jeudi 18 janvier 2018

Les liaisons dangereuses des laïcs avec les islamistes


La bête noire des américains étant le communisme, ils l’ont combattu et aidé à le combattre partout dans le monde. Le monde dit arabo-musulman n’a pas échappé à cette injonction d’éradiquer le communisme chez eux. En pleine guerre froide, et pour donner le change au monde qui s’inquiète des dérives dictatoriales des "pères de la nation" des pays nouvellement libérés du colonialisme, les américains ont "fortement recommandé" le pluralisme à ces présidents en autorisant l’ouverture à l’islamisme tout en continuant à combattre le communisme. Leur choix s'est porté sur l'organisation des Frères musulmans pas par hasard. Outre que les "Frères" n'aiment pas le communisme, ils s'opposent aussi au pan arabisme qui est anti-impérialiste et tiers-mondiste. 
Leur hantise du communisme ira jusqu’à déclencher la guerre en Afghanistan pour contrer sa progression en instrumentalisant l'islamisme et le wahhabisme qui le fonde.
En somme les américains ont préféré le péril vert au péril rouge, persuadés cyniquement ou par ignorance que l’islamisme se cantonnera aux pays "arabo-musulmans" !
Le 11 septembre 2002 le monde entier découvre l’horreur de l'islamisme et l'erreur stratégique des américains. A jouer avec le feu, celui-ci a fini par se retourner contre eux.
Et depuis, les occidentaux découvrent l’ampleur du péril vert aussi bien dans les pays "arabo-musulmans" que chez eux !
Avec le "Printemps arabe", les islamistes ont pris le pouvoir avec le soutien du Qatar et l’aval des EU & UE ! Et à nouveau, l’Occident découvre le cynisme de ses dirigeants de vouloir imposer les Frères musulmans aux Républiques qui aspirent à la laïcité ; puisque Ghannouchi transformera la Tunisie en premier pays exportateur de terroristes en Europe, où ses enfants sont souvent associés aux actes terroristes barbares !
Les dirigeants occidentaux seront bien inspirés de cesser leur jeu dangereux avec les islamistes et de soutenir les progressistes et les laïcs qui aspirent aux libertés dont jouissent les occidentaux !
Si l’Afghanistan, le Pakistan et leurs Talibans,… sont trop loin pour imaginer qu’ils puissent nuire aux européens, faut-il rappeler aux responsables politiques de l’UE que le terrorisme est désormais aux portes de l’Europe, la Tunisie étant devenue le premier pays exportateur de terroristes depuis qu'ils ont imposé les Frères musulmans aux tunisiens ?
R.B
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Les islamistes tunisiens, ou la culture du compromis

L’alliance objective entre le chef du mouvement islamiste, Rached Ghannouchi et le chef de l’état, le bourguibiste Beji Caïd Essebsi, ne peut se comprendre si l’on ne prend pas la mesure des compromis qui ont toujours existé en Tunisie entre le pouvoir et les Frères Musulmans.

Contrairement à une vision manichéenne de l’histoire tunisienne où les deux Présidents Bourguiba et Ben Ali auraient été des remparts contre l’islamisme qu’iis auraient réprimé de façon constante, le pouvoir en Tunisie a régulièrement tenté de trouver des formes de compromis avec l’Islam politique. Cette culture de la négociation qui a coexisté avec les formes les plus brutales de la répression éclaire les ressorts de la transition démocratique relativement maîtrisée que l’on connaît en Tunisie depuis la fuite de l’ex président Ben Ali vers l’Arabie Saoudite le 14 janvier 2011.

Le mouvement islamiste tunisien n’est pas né d’hier. Dès la fin des années 60, le chef d’Ennahdha, Rachid Ghannouchi, s’engageait en faveur de l’islamisme, après des détours par le Nassérisme lors d’un séjour au Caire et par le baas syrien à l’occasion d’un voyage à Damas, où il rencontre les Frères Musulmans. Sous Bourguiba comme sous Ben Ali, les deux présidents que connaît la Tunisie jusqu’aux journées révolutionnaires de janvier 2011, le pouvoir va vivre des phases de compromis avec les islamistes, avant de revenir à de longues périodes de répression.

Ainsi s’est forgé l’identité du mouvement islamiste, depuis un demi-siècle, dans les prisons tunisiennes certes, mais aussi dans les antichambres des Palais nationaux. Depuis l’Indépendance de la Tunisie, 30000 militants auront été emprisonnés et torturés de la pire des façons, forgeant des solidarités qui sont encore aujourd’hui l’ossature du mouvement islamiste Ennahdha. Mais certaines ouvertures politiques aussi bien sous Bourguiba que sous Ben Ali vont permettre aux patrons de Nahda de se frotter au pouvoir, de s’initier au pluralisme et peut-être d’apprivoiser les valeurs démocratiques. L’existence du fameux code du statut personnel tunisien, qui donne à la Tunisienne des droits qui n’existent nulle part ailleurs dans le monde arabe et méditerranée, a été admise par Rached Ghannouchi, le chef incontesté de l’islamisme tunisien, dès 1988. Ce n’est pas rien !

Des islamistes instrumentalisés

Le régime de Bourguiba a toujours été traversé de courants contradictoires. Certains des fidèles de l’ancien chef de l’Etat, comme Mohammed Sayah, mémorialiste du règne et dauphin présumé, n’ont cessé de combattre les agissements des fondamentalistes musulmans. A l’instar de Bourguiba lui-même qui, dardant la foule de ses yeux bleus, place de la Casbah à Tunis prenait un malin plaisir à siroter un jus d’orage en plein mois de ramadan. « La guerre menée contre le sous-développement est une vraie guerre sainte qui exempte le musulman de respecter le jeune ».

Dans les années 80, les islamistes tunisiens ont été utilisés par le pouvoir bourguibiste, comme un possible contre feu face à l’opposition progressiste et marxiste. Dès 1969, au moment où se tiennent les grands procès contre l’extrême gauche, la création « l’association de sauvegarde du Coran », première manifestation de l’islamisme en Tunisie, est encouragée en sous-main par le régime. On y retrouve les deux fondateurs d’Ennahdha, Mourou et Ghannouchi. Mieux, les premières revues fondamentalistes, la connaissance et la société sont imprimées sur les rotatives de la SAGEP, une société dépendant du PSD, le parti destourien au pouvoir. Fondateur du MTI.

Premières vagues de répression

Dès 1978, se crée dans les universités tunisiennes le Mouvement de la Tendance Islamique (MTI), ancêtre d’Ennahdha. Un an plus tard à peine, les islamistes organisent des manifestations monstres sur les campus pour marquer les débuts du 15eme siècle de l’Hégire. « L’Histoire, déclare « le Cheikh », qui aura été tout à tout marqué par le nassérisme, les baas syrien puis les Frères Musulmans, passera en ce siècle de la défensive à l’attaque, ce sera le siècle de l’Etat islamique ». Ce radicalisme provoque une première vague de répression, qui n’empêche pas les dirigeants du MTI, désireux de s’inscrire dans le paysage politique, de déposer une demande de reconnaissance de leur mouvement en 1981. « C’est moi, raconte l’avocat Mourou, un des vice-présidents actuels du mouvement, qui aie déposé en 1981 le récépissé pour la légalisation du MTI, le fonctionnaire a opposé un tampon rouge. J’ai conservé les récépissés dans mon coffre à la maison ».

C’est seulement à leur sortie de prison en 1984 que les principaux responsables du MTI commencent à composer avec le pouvoir. Élargi durant l’été, Ghannouchi poursuit ses études de théologie à Tunis, toujours entouré d’une nuée de disciples. C’est l’époque où il commence à se faire appeler « le Cheikh » (Chef religieux). Ce qui lui vaut d’être convoqué par le Secrétaire d’Etat à la Sûreté, un certain Ben Ali. A l’époque, Mohamed Mzali vient d’être nommé Premier ministre ; l’heure est à l’ouverture vers les nationalistes arabes et les religieux.
- « Pourquoi te rends tu ainsi à l’université ? », demande le général Ben Ali à Ghannouchi
- « Je suis étudiant en théologie, c’est normal », répond ce dernier
- « Impossible, tu sèmes le trouble, tu dois faire autre chose », poursuit Ben Ali
« Je suis libre, l’Université ne fait pas partie de la zone militaire de Tunis », rétorque le leader du MTI, qui se lance dans une tirade sur la nécessité de légaliser son mouvement. Au point qu’il en oublie de boire le café qu’il a devant lui. « Tu ne bois pas, lui demande Ben Ali, tu as peur d’être empoisonné sans doute ».
Finalement, l’étudiant attardé qu’est Ghannouchi boit son café, poursuit ses études et apprend à passer un premier compromis avec le pouvoir. Ce ne sera pas le seul.

La tentation du légalisme

Une partie des cadres du mouvement commence à intégrer les règles du pluralisme au sein de la Ligue des droits de l’homme et de l’UGTT, le grand syndicat tunisien. Avec son aura, Rached Ghannouchi a accompagné le cheminement du MTI vers plus de légalisme. Au point d’être reçu, le 11 septembre 1985 par le Premier ministre Mohamed Mzali. Le mouvement profite de l’ouverture du pouvoir pour étendre son influence.

Déjà, les « cercles » se développent dans les mosquées où, sous prétexte d’interpréter un verset coranique, les Imams développent de fines analyses politiques. Toute une génération d’étudiants, qui va militer au sein de l’UGTE, le syndicat clandestin, profite de cet enseignement et accroît son influence.

A partir de 1986, la menace islamiste est ressentie par un Bourguiba vieillissant comme la menace principale. Nommé ministre de l’Intérieur puis Premier ministre et intime de la nièce du Combattant suprême, qui filtre les entrées au Palais de Carthage, Ben Ali va jouer habilement de cette menace

La répression s’accentue, Ghannouchi est à nouveau emprisonné, mais il ne sera jamais torturé par les sbires de Ben Ali, alors ministre de l’Intérieur. Ce dernier sauvera même sa tête que réclame, durant l’été 2007, un Bourguiba pris de panique. C’est la preuve que du côté de l’appareil sécuritaire on maintient toujours des passerelles vers la mouvance islamsite, fut-elle en prison

En l’absence de Ghannouchi emprisonné, e nouveau patron du mouvement, Salah Karker, entre dans la clandestinité. La ligne dure l’emporte, un coup d’état islamiste est même prévu pour le 8 novembre 2007, selon les confidences de Karker à l’auteur de ces lignes. Ce qui est cocasse, c’est qu’encore maintenant l’entourage de Ghannouchi conteste la réalité du projet de prise de pouvoir par la violence. C’est dire l’ampleur des désaccords historiques au sein de la mouvance islamiste.

Première transition tunisienne, 1987-1990

A l’époque, Ben Ali avait-il été prévenu des intentions du MTI ? Le 7 novembre 1987 en tout cas, le premier ministre de Bourguiba renverse son mentor, prend le pouvoir, libéralise le régime et reçoit, quinze jours après son accession au Palais de Carthage, une longue missive de Ghannouchi, encore en prison. « Si vous venez sauver le pays et amener la réconciliation générale, lui écrit-il en substance, vous me trouverez comme un soldat à vos côtés ». Le leader du MTI est libéré et dans la foulée, 2400 détenus politiques sont élargis.

Les islamistes mettent de l’eau dans leur vin. Son parti prend le nom d’Ennahdha (La Renaissance) dont toute connotation religieuse est exclue. Ghannouchi et Ben Ali se rencontrent le 7 novembre 1988. Le lendemain, un Pacte National est signé par les représentants de tous les partis, y compris celui d’Ennahdha.

La lune de miel est de courte durée. Très vite après les élections législatives de 1989, Ben Ali entre dans une ère de répression féroce contre les islamistes. Ghannouchi s’exile à Londres et la confrontation durera presqu’un quart de siècle. Du moins jusqu’à ces deux dernières années où de discrets contacts ont été pris entre Ennahdha et les proches de Ben Ali, comme son gendre et dauphin présumé, le très religieux Sakher Materi, aujourd’hui réfugié au Qatar.

Le compromis de 2008-2010

A la fin du règne de Ben Ali, de nombreux islamistes sont à nouveau libérés ; certains reviennent d’exil. La négociation commence dès le début 2005, avec certains islamistes. L’ancien Premier ministre de Bourguiba, Mzali, rentre d’exil, lui qui a eu une certaine tolérance vis à vis de l’islam politique. Certains « modérés » de cette mouvance comme Ahmed Manaï, auteur du « jardin des supplices » (La Découverte), où il raconte les tortures infligées par les sbires de Ben Ali, rentrent au pays

Dans un premier temps Ennahdha va poursuivre la lutte en s’alliant notamment avec le PCOT de Hamma Hammami en 2005.

Mais à partir de 20008 et 2009, Ghannouchi accepte le principe de la recherche d’un compromis. Au sein d’Ennahdha, la tentation existe d’un nouveau compromis avec le régime honni. Jusqu’à l’immolation d’un obscur vendeur à la sauvette, en décembre 2011 à Sidi Bouzid. C’est l’étincelle qui va embraser le pays, forcer Ben Ali à la fuite et finalement porter les islamistes au pouvoir.
Mais dans la semaine qui précède son départ précipité, Ben Ali essaie de composer et reçoit un envoyé spécial de Ghannouchi, Jebali, qui a été libéré de prison et deviendra plus tard en 2012 le Premier ministre tunisien

A ce stade, les islamsises d’Ennahdha sont dans une phase de négociation avec le pouvoir. Ils ne participeront pas en tant que tels aux journées de contestation violente. Ils ont trop peur que Ben Ali use de la manière forte et les envoie à nouveau massivement en prison.

C’est là l’explication du contre sens qui va être fait en Europe et partout dans le monde sur la Révolution tunisienne. Aucun slogan religieux, aucune présence militante islamiste dans les rassemblements qui se multiplient durant le mois de janvier 2011. D’où le sentiment que l’islam politique est mort en Tunisie. Et cette impression va perdurer durant toute l’année 2011, du moins jusqu’à l’élection de l’Assemblée constituante en octobre qui va donner plus de 40%¨des sièges à Ennahdha et la majorité absolue aux islamistes et à leurs alliés du CPR, le mouvement de Marzougui qui, dans la foulée et avec l’onction des islamistes, devient le premier président de la République de la Tunisie nouvelle.

dimanche 14 janvier 2018

La révolution du jasmin : une supercherie islamiste ?

Triste anniversaire ! A cause des Frères musulmans, 7 ans après, les Tunisiens luttent toujours et encore pour conserver leurs acquis bourguibiens !
R.B
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Khaoula Amira Kamoun

Peut-on fêter le 14 janvier 2011 ?

Une révolution montée de toute pièce par les américains pour lancer le programme impérialiste des "Printemps arabes" avec leurs conséquences de chaos, de destructions et de morts dans les pays dits "arabo-musulmans" : Tunisie, Libye, Egypte, Syrie, Yémen... qui vont rejoindre d'autres : Irak, Soudan, Somalie, Niger, Mali ...

Malheureusement, sept ans après il y a encore des tunisiens qui croient encore que c’est le peuple vaillant qui a chassé Ben Ali, alors que tout a été planifié : Appauvrissement du sud sur les conseils structurel du FMI, USAID et Banque Mondiale; Formation de 200 cyber-collabos et guerre médiatique contre Ben Ali avec un financement et une assistance par des ONG de Soros.

Il a suffit de l'étincelle de la " brouette " pour lancer le programme déjà bien rodé des " révolutions de couleur " dans les pays de l’ex-URSS.

Doit-on fêter ce coup d’Etat ?

- Depuis la « révolution » la Tunisie n’a fait que reculer et perdre ses acquis.
- Les tunisiens qui espéraient progresser, se retrouvent à défendre des droits déjà acquis, que leur contestent les islamistes.
- Des attentats terroristes au Bardo, à Sousse, au mont Chaambi, à Ben Guerdane, etc ...
- Des islamistes au pouvoir, des présidents et des gouvernements incompétants, des parlementaires aux ordres d'Ennahdha, de la mafia et des puissances étrangères.
- Des assassinats politiques toujours non élucidés. Mais dont les commanditaires sont les islamistes d’après des enquêtes préliminaires très vite étouffées par les islamistes au pouvoir.
- La Tunisie est devenue le plus grand recruteur et exportateur, au monde, de terroristes pour détruire des pays frères.
- Les institutions de l’état et les médias sont infiltrés par les islamistes.
- Ennahdha a recruté au frais des contribuables plus de 150 000 prisonniers, libérés sous la troïka, pour les intégrer dans les rouages de l'Etat à fin de le détruire de l'intérieur.
- Les terroristes revenus de Libye, d'Irak et de Syrie circulent en toute impunité en Tunisie.
- La situation économique, financière, sociale : sont au bord de l’effondrement.
- Dilapidation du bien public et notre patrimoine que les islamistes ont bradés aux pétromonarques et aux turcs ...
- Aucune enquête sur la disparition des liquidités de l’Etat et des emprunts d'Etat faits par la troïka que dominait Ennahdha.
- La révolte a été étouffée à peine commencée sans que l'on sache pourquoi.
- Le black-out est total sur ce qui s’est passé lors du coup d'Etat et sur le rôle tenu par l’armée et le ministère de l’intérieur dans la fumeuse révolution; sur les snipers étrangers et tunisiens sortis d'en ne sait où; sur la mise en place d'Ennahdha au pouvoir pour mater les révoltes avec Ali Laarayedh qui n'a pas hésité à faire tirer sur la population avec des balles réelles; sur les blessés de la révolution qui sont mal traités;sur la commission de vérité fantoche, la fameuse IVD; sur la banalisation des drogues de toutes sortes; etc ....

La fête du 14 janvier est la fête des Frères musulmans d'Ennahdha qui ont pris le pouvoir et considèrent la Tunisie comme une "ghanima" (butin de guerre); c’est la fête de la mafia des ex-RCD-istes; c’est la fête de la majorité de l’ARP qui se font leur beurre sur le dos du peuple.
C’est aussi la fête des américains, des sionistes, de la Turquie, des Ibn Saoud, du Qatar, des Emirats qui ont réussi à détruire les Républiques "arabes" et les régimes laïcs pour précipiter le monde "arabe" dans le chaos.

Alors fêter le 14 janvier 2011, c'est :
- qu'on est islamiste, ou
- qu'on est ignorant !

Le Bourguibisme est une philosophie et non un repère historique !

Pour ceux qui n'ont toujours pas digéré leur histoire avec Bourguiba, qu'ils sachent que l'homme ne fut pas parfait, loin s'en faut. Mais il faut lui reconnaître d'avoir été l'architecte de la Tunisie moderne, qu'il a dotée d'une administration digne d'une République, qu'il a imposé le statut de la famille en libérant la femme, qu'il a privilégié l'enseignement en le rendant obligatoire pour tous, qu'il a instauré le planning familial pour maîtriser la démographie tout en donnant aux femmes le droit de maîtriser leur corps et leur utérus ... et j'en passe; faisant de la tunisienne l'unique exemple dans les pays dits "arabo-musulmans", voir dans le Tiers-Monde devançant même pour certains droits, les françaises !
Qu'en est-il de ceux qui se disent ses héritiers ? Béji Caïd Essebsi est-il bourguibiste ? On se le demande !
R.B
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Après la révolution, beaucoup ont pensé qu'on en avait fini avec 50 ans de dictature et que l'héritage du mouvement destourien allait être définitivement jeté dans la poubelle de l’Histoire : le parti unique, la pensée unique, et le chef unique, tout ça, c'était fini.

Ainsi, Bourguiba, père de la nation, semblait éclipsé par cette vague révolutionnaire.

Son coté despotique et son refus des libertés fondamentales et de la démocratie étaient mis en avant par ceux qui ne se revendiquaient pas de son "école", et qui ont par le passé milité contre le régime bourguibien.

Pourtant, 3 ans après la révolution, Béji Caïd Essebsi est élu à la tête de l'État après une campagne se basant sur la conservation des acquis sociaux de l'ère Bourguiba, en se présentant comme son héritier légitime.

Puis, le président décida de remettre la statue du "Combattant Suprême" à sa place au centre-ville de Tunis, en signe d'hommage au père de la nation et de continuité dans la politique bourguibiste.

Ce retour confirme bel et bien que l'héritage de Bourguiba ne mourra jamais en Tunisie.

Cependant, un problème persiste : rien dans la politique actuelle ne s'aligne sur cet héritage.

On pense souvent qu'il suffit d'avoir été ministre sous Bourguiba pour pouvoir prétendre faire honneur à ce dernier, car pour nous Bourguiba est synonyme du "C'était mieux avant".

Détrompez-vous messieurs, Bourguiba était un visionnaire, un adepte du "Ça sera mieux demain".

Il était le farouche opposant aux conservateurs et réactionnaires, il était de ceux qui aspiraient à changer les choses, à bousculer l'ordre social, à rompre avec les traditions et à inscrire la Tunisie dans la modernité.

Il agissait par pur pragmatisme et volonté d'améliorer et de révolutionner, non par petits calculs politiques mesquins.

Le Bourguibisme n'est donc pas une simple défense des acquis bourguibiens, mais toute une philosophie qui vise à être en avance par rapport à son temps.
Un bourguibiste des années 1960 est quelqu'un qui lutte pour l'émancipation de la femme, pour une démocratisation de la culture et pour un système éducatif performant.

Un bourguibiste du XXIème siècle se doit de défendre les libertés sexuelles, l'égalité dans l'héritage entre l'homme et la femme, et à fortiori, une égalité parfaite entre les sexes, mais aussi une laïcité institutionnalisée, la protection de l'environnement, et une économie tournée vers les nouvelles technologies et l'encouragement de la recherche et de l'innovation.

Bourguiba était un occidental dans sa manière de penser. A la fois humble et fier.

Il n'avait pas honte d'admettre que la Tunisie avait besoin des compétences formées à l'étranger, ni qu'elle était dépendante du marché international et qu'elle devait parfois faire des concessions sans pour autant faire profil bas, car il a aussi su construire une tradition diplomatique digne, connue pour sa neutralité et sa volonté de réconciliation, qui ont fait la grandeur de la Tunisie.

Il était aussi allergique aux monarchies du Golfe et n'a jamais baissé la tête devant un de ces dirigeants corrompus car il savait très bien qu'il pouvait s'appuyer sur d'autres alliances, beaucoup plus puissantes, plus solides et plus honnêtes, qui le respectaient en tant que dirigeant politique, mais aussi entant qu'ami.

Où est aujourd'hui cette diplomatie ? Où se trouve la Tunisie de nos jours dans le concert des nations ? Perdue, oubliée, menée par le bout du nez et esclave de ceux qui autrefois tremblaient devant la grandeur de ce pays.

Alors chers dirigeants, avant de vous proclamer de l'héritage Bourguibien, regardez bien derrière vous, puis devant vous.
Ne vous posez pas la question "Qu'a fait Bourguiba dans cette situation ?", mais "Qu'aurait fait Bourguiba dans cette situation ?".

Arrêtez avec votre nostalgie et soyez digne de votre héritage.
Oubliez les calculs politiques et les discours populistes, soyez francs avec vous-même et avec votre peuple.

Recherchez des solutions, innovez, faites preuve d'intelligence et de pragmatisme, ne vous laissez pas séduire par la facilité du consensus et acceptez le combat pour les vraies valeurs de la modernité. 

Vous pourrez alors vous dire "Bourguibiste".


jeudi 11 janvier 2018

PLATEFORME POUR LE RÈGLEMENT DE LA CRISE TUNISIENNE

Publié dans : 
Kapitalis
Tunisie-Secret

« L’économie, ce n’est pas seulement de la technique, 
ce sont des arbitrages au service d’une vision politique. 
Comment deux partis aussi différents pourraient-ils se mettre d’accord sur un programme ? »

Il faut commencer par désigner le véritable ennemi de la Tunisie qui la ronge de l'intérieur jusqu'à infiltrer les partis dits "progressistes" !
Beaucoup de tunisiens qui combattent l'obscurantisme, sont déçus par BCE & Nidaa Tounes qui promettaient de les débarrasser de Ghannouchi et de sa bande.
Devant le pouvoir de corruption des "progressistes" à la petite semaine, par les Frères musulmans, il serait temps que ceux qui désirent réellement arrêter les dégâts, de prendre des résolutions claires et de pactiser avec ceux qui ont ce même désir de dégager les islamistes !
Voici un pacte qui pourrait servir de base à rallier ces partis qui veulent poursuivre l'oeuvre civilisationnelle de feu Habib Bourguiba.

LE CONSTAT :

Personne ne peut sérieusement contester que la Tunisie, après ces quelques années de changement, vit une crise sérieuse qui entraîne un découragement et, peut-être, bientôt une révolte de certains.
Cette crise a un triple aspect : économique et social, démocratique et de civilisation.

1 - Sur le plan économique et social les événements et les politiques menées ont conduit à une perte d’activité, notamment dans le domaine du tourisme ; à une élévation des prix à la consommation ; à un développement du chômage et notamment de celui des jeunes, même diplômés ; à une raréfaction des investissements, notamment étrangers ; et donc à une baisse du pouvoir d’achat qui s’accompagne d’une grande pauvreté et à une perte de valeur de la monnaie nationale.
Il est clair que si cela continue dans le même sens, il est à craindre des révoltes dont on a senti déjà quelques prémices.
Il faut rajouter que pas grand-chose n’a été fait pour, à terme, réduire significativement la disparité entre la région des villes côtières et l’arrière-pays.
On pourra toujours discuter tel ou tel terme de cette analyse mais qui pourrait sérieusement contester la validité générale de ce constat.

2 - Sur le plan de l’autorité de l’Etat et de la démocratie les deux dernières années, notamment, ont fait éclater une grave crise de confiance. L’alliance de Nidaa Tounes et des islamistes, contrairement à ce qui avait été dit avant les élections, a gravement affecté la confiance des citoyens tunisiens qui ont vu dans cette politique une véritable trahison de leur vote et se trouve dès lors tentés par l’abstention et le désintérêt.
S’est ajouté à cela la multiplication anarchique et, à la limite du ridicule, de très nombreux partis politiques dont on voit mal, à part l’ego de ses dirigeants, leur réel et original positionnement.
Les conflits, quelques fois déraisonnables entre syndicats employeurs et syndicats de travailleurs, a perturbé la production économique et les investissements et n’ont pas été sans influence sur la crise économique décrite plus haut.

3 - Enfin il est indiscutable que le pays se trouve confronté à une véritable crise de civilisation entre une partie de sa population qui s’est tourné vers un Islam politique porteur de régression sur le terrain des libertés, des droits de la femme et de l’ouverture aux autres et une autre partie qui voudrait que le pays continue la marche vers le progrès qu’avait initié le Président Bourguiba en développant les libertés et le droit des femmes et en cantonnant la religion dans la sphère privée.
Face à cette crise dont beaucoup accepteront l’analyse il s’agit de se demander quelle est la solution à choisir en ayant bien à l’esprit que TOUT SE TIENT et que, notamment le développement économique et l’investissement ne viendront que si l’on a une démocratie forte, un état, des syndicats et des partis responsables.

Régler d’abord la crise de civilisation :

Il est absolument clair que rien ne sera possible tant que les Tunisiens, par un vote clair n’auront pas trancher entre progressistes et islamistes. Il y a là, en effet, deux conceptions totalement opposées de l’avenir du pays.
Si la religion continue d’être instrumentalisée par un ou des partis politiques, l’union nécessaire des Tunisiens pour faire avancer le pays ne pourra exister. Les dirigeants qui utilisent la religion connaissent toujours et inévitablement des dérives autoritaires qui portent atteintes aux libertés fondamentales et se mêlent de la vie personnelle des gens. Il n’y a qu’à voir les évolutions en Iran et en Turquie et se rappeler de la politique que voulaient mener les Frères musulmans en Egypte comme celle que tentent d’imposer ceux d’Ennahdha en Tunisie.
Les Tunisiens, et donc avant eux les différents partis, doivent se positionner clairement sur cette question. Le pacte devrait réunir tous ceux qui veulent clairement interdire les partis fondés sur la religion. C’est un préalable absolument fondamental car on a bien vu ce que les « accommodements », les « consensus » ont donné comme résultats.
Le Pacte dira donc clairement que le but de ses adhérents est, à terme, de modifier la Constitution pour interdire les partis qui se fondent sur la religion.

Régler la crise de la démocratie et de l’Etat :

La Constitution a choisi un mode électoral sous la pression des islamistes qui ne permet pas de dégager une réelle majorité. Ce mode électoral entraîne la division entre de nombreux partis et ne permet pas la mise en place d’un réel programme de gouvernement ; puisque faute de majorité claire il faut, comme cela a été seriné, parvenir au « consensus » c’est-à-dire à un programme qui est mi chèvre mi- choux.
Or, démocratie ne signifie pas impuissance et demi mesures. Il faut, au contraire que le mode électoral en donnant une prime au parti arrivé en tête, lui permette de mener sa politique sans avoir besoin d’obtenir l’accord des autres formations. Ensuite et c’est cela la démocratie, s’il n’a pas réussi ou convaincu, il sera éliminé aux prochaines élections par le mécanisme de l’alternance.
Le Pacte dira donc clairement qu’il faudra modifier le mode électoral et permettre l’émergence d’une réelle majorité.
Le règlement de ces deux crises sont des préalables à la sortie de crise car le pouvoir ainsi élu, aura les mains libres pour choisir et appliquer sa politique.

Pistes pour régler la crise économique :

On peut penser que les signataires du Pacte pourraient se mettre d’accord sur certains principes.
Le premier d’entre eux est que l’économie a un besoin essentiel : celui de la confiance en l’avenir, de la confiance en l’état de droit et confiance dans la sécurité du pays.
Les investisseurs Tunisiens ou étrangers n’investiront que s’ils ont confiance en l’état de droit ; c’est-à-dire, s’ils savent quelles sont les règles applicables, qu’elles ne changeront pas tous les six mois et que l’Administration et la Justice les appliqueront.
Cela signifie que le pouvoir doit s’atteler à la réforme de la Justice qui a perdu la confiance des Tunisiens, continuer sa lutte contre la corruption qui est le contraire de l’état de droit et affirmer clairement une plus grande liberté d’entreprendre et de s’installer avec des règles fiscales claires.
Les signataires du Pacte pourraient s’entendre (certains devant faire un effort de réalisme en ce domaine) pour dire que ce n’est que si l’Economie fonctionne bien, s’ouvre largement aux investissements et réussit à créer de la richesse, que de la redistribution pourra intervenir.
Si l’économie stagne ou régresse, malgré toutes les bonnes volontés du monde, elle ne produira pas grand-chose et rien ne pourra être redistribué.

Voilà le cadre général sur lequel devront se mettre d’accord tous les partis et les citoyens qui partagent ces analyses et ces bases. Une fois cela réalisé, les priorités devront être un effort considérable pour l’éducation depuis la base jusqu’à l’Université car il n’y aura de développement dans les pays que par l’éducation.

Cette plateforme pourrait être acceptée et signée par tous les partis qui seraient d’accord sur ces grands objectifs et les considéreraient comme essentiels pour résoudre les crises du pays. Ces partis pourraient, dans ce cadre et sous réserve de ces priorités, développer leur propre projet mais, au moins, les électeurs sauraient ce qui les uni et quelles priorités ils ont.

Rachid Barnat

NB : Il y a actuellement Abir Moussi qui le proclame haut et fort qu'il faut juger Ghannouchi et ses hommes pour le financement de leur parti par le Qatar ... et par la même d'interdire Ennahdha !

Voir aussi le commentaire en Vidéo par Jean Pierre Ryf


lundi 8 janvier 2018

LE DIVORCE DE BCE & GHANNOUCHI : UN JEU DE DUPES !

Article publié dans : Kapitalis

On vient d’apprendre la séparation de Nidaa Tounes d'avec les Frères musulmans d'Ennahdha ... en vue des élections municipales ! 

C’est évidement un événement mais qui ne trompe personne et qui, même, met cruellement en lumière le peu de considération que Nidaa Tounes porte aux Tunisiens qu’il prend vraiment pour des imbéciles.

On avait dénoncé à plusieurs reprises, la trahison de Nidaa Tounes et redit les effets dévastateur de cette alliance contre nature pour le pays et pour la démocratie. Il est inutile d’y revenir.

Ennahdha a fort bien compris que sa position était condamnée par une grande majorité de ceux qui avaient voté pour ce parti islamiste. Si dans un premier temps il a joué la carte d'un islamisme modéré, très vite il s'est rendu compte que cela ne dupait plus grand monde dont beaucoup savent que le wahhabisme fonde tous les islamismes; et par conséquent vouloir distinguer celui des Frères musulmans des autres, n'était qu'une supercherie électoraliste. 

Et depuis, Ennahdha a changé de stratégie et cherche à nouveau à duper les tunisiens en leur faisant croire à son renoncement à instrumentaliser la religion; puisque lors du congré de Hammamet, ses cadres, avec Ghannouchi en tête, affirment la séparation de la politique de la religion; et de ce fait, devenant une alternative à l’islamisme dont les tunisiens ne veulent pas, ils font croire à une "normalisation" de leur parti. Ce qui une fois de plus n'a pas dupé grand monde, car comment pourrait-il en être autrement quand on sait que les Frères musulmans depuis presque un siècle ont fait de la religion et de la chariaa l'alpha et l'oméga de leur programme politique ! A moins de les renier ... et de se renier.

Mais devant le constat de leur rejet par les tunisiens qu'ils ne parviennent pas à duper avec la "normalisation" de leur parti, déçus de surcroît par l’alliance réalisée au lendemain des élections avec Nidaa Tounes en dépit de toutes les critiques que ce parti avait adressées aux islamistes pendant la campagne; voilà que Nidaa Tounes nous annonce son divorce d'avec Ennahdha !

Comment croire aujourd’hui à cette nouvelle position dont il faut souligner au passage qu’elle ne remet absolument pas en cause l’alliance, le consensus ... appelez cela comme vous voulez, au niveau national ?

Ce n'est qu'une posture d'un parti aux abois qui n'est qu'une imposture dont se fiche Ennahdha !

Nidaa Tounes dit, sans rire, aux Tunisiens : " Nous sommes des adversaires politiques d'Ennahdha aux municipales mais nous nous entendons comme larrons en foire sur la politique nationale " ! Or s’il y a un grave problème, c’est bien celui qui concerne la politique nationale dont chacun peut mesurer les échecs patents.

Cette décision, juste avant les élections, est plus que cousue de fil blanc. Grotesque stratégie que ce parti aurait le culot de rééditer aussi juste avant les élections législatives. Elle est une insulte à l’intelligence des Tunisiens. Mais voilà cette grossière manœuvre ne fonctionnera pas car les tunisiens n'en sont pas dupes.

Une nouvelle fois, Nidaa Tounes va se trouver dans la situation des alliés des rétrogrades et connaîtra le sort d’Ettakatol et du CPR. Et une fois de plus, c'est Ghannouchi qui aura eu raison de ses "alliés progressistes". Une stratégie payante pour neutraliser ses ennemis en leur donnant le baiser de la mort !

Jamais deux sans trois, dit-on : Après Ettakatol et le CPR, c'est au tour de Nidaa Tounes de se retrouver coquille vide. Les tunisiens ne supportent plus ces "progressistes" à la petite semaine !

Les autres partis en tireraient-ils la leçon ? Pas sûr, avec une classe politique aux principes fluctuants dont se joue Ghannouchi pour la dévoyer et la corrompre selon son bon plaisir !

Rachid Barnat

samedi 6 janvier 2018

L'islamisme dégoûte de plus en plus de musulmans de leur religion


L'athéisme gagne du terrain dans les pays dits "arabo-musulman" depuis que le wahhabisme a pollué l'islam par son totalitarisme, sa violence et son terrorisme, particulièrement dans les pays du fumeux "printemps arabe" ! Qu'il soit chiite ou sunnite, l'islamisme s'appuie, s'il ne s'en inspire, du wahhabisme, ce que fit Khomeiny pour prendre le pouvoir en Iran.
R.B
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Il y a un tsunami d'athéisme dans le "monde musulman" 

Cette Iranienne militante de la laïcité défend des apostats menacés de mort dans 13 pays et appelle son camp – la gauche – à ne pas les trahir.

Née à Téhéran en 1966, Maryam Namazie a quitté l'Iran après l'avènement de la République islamique en 1979. Cette femme de gauche, militante des droits de l'homme et des réfugiés, est devenue une pasionaria de la laïcité et une farouche opposante au relativisme culturel. En 2007, elle fonde en Grande-Bretagne le Conseil des ex-musulmans, pour porter l'attention sur la situation des apostats, menacés de mort dans les États où s'applique la charia, et encore trop souvent obligés à la discrétion dans nos pays occidentaux. En juillet dernier, à Londres, Maryam Namazie a organisé une conférence sur la « liberté de conscience et d'expression », le plus grand rassemblement d'ex-musulmans de l'histoire. Entretien avec une combattante qui, depuis de longues années, déplore que son camp politique – les progressistes – fasse alliance avec des théocrates rétrogrades, bafouant ainsi la liberté d'expression au nom de « l'islamophobie », tout en trahissant les victimes de l'islamisme qui ne rêvent, eux, que d'universalisation de la laïcité.
Vous avez grandi à Téhéran. Comment êtes-vous devenue athée ?
Maryam Namazie : Je suis devenue athée peu à peu. On peut arriver à l'athéisme par plusieurs chemins. Pour moi, cela a été la conséquence naturelle du fait de vivre dans une théocratie. Si Dieu me déteste à ce point, pourquoi croirais-je en lui ? La révolution iranienne était de gauche et il y avait beaucoup d'athées dans ce pays. Mais dans les années 1980 – la décennie sanglante –, beaucoup d'entre eux ont été exécutés après des procès sommaires. On leur demandait « croyez-vous en Dieu », et quand ils répondaient « non », on les sortait et on les abattait. Parfois, des centaines par jour. À titre personnel, je ne me suis jamais sentie ostracisée ou exclue du fait de mon athéisme. À vrai dire, c'est quand j'ai fondé le Conseil des ex-musulmans de Grande-Bretagne en 2007 que j'ai pour la première fois rencontrée des personnes qui étaient effrayées de se dire athées, et beaucoup d'entre elles étaient nées sur le sol britannique. En Iran, il y a une réaction anti-islamique, et la critique ou les moqueries contre la religion sont plus normalisées qu'ici, en Grande-Bretagne. C'est évidemment ironique, sachant que l'apostasie, le blasphème et l'hérésie sont tous des délits passibles de la mort sous le régime islamique iranien.
Cela veut-il dire que même dans un pays comme la Grande-Bretagne, il est toujours difficile de quitter une religion comme l'islam ?
Cela n'est pas difficile pour tout le monde. Certains ont le soutien de leur famille, comme cela a été mon cas. Mais pour d'autres, cela reste toujours compliqué d'être considéré comme un apostat. On voit notamment beaucoup de jeunes qui doivent faire face à la violence, l'ostracisme et des menaces, tout cela parce qu'ils ne veulent plus être musulmans. Nous avons ainsi des membres qui portent toujours le voile et vont à la mosquée, des ex-musulmans qui vivent dans « le placard ». D'autres souffrent de dépression et de tentations suicidaires. Et puis, bien sûr, beaucoup choisissent de vivre librement en dépit des menaces et risques que cela implique.
Quelle est la situation actuelle des apostats dans les pays de culture musulmane ?
Les apostats sont en grand danger dans les pays sous la loi islamique. Dans treize États, ils sont menacés de mort. Dans bien d'autres, ils peuvent être tués par des mouvements de foule ou par les familles au nom de « l'honneur ». Et même dans les pays où légalement ils ne risquent pas la peine de mort comme en Egypte, ils peuvent toujours perdre leurs droits civiques et risquent d'être assassinés par les islamistes. Alors qu'ici, en Occident, les critiques de l'islam sont traités d'« islamophobes », ce qui est de fait une interdiction du droit au blasphème, les lois dans les pays islamiques servent à condamner beaucoup de personnes – même les croyants – pour blasphème et apostasie, que ce soient des minorités religieuses, des dissidents ou des libres penseurs.
Vous êtes une femme de gauche très critique envers l'islam. Qu'est-ce qui vous distingue de ceux qui, comme Eric Zemmour ou Douglas Murray, critiquent cette religion de l'autre côté de l'échiquier politique ?
Alors qu'ils se détestent entre eux, il y a pourtant beaucoup de choses qui relient les pro-islamistes de gauche et l'extrême droite. Les deux déshumanisent les musulmans en en faisant une masse homogène et en les plaçant dans une case. Les pro-islamistes le font en voyant dans les musulmans une communauté à défendre. Mais ils oublient ainsi qu'ils ne défendent pas des valeurs de gauche et progressistes, mais ce que les islamistes définissent comme une culture et religion « authentique ». L'extrême droite, elle aussi, ne voit qu'une masse homogène envahissant l'Occident. Ils oublient que beaucoup de ceux qui viennent ici – comme moi – veulent justement fuir le mouvement islamique, que nous sommes contre le totalitarisme et que comme n'importe qui nous voulons la liberté et des droits qui ne sont pas occidentaux, mais universels.
Après la publication des caricatures de Mohammad, vous aviez, en compagnie de Salman Rushdie ou Ayaan Hirsi Ali, signé le « Manifeste des douze contre le nouveau totalitarisme », publié par Charlie Hebdo en 2006. Comment jugez-vous des écrivains comme Joyce Carol Oates ou Russel Banks, qui, en 2015, alors que ce journal a été décimé par des djihadistes, se sont opposés à ce qu'on lui remette un PEN Award ?
Quelle trahison ! Quand un écrivain considère les islamistes comme des représentants du « disempowerment » (baisse du pouvoir masculin, NDLR) et voit en Charlie Hebdo de « l'arrogance culturelle », c'est que notre monde est mis sens dessus dessous. Ils considèrent Charlie à travers le regard de nos oppresseurs. Alors que pour moi, ce journal représente ceux, nombreux, qui osent s'exprimer contre la religion et les conservateurs religieux, et se retrouvent en retour accusés de blasphème et d'apostasie, ou doivent fuir pour sauver leurs vies. Dire qu'on « soutient la liberté d'expression, mais pas quand cela offense des personnes » comme l'ont fait les signataires de cette pétition contre Charlie, ce n'est pas défendre cette liberté d'expression ; c'est au contraire une défense de la censure.
Êtes-vous optimiste pour les athées dans le monde islamique ?
Ce n'est pas le « monde islamique », tout comme l'Occident n'est pas le « monde chrétien ». Il y a tellement de croyances et d'opinions au Moyen-Orient, en Afrique du Nord ou dans l'Asie du Sud... Il y a beaucoup d'athées et de laïcs, y compris chez des croyants. Le fait de le qualifier de « monde islamique » fait partie de cette offensive pour en faire justement des contrées uniformément islamiques. Mais en réponse à cela, il y a un tsunami d'athéisme, et on le voit clairement à travers les réseaux sociaux et Internet qui sont en train de faire à l'islam ce que l'imprimerie a fait au christianisme.
Comment analysez-vous la contestation dans votre pays natal, l'Iran, contre un régime dirigé par le « réformiste » Rohani ?
Ces manifestations sont différentes des précédents mouvements de révolte. Les gens ne veulent plus faire marche arrière, ils n'ont plus aucune illusion sur la faction « réformiste » de ce régime, et ils veulent en finir avec les lois théocratiques. Les slogans sont contre la pauvreté, la corruption, mais aussi contre la répression. Ciblant notamment le cléricalisme, ces protestations ont eu lieu dans 60 villes à travers l'Iran, y compris la « ville sainte » de Qom. Et l'une des caractéristiques de ce mouvement est qu'il est féministe, comme l'a symbolisé la photo de cette femme brandissant son voile au bout d'un bâton. C'est pour cela que cette contestation doit être soutenue par les féministes et laïcs du monde entier.


Propos recueillis par Thomas Mahler