPRISE ALLEMANDE : Vous avez 2 vaches. Vous les reconcevez pour qu'elles vivent 100 ans, mangent une fois par mois et se traient elles même.
- ENTREPRISE ITALIENNE : Vous avez 2 vaches mais vous ne savez pas ou elles sont.
- ENTREPRISE RUSSE : Vous avez 2 vaches, vous les comptez et en trouvez 5. Vous recomptez et vous en trouvez 42. Vous recomptez encore une fois et en trouvez 2. Vous arrêtez de compter et ouvrez une autre bouteille de vodka.
- ENTREPRISE SUISSE : Vous avez 5000 vaches et aucune ne vous appartient. Vous facturez les propriétaires pour garder leurs vaches.
- ENTREPRISE CHINOISE : Vous avez 2 vaches, vous avez 300 millions de gens pour les traire. Vous clamez qu'il y a le plein emploi, une grande productivité bovine et arrêtez le journaliste qui a donné les chiffres.
- ENTREPRISE INDIENNE : Vous avez 2 vaches, vous les adorez.
- ENTREPRISE ANGLAISE : Vous avez 2 vaches, elles sont toutes les 2 folles.
- ENTREPRISE "ARABE" : Vous avez 2 vaches, vous ne savez pas quoi en faire et vous importez du lait.

H.Z

lundi 14 novembre 2016

Les religions monothéistes, sources de violences et de guerres

La montée des extrémismes religieux : Échec de la Science, sensée prémunir contre l'obscurantisme ?
R.B 
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" On pensait que la science nous avait débarrassé de la croyance. Elle nous revient armée et assassine "

Jean-Yves Nau : Vos deux derniers ouvrages, Croyance et La Paix donnent l’impression que vous avez désormais adopté la position du sage. D’où nous écrivez-vous aujourd’hui ? Est-ce bien cela ?

Jean-Claude Carrière : Surtout pas ! (rires). Non, je fais ici appel à ma formation d'historien. J'ai fait Normale sup et suis devenu historien. Là, je suis en terrain sûr. À dire vrai, je pense continuellement à l'histoire. Je réfléchis à la manière dont tel ou tel événement peut s'y inscrire. J’analyse : comment recevons-nous cet événement de notre présent ? Comment le racontons-nous et comment sera-t-il demain raconté ?
Et puis je suis un homme de spectacle et la dramaturgie me passionne. C'est ce que j'aborde dans La Paix, cette paix durant laquelle il ne se passe rien, que pouvons-nous en dire aujourd’hui ? Dans les œuvres littéraires, romanesques, théâtrales, il y a toujours un conflit, toujours une querelle, toujours une hostilité voire une guerre. Dans la tragédie, bien sûr, mais aussi la comédie. Avec, bien évidemment, au départ, l'épopée. Mais si tout cela est mis de côté, alors que peut-on encore raconter ?

Toutes les grandes épopées, à commencer par l’Iliade et le Mahabharata, tournent autour d'un très grand conflit meurtrier. Tout se passe comme si, dès l'origine, nous avions besoin de ce conflit. Peter Brook est même allé jusqu'à poser la question de savoir si le Mahabharata n'était pas une seule et longue question : qu’est-ce qu'un conflit, qu'est-ce qu'une guerre ? Y a-t-il au fond dans la nature humaine une part innée de violence ? Je me garde bien de répondre à cette vieille question qui me dépasse.

Jean-Yves Nau : La clef est peut-être dans les progrès de la génétique ?

Jean-Claude Carrière : Pour l’heure, personne, à mon sens, n'y a jamais répondu, ni la génétique ni les généticiens. J'ai consulté des spécialistes, ils affirment que dans la préhistoire humaine, les lésions les plus anciennes retrouvées sur les plus vieux os des plus vieux squelettes sont les conséquences d'accidents, pas d'agressions. Est-ce dire que nous sommes nés en paix ? Est-ce le nombre qui nous a rendus violents ? Est-ce Jean-Jacques Rousseau qui aurait finalement raison quand il voit dans l’instauration de la propriété la source de tous nos maux ?

Jean-Yves Nau : À vous lire, on prend conscience que les espaces de paix sont des exceptions dans l'histoire.

Jean-Claude Carrière : Oui. La paix la plus longue fut en définitive la Pax Romana. Je parle beaucoup de cette période que je connais assez bien. Au IIe siècle après J.-C., à l'apogée de la puissance romaine, il y eut le règne d'Antonin le Pieux, dont personne ne parle jamais. Il y eut alors, pendant un quart de siècle, une paix absolument totale, impériale, sans la moindre révolte – et ce depuis l'Écosse jusqu'à la Jordanie.

Vous me direz que nous vivons en paix, en Europe, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. C’est à voir. Et qu'appelle-t-on la paix ? Nous avons nommé pacification la Guerre d'Algérie. La guerre d'Indochine ne fut pas vraiment perçue comme une de nos guerres et il en fut de même pour la dislocation de la Yougoslavie.

Notre gouvernement nous dit que nous sommes en guerre, mais dans les faits nous sommes en paix. Nous sommes des soldats sans armes. La « paix » est un mot rayonnant autant que mystérieux. En avançant dans la rédaction de mes ouvrages, j'ai pris conscience que même après la mort nous ne sommes pas en paix : «Requiescat in pace»  (Qu'il/elle repose en paix). Pas de repos éternel assuré… toujours le risque des diables fourchus. C’est comme si aucun territoire ne pouvait échapper aux violences et aux conflits. Et quand nous allons dans les autres mondes, c'est pour la Guerre des étoiles, jamais pour la paix.

Jean-Yves Nau : On assiste toutefois en Occident au développement de forts courants, thérapeutiques ou pas, visant à l’apaisement individuel, via la méditation, la respiration, les retraites…

Jean-Claude Carrière : De fait, il y a peut-être là une vraie différence entre Orient et Occident. Jésus n'a jamais dit qu'il venait apporter la paix, il a dit très exactement le contraire : «Je ne suis pas venu là apporter la paix mais l'épée… Je suis venu apporter le feu sur la Terre.» Toutes les religions occidentales, y compris l'islam, ont toujours apporté le feu et le sang. Le bouddhisme qui n'est évidemment pas une religion – il n'y a pas de Dieu créateur dans le bouddhisme – dit que sans la paix intérieure, il est inutile d'en chercher une autre à l'extérieur. Ceci m’a beaucoup frappé. Ce n'est pas le cas de l'hindouisme qui génère pléthore de conflits. L'un des problèmes actuels est celui des conversions. L’actuel Premier ministre indien est un hindouiste intégriste et intransigeant. Faut-il, pour survivre, que les Indiens chrétiens et musulmans se convertissent pour pouvoir survivre ? Voilà une vraie question d'aujourd'hui et non des ténèbres du passé.

Jean-Yves Nau : Quelle articulation faites-vous entre les croyances et la paix ?

Jean-Claude Carrière : En ma qualité d'athée non polémiste, je me suis toujours intéressé à l'histoire des religions. D’ailleurs, seuls les athées peuvent parler des religions de manière calme, paisible et neutre. Résumons : les religions ne nous disent évidemment rien sur les Dieux qui n'existent pas. Mais elles nous disent beaucoup sur nous-mêmes, sur ce que nous avons cherché à mettre dans d'autres personnages que ceux que nous sommes, sur d'autres entités, sur d'autres dimensions, dans d'autres féeries.

Figurez-vous qu’avec La Voie Lactée de Luis Buñuel, je suis devenu un spécialiste des hérésies de la religion chrétienne. J'ai même été jusqu’à donner des conférences dans de grands séminaires. J’ai classé ces hérésies en fonction des six grands mystères de la religion chrétienne. Et tout cela à été publié dans la revue Études. C’est dire si je ne peux pas être suspecté de côtoyer le Malin. La Controverse de Valladolid tourne aussi autour de ces questions.

Aussi ai-je été très frappé par l'annonce de la création d’un califat islamique. J’y ai aussitôt vu un phénomène que nous n'avions pas vu depuis trois siècles.

Jean-Yves Nau : Quel phénomène ?

Jean-Claude Carrière : Mais tout simplement la religion prise comme un flambeau de guerre. Nous n'avions pas vu ça depuis les Camisards. Tout à coup un groupe humain décide, au nom de la religion, qu'on va tuer les incroyants, les infidèles. Ni Napoléon, cette fausse gloire par excellence, ni Hitler ni (à plus forte raison) Staline n'ont eu besoin d'invoquer la religion comme drapeau.

Et là, avec le califatdes gens veulent et viennent nous tuer non pas pour ce que nous faisons, mais pour ce que nous sommes. C'est ainsi que j'en suis venu à me pencher sur la notion de croyance en sachant bien que la suite concernerait la guerre et la paix. Mes deux livres se répondent, n'en font qu'un.

Quand on lance une aventure guerrière pour conquérir le bien des autres, pour conquérir leur terre, leurs butins, (voire leur femme comme avec les Sabines), cela peut à la rigueur se comprendre. Cela pourrait vous arriver à vous comme à moi. Mais se battre pour l'imaginaire d'un autre, se tuer et s’entre-tuer pour une croyance… Voilà qui est pour moi le phénomène le plus mystérieux du comportement humain. 

Résumons : parce que je sais que j'ai inventé tel ou tel dieu, j'en arrive à croire à sa réalité. Vous voyez cette torsion de l’esprit : je crois à cette irréalité que je sais avoir inventée. Je finis par y croire.

Que des milliers d'individus soient allés marcher sur Rome pour se faire manger par les fauves dans la certitude d'aller au paradis chrétien. Quel étonnement... Les bras m'en tombent.

Jean-Yves Nau : Y-a-t-il eu des exceptions, des espaces de temps où les croyances ne nourrissaient pas de violence ?

Jean-Claude Carrière : Très peu. Au IIe siècle après Jésus-Christ, tout est pacifique, tous les Dieux sont admis dans l'Empire romain. On trouve même, à Rome, un temple élevé aux dieux inconnus… S’ils passent par-là, ils ont un temple, sont les bienvenus. Tout alors va très bien, on peut adorer les dieux égyptiens, les dieux grecs et romains, et le chrétien. 

Deux siècles plus tard, Théodose Ier décide que la religion de l'Empire romain sera le christianisme et uniquement le christianisme. Tous les peuples, de l'Écosse à la Jordanie devront croire à l'acte de foi chrétien. Sinon, c'est la mort. Or, c'est très précisément à partir de ce moment-là que commence la décadence de l'Empire romain. 

Ceci est tout particulièrement intéressant pour nous aujourd'hui, c'est quand on tente d'unifier à tout prix que l'on déchire. 

Nous avions rêvé avec Buñuel Bunuel de faire un film. Nous aurions été en Égypte, vers le Soudan. Là, une famille s'occupe d'un temple vieux de 4.000 ans. Soudain quelqu’un arrive et dit : 
« C’est fini, vous devez renoncer, un nouveau dieu est arrivé, le vrai Dieu.
- Qui est-ce ?
- C'est un Juif. 
- Un  juif ? Qu’est-ce ? » 

L'un d'entre eux va alors jusqu'à Alexandrie pour se renseigner sur ce vrai Dieu. Nous avions à nouveau prévu une scène très intéressante de discussion sur le thème Controverse de Valladolid. Puis l'homme rentrait chez lui et déclarait : « C’est un ordre impérial, nous devons nous y soumettre.» La famille creusait alors le désert, couchaient dans le sable les différentes statues, rendaient un dernier hommage, célébraient un dernier culte, recouvraient le tout de sable… Dans l’attente des siècles et des archéologues. Voilà encore un film que nous n'avons jamais fait, il aurait coûté beaucoup trop cher.

Jean-Yves Nau : Vous avez beaucoup de projets de films de ce type restés dans les cartons ?

Jean-Claude Carrière : Quelques-uns. Je me souviens d'astronautes aventureux qui se perdaient dans l'espace. Leur vaisseau spatial égaré va se poser sur une planète inconnue, quelque part très loin dans l’univers. Ils ouvrent et à leur grande surprise, l'air est respirable, un peu comme sur la Terre. Le paysage est désertique, presque sec. Soudain ils entendent des cris, ils avancent, montent sur une colline, regardent, voient alors une ville, une foule, un chemin qui monte et, en tête de cette foule, un homme qui porte une croix. Alors les astronautes crient : « Non… Surtout pas ça. De grâce. Vous êtes fous. Vous ne savez pas ce que vous faites. »

Jean-Yves Nau : À lire Croyance et La Paix, on a la perception d’un double mouvement de balancier : la régression des croyances correspondant à la progression de la quête scientifique, de la raison, des Lumières. Que s’est-il passé pour que ce mouvement commence à s’inverser ?

Jean-Claude Carrière : Plus précisément, nous avons un moment cru que la quête de la connaissance nous débarrasserait de telle ou telle croyance, cette « certitude sans preuve ». Voire même nous débarrasserait de toutes. Or, nous prenons soudain conscience que ce n’est nullement le cas : elles sont toujours là, toujours avec nous. Et ce qui est vraiment nouveau, pour nous, c’est que cette croyance revient armée – armée et assassine. 
Trois siècles d’absence et, soudain, le retour : une guerre qui prend la religion comme étendard. Les progrès de la science ne nous ont pas protégé contre le retour de la guerre des croyances.

Jean-Yves Nau : Où est la faille de la cuirasse ? En quoi la quête de la connaissance n’a-t-elle pas permis de prévenir ce retour ?

Jean-Claude Carrière : Je dis, précisément, que personne ne peut nous le dire, nous l’expliquer. C’est la grande question. Est-ce temporaire ? Est-ce que cela va durer ? Pour l’heure, nous en sommes réduit à observer les réactions, violentes et militaires, qui consiste à exterminer ces croyants-là par d’autres croyants – c’est ce qui se passe par exemple actuellement à Mossoul.

Jean-Yves Nau : Les combats de Mossoul ne sont donc pas ceux de la raison contre la religion ?

Jean-Claude Carrière : Non. Ce serait plutôt le contraire. On peut le dire autrement. Nous rêvons encore à Condorcet et à l’hypothèse selon laquelle les progrès des connaissances scientifiques entraîneraient automatiquement un progrès de l’esprit humain. Eh bien, c’est faux. Ou en tout cas pas partout dans le monde. Ce que nous appelions autrefois les superstitions n’a pas disparu. Bien au contraire. Elles reviennent et elles sont redoutables.

Les croyances, qui sont par définition irréelles, veulent soudains s’imposer par des moyens concrets : les armes. Personne ne peut l’expliquer. On connaît les explications et les théories traditionnelles : le désir de surnaturel, l’absence du merveilleux, la persistance de l’enfance. Non, rien ne fonctionne aujourd’hui. Comme d’autres j’arrive à une impasse, à un trou noir, quelque chose qu’on n’explique pas.

Jean-Yves Nau : Ce n’est pas, du point de vue de la connaissance, particulièrement rassurant ? 

Jean-Claude Carrière : Je ne vous le fais pas dire. Il faut pour autant ne pas oublier le passé. La Révolution française, par exemple, a eu un impact considérable sur nos institutions, sur nos lois, sur nos manières de vivre. Il n’y a aucun doute là-dessus. Mais pas pour tout le monde. Et après ce que nous observons dans le monde musulman, nous voyons que le monde chrétien commence lui-aussi à se radicaliser. C’est là un échange de mauvais procédés.

Jean-Yves Nau : Est-ce dire que vous faites une croix sur notre universalisme ?

Jean-Claude Carrière : Je n’y ai jamais vraiment cru, pour tout dire, à cet universalisme. Je suis plutôt partisan de la diversité. J’insiste : la paix de l’Empire romain n’a duré que parce que les empereurs acceptaient tous les cultes.  

Jean-Yves Nau : Et que penser de Freud quand il assurait à Jung que l’Occident était menacé par l’occultisme ?

Jean-Claude Carrière : Freud, ici, est allé trop loin. L’occultisme n’a certes pas disparu mais il n’a jamais pesé sur la marche du monde. L’appel à des forces occultes, la sorcellerie etc. sont des phénomènes anecdotiques. Nous sommes aujourd’hui confrontés à des phénomènes d’une toute autre ampleur…

Jean-Yves Nau : Pour finir, votre travail vous conduira-t-il à formuler des conseils aux responsables politiques qui semblent perdre prise sur le réel ?

Jean-Claude Carrière : Je ne suis en rien compétent. Je me bornerai à souligner le vrai problème, selon moi, de la politique. Nous l’avions observé quand, avec Wajda, nous écrivions notre Danton. Avec la Révolution française, des hommes, pour la première fois, étaient élus, étaient légitimes pour faire des lois universelles. Ce fut la seule fois dans l’histoire du monde. Déjà, à cet instant-là, des personnes comme Danton, Desmoulins, Robespierre et tant d’autres se sentaient investis d’un pouvoir parfaitement légitime. Des lits de camp avaient été installés dans les couloirs de la Convention sur lesquels ils ne dormaient que quelques heures de temps en temps tellement ils étaient persuadés d’être dans l’urgence et la bonne direction. Or, déjà à ce moment-là, ils doutent de la légitimité de leur pouvoir. Des lettres de Danton en témoignent. Ils sentent que quelque chose leur échappe dans le comportement du peuple – ce peuple dont ils se réclament et dont ils veulent le bien.

C’est sur la notion même de pouvoir sur laquelle il nous faudrait, aujourd’hui réfléchir. Qu’est-ce qu’un pouvoir politique ? On dit par exemple que le quinquennat de François Hollande est un désastre. Du strict point de vue économique ce n’est pas vrai. Si c’était un film on parlerait de miscast… des gaffes en série, des erreurs, de la pluie à répétions… Et, pour l’heure les émissions télévisées qui précèdent les élections des primaires ne sont rien d’autre qu’un défilé chez le producteur. Voilà pour le spectacle. 

Reste la question aujourd’hui centrale : où est passé le pouvoir politique ?

Historien, traducteur, écrivain, scénariste, parolier, metteur en scène… Il résume ses innombrables facettes sous l’appellation de « conteur ». Il vient de publier deux ouvrages majeurs inspirés par le « califat » de l’État islamique. Retour sur les résonances entre la situation contemporaine et les expériences passées, entre croyance, guerre et paix.