vendredi 17 novembre 2017

Les Frères musulmans surfent sur le manque de culture des journalistes

Tariq Ramadan, belle gueule et beau parleur ! C'est une bête médiatique pour des journalistes qui courent derrière l'audimat. Que connaissent-ils de l'islam ceux qui en parlent avec lui, pour lui apporter la contradiction ? Pour sur, pas grande chose.  Manque de culture ou paraisse intellectuelle ? Des journalistes qui continuent à parler de monde "arabo-musulman", générique hérité de l'époque coloniale assimilant des peuples disparates à un seul peuple comme s'il était homogène, ignorant souvent tout de l'histoire et de la culture de chacun d'eux ! Trahissant par là un mépris pour eux doublé d'une méconnaissance sinon d'une ignorance de leur culture.
Pourtant tous s'arrachent la bête médiatique, jusqu'à la populariser et à travers elle, installer les Frères musulmans dans le paysage politique européen. Personne n'a pris la peine de vérifier ses prétentions universitaires. C'est Caroline Fourest qui fut la première à l'avoir débusquée, révélant son appartenance aux Frères musulmans où elle poursuit les objectifs de Hassan El Banna, son grand père maternel et fondateur de la confrérie.
Il aura fallu un "scandale sexuel", pour que certains journalistes daignent s'intéresser de prés au personnage, pour découvrir qu'il bluffait tout le monde avec sa grande gueule ! 
Malheureusement le mal est fait : il en a profité pour "ouvrir le débat" et installer l'islamisme en Europe, en remettant en question la laïcité et ses règles du vivre ensemble; jusqu'à remettre en question les lois de ces pays ... pendant que ses "Frères" occupent le terrain, d'abord dans les banlieues dites difficiles; puis telle une traînée de poudre, répandent le wahhabisme dans tout le pays.
Et voilà comment les médias d'avoir fait l'amalgame entre islam et islamisme, ont fait le lit de l'islamisme en Europe !
R.B
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Abdennour Bidar *

Affaire Ramadan : « Nous restons tragiquement aveugles aux “racines du mal” de l’islamisme »

L’affaire Tariq Ramadan est atterrante à bien des égards. Comment se fait-il qu’il ait fallu attendre le scandale d’accusations de violences sexuelles pour qu’enfin nos élites s’interrogent
sérieusement sur le personnage ? Depuis quinze ans, j’ai eu plus que le temps de vérifier l’incapacité quasi systématique de nos médias, de notre classe politique, de la plupart de nos « grands » intellectuels à comprendre en profondeur les questions posées par l’islam. Cette intelligentsia se signale à peu près unanimement par son inculture sur le sujet, et, tandis qu’elle est si intelligente par ailleurs, voilà qu’ici elle n’arrive qu’à se partager benoîtement entre ceux qui considèrent le musulman comme le nouveau damné de la terre et, à l’autre extrême, ceux qui mélangent allègrement islam et islamisme sans s’en apercevoir… alors même, parfois, qu’ils croient être en train de distinguer les deux !
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Combien de nos intellectuels ont entrepris une mise en dialogue de leur propre pensée avec au moins un grand philosophe ou sociologue du monde musulman, un grand théologien, un grand mystique de cette civilisation ? Combien connaissent les travaux décisifs et les œuvres cruciales du poète et philosophe musulman, qui contribua à la fondation du Pakistan, Mohamed Iqbal (1877-1938), du philosophe iranien Daryush Shayegan, du juriste tunisien Yadh Ben Achour, de l’islamologue tunisien Hamadi Redissi, ou, ici en France, de l’historien de l’islam Mohammed Arkoun ?

Paresseusement, on fait référence à Averroès (Ibn Rochd de Cordoue, XIIe siècle !) et on a « adoré » le roman de Kamel Daoud et ses magnifiques tribunes coups de poing. Mais pour aller un peu plus loin, quasi-personne. L’affaire Ramadan y changera-t-elle quelque chose ? Nous fera-t-elle enfin comprendre que nous restons tragiquement aveugles aux « racines du mal » de l’islamisme ?
Systématiquement depuis des années, nos élites choisissent avec une infaillibilité remarquable les mauvais interlocuteurs, et nous ouvrons nos micros, écrans, tribunes, aux traditionalistes patentés du Conseil français du culte musulman (CFCM), ou bien à des prestidigitateurs comme Ramadan, qui rient à gorge déployée de l’aubaine incroyable de notre naïveté.

Débusquer la supercherie

Leur tour de passe-passe est en effet des plus grossiers. A longueur de conférences-débats et autres talk-shows, ils se contentent de réciter avec talent tous les mots que nous aimons entendre, et dans le bon ordre : réformer l’islam, l’adapter à la modernité, le libérer des traditions obscurantistes, bla-bla-bla. Il suffirait pourtant d’aller lire de plus près leurs livres – comme l’a fait, par exemple, Caroline Fourest avec un énorme courage – pour débusquer l’incohérence entre cet affichage publicitaire et l’indécrottable dogmatisme comme l’agressivité larvée qui ressurgissent à chaque page ou presque. A chaque fois que j’ai fait cet effort de démystification, j’ai découvert avec stupeur… que dénoncer la supercherie ne sert à rien ! Et me suis aperçu avec effroi, une fois encore, de la sidérante réalité de l’heure : dans notre société de l’image et de la communication, personne ne prend le temps d’aller voir le fond des choses.

On célèbre unanimement l’esprit critique, mais personne ou presque ne s’en sert. Je m’en accommoderais en silence, retournant à mes chères études avec le peu de ceux qui consentent encore à étudier, si les conséquences n’étaient pas si scandaleuses. La pire d’entre elles, la voici. En nous laissant amuser par les beaux discours, nous avons laissé se développer en France un islamisme de plus en plus décomplexé, qui revendique maintenant haut et fort la suprématie de la loi de Dieu face à la loi démocratique, qui affiche sans vergogne intolérance et antisémitisme, qui bafoue dans l’enfermement communautaire le droit à la liberté personnelle et l’égalité des droits, à commencer par ceux des femmes.

En n’ayant rien fait contre la loi libérale du monde qui sépare toujours plus les riches des pauvres, nous avons laissé se multiplier des ségrégations sociales infâmes, où s’est créé le terreau maudit du repli traditionaliste et radical. En collectionnant les figures d’« imams progressistes » chez lesquels il n’y a le plus souvent qu’un effort parfois sincère mais toujours insuffisant d’adaptation de l’islam, nous avons franchi le pas scélérat de la complicité objective avec tout ce qui contredit les valeurs de la République et des droits de l’Homme. En ayant fait de Ramadan un phénomène médiatique, au prétexte qu’il serait le héros de la « jeunesse musulmane », c’est en réalité sa starisation qu’on a organisée. Notre paresse et notre aveuglement ont fabriqué de toutes pièces ce joueur de flûte qui a entraîné une partie de la jeunesse musulmane vers l’abîme d’un néo-rigorisme déguisé en islam soft.

Encourager une philosophie critique de l’islam

A l’arrivée, c’est le positionnement d’une trop grande partie de nos élites vis-à-vis de l’islamisme qui n’est ni lucide ni clair. Les intellectuels de culture musulmane qui œuvrent réellement à élaborer un contre-modèle à l’islam néoconservateur cherchent autour d’eux du courage, de la lucidité, des soutiens. Que recueillent-ils ?
C’est absolument en vain qu’Abdelwahab Meddeb, que tout Paris semble admirer, a essayé d’alerter et d’ouvrir les yeux de nos décideurs et penseurs. Il a réclamé jusqu’à sa disparition, fin 2014, que soient aidés toutes celles et tous ceux qui portent des « contre prêches », c’est-à-dire de véritables réinventions, régénérations, révolutions de l’islam – au-delà de sa forme historique figée. Il a réclamé, comme Mohammed Arkoun avant lui, comme Malek Chebel avec lui, que soient ouverts dans nos meilleures universités de grands départements d’études de l’islam, où celui-ci puisse être abordé non pas dogmatiquement comme dans les mosquées, mais de façon critique comme une ressource intellectuelle et spirituelle à la recherche d’une toute nouvelle intelligibilité dans le monde contemporain.

Meddeb est mort, Arkoun est mort, Chebel est mort, après avoir tous crié dans le même désert. C’est indigne de la France. Combien restons-nous désormais à produire une philosophie critique de l’islam ? Une pensée qui nourrisse en chacun les questions spirituelles aussi bien que l’appartenance citoyenne ? Une pensée qui réconcilie les identités, les appartenances, et qui œuvre pour une fraternité qui ne soit pas que de façade ou de fronton ? On pourrait nous compter sur les doigts d’une main, à laquelle il manquerait des doigts ! Je lance donc aujourd’hui à mon tour un cri d’indignation et d’alarme. Nous allons droit à la catastrophe si tous ceux qui sont en position de responsabilité dans notre pays se contentent de s’offusquer de cette sinistre affaire Ramadan, sans qu’elle soit l’objet d’une prise de conscience.

Il est grand temps de ne plus se laisser abuser par de faux discours progressistes cousus de fil blanc. Il est grand temps d’arrêter d’être aussi aveugles, complaisants ou lâches face à tout ce qui produit de la radicalité aujourd’hui au quotidien dans notre société. Il faut arrêter aussi, à toutes les échelles, les politiques de complicité avec l’islam politique – que ce soit sur le plan international avec l’Arabie saoudite, le Qatar ou le Maroc, ou bien sur le plan local en laissant proliférer le salafisme « ordinaire » pour des calculs clientélistes et électoraux. Arrêter aussi de reculer sur la laïcité, pour rester ferme partout sur l’exigence de son respect, toujours expliqué et porté comme outil au service du vivre-ensemble et non pas comme une arme antireligieuse. 

Et puis, tiens, tant qu’on y est, rêvons un peu : à la place de ces grandes tapes dans le dos sur le mode « bravo, pour votre courage, c’est remarquable ce que vous faites », j’aimerais que nos idées, nos livres, nos recherches, nos propositions pour une mutation de l’islam hors de ses immobilismes et régressions trouvent les espaces universitaires, médiatiques et autres nécessaires pour se faire entendre.

* Philosophe spécialiste de l’islam et des évolutions de la vie spirituelle


jeudi 16 novembre 2017

REFORMES CHEZ LES Ibn SAOUD : UN VŒU PIEUX D'UN PRINCE AMBITIEUX ?

Malheureusement, des naïfs ou optimistes acharnés tombent dans le panneau de ce prince "réformateur" qui pense pouvoir redorer le blason de la dynastie des Ibn Saoud !

En tout cas une "com" comme savent faire les Ibn Saoud grâce aux pétrodollars qu'ils dilapident à tort et à travers, pour faire croire à une machine arrière d'un régime en bout de souffle qui ne tient que par la violence et l'expansionnisme d'un obscurantisme sacré qu'est le wahhabisme ... et dont la politique "arabe" s’avère un fiasco !

Qui peut croire un seul instant les discours d'un prince otage d'une doctrine qui fonde la dynastie des Ibn Saoud dans laquelle il a baigné depuis l'enfance et d'un serment fait au père fondateur de cette doctrine : Mohamed Abdelwahhab ?
 
Le prince héritier, Mohammed ben Salmane Ibn Saoud ou MBS

MBS : " La lutte contre le terrorisme et le renforcement ou l'émergence d'une société ouverte."

Il doit se lever de bonne heure pour "ouvrir" une société abrutie de religiosité !

MBS : " Boycott du Qatar pour complaisance envers le terrorisme ! "

Tiens tiens : il voit la paille dans l'oeil du voisin et non la poutre dans le sien !
Alors que l'un et l'autre recrutent, financent et arment des mercenaires/jihadistes pour semer le chaos dans les Républiques dites "arabomusulmanes" !

MBS : " Nous n'allons pas passer 30 ans de plus de notre vie à nous accommoder d'idées extrémistes et nous allons les détruire maintenant et tout de suite. "

Ce prince a compris que la manne d'or noir n'est pas éternelle sera épuisée dans les 50 ans à venir et que ses prédécesseurs ont dilapidé les milliards de pétrodollars en pure perte à vouloir exporter par tous les moyens guerre comprise, leur wahhabisme dont personne ne veut et dont l'Occident qui l'a instrumentalisé un temps, découvre ses ravages chez lui aussi !!

MBS : " Promouvoir les valeurs de tolérance et de modération religieuse au sein d'une société saoudienne encore marquée par l'intégrisme wahhabite."

Pour cela il lui faudra renier le wahhabisme et adopter d'autres obédiences plus tolérantes et moins obscurantistes ... c'est dire qu'il rêve ou il dupe son monde !

MBS : " Un projet de réislamisation s'est répandu dans nos régions depuis 1979. Mais nous n'étions pas comme ça. Nous allons simplement revenir à ce que nous étions avant, à un islam du juste milieu, modéré, ouvert sur le monde, l'ensemble des religions et l'ensemble des traditions et des peuples ".

Ce prince connaît-il l'histoire des Ibn Saoud ? Ils n'ont prospéré et dominé la région que par la violence, qu'ils ont mise au service des empires coloniaux !

Daniel Vigneron : " Or l'Arabie des Ibn Saoud n'est en rien une démocratie mais une monarchie absolue dont le monarque est choisi selon des critères assez flou par un conseil d'allégeance parmi les 550 princes fils ou petits-fils de Ibn Saoud (Abdelaziz ben Abderrahmane Al Saoud), le fondateur de l'Arabie moderne en 1932.
La désignation d'un prince héritier est donc le résultat de luttes d'influences complexes illustrées ces dernières années par une série de coups de théâtre successoraux."

Enfin, Daniel Vigneron revient aux réalités archaïques de la dynastie des Ibn Saoud pour douter de son audacieuse affirmation que MBS pourrait être le Macron du désert !

De deux choses l'une : ce prince "réformateur" est un doux rêveur, auquel cas ses cousins se chargeront de l'éliminer (assassinat ... ) ou un beau parleur qui tente de calmer la colère d'un Occident qui découvre dans sa chair le wahhabisme qui fonde la dynastie des Ibn Saoud.

Rachid Barnat





mardi 14 novembre 2017

Voltaire, censuré par le tartufe Ramadan


La Suisse a hébergé Hassan El Banna fondateur des Frères musulmans. Son petit-fils Tariq Ramadan y joue les censeurs ... avec l'aide du protecteur de la confrérie, l'émir du Qatar.
Et voilà comment les islamistes s'installent insidieusement dans le paysage politique en Occident !
R.B

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Voltaire, Tartuffe et Tariq Ramadan

« Le Fanatisme ou Mahomet, le Prophète », célèbre œuvre de Voltaire a connu quelques déboires à Genève en raison notamment de l’intervention d’un certain Tariq Ramadan. Vanessa de Senarclens, spécialiste de littérature française du XVIII siècle à la Humboldt-Universität zu Berlin, souhaite que Genève rouvre ses portes à une pièce qui dénonce le fanatisme et l’imposture
« On avoue », note Voltaire dans une préface à sa tragédie « Le Fanatisme ou Mahomet, le Prophète » (1742), « que la comédie de Tartuffe, ce chef-d’œuvre qu’aucune nation n’a égalé, a fait beaucoup de bien aux hommes, en montrant l’hypocrisie dans toute sa laideur. Ne peut-on pas essayer d’attaquer, dans une tragédie, cette espèce d’imposture qui met en œuvre à la fois l’hypocrisie des uns et la fureur des autres ?»

La lettre de Ramadan

Depuis le XVIIIe siècle, la pièce qui propose une version satirique du personnage historique de Mahomet suscite de vives polémiques. Après trois représentations à Paris, elle est interdite pour « scélératesse, irréligiosité et impiété ». On y lit, en effet, une critique à peine voilée des autorités chrétiennes et de l’intolérance religieuse, surtout à l’endroit des protestants.
Comme Montesquieu dans ses Lettres persanes, Voltaire ferait le détour par l’altérité orientale pour dénoncer des déviances occidentales. A la suite de l’interdit de la pièce, l’auteur ne se le tient pas pour dit et parvient à contourner la censure au moyen d’une dédicace flatteuse au pape Benoît XIV, qu’il apostrophe comme vicaire du « dieu de vérité ». Le pape l’accepte et la carrière de cette tragédie est lancée, dont le succès ne se démentira pas jusqu’au début du XXe siècle en France, mais aussi en Allemagne grâce à la traduction Mahomet, Trauerspiel in fünf Aufzügen qu’en donne Goethe en 1773.
En 1993, puis en 2005, les tentatives du metteur en scène Hervé Loichemol de rejouer cette pièce à Genève, dans le contexte des festivités du 300e anniversaire de la naissance de Voltaire, échouèrent sous les pressions politiques.
Dans une lettre au Journal de Genève, Tariq Ramadan argumentait alors en faveur de l’interdiction de la pièce, en invoquant moins son caractère blasphématoire contre le prophète des musulmans que les sensibilités malmenées et blessées d’une minorité religieuse : « Aux abords des espaces intimes et sacrés, ne faut-il pas mieux parfois imposer le silence ?» demandait-il. Le silence s’est depuis durablement imposé, en partie grâce à l’influence de Ramadan sur les autorités politiques et culturelles genevoises. Il est de plomb et fait le consensus au vu d’une actualité toujours plus violente et polarisée.

L'imposture dénoncée

Personne ne prend le risque de jouer cette pièce dans laquelle Voltaire faisait, de son propre aveu, pour sa démonstration des méfaits du fanatisme, Mahomet « plus méchant qu’il ne l’était ». Or, chez Voltaire, le personnage du Prophète n’est pas un fanatique comme pourrait le laisser entendre le titre de la tragédie, mais un imposteur, «un fourbe» comme le note Rousseau dans un texte d’éloge.
Le sujet de la pièce jugée inopportune par Ramadan est moins la religion chrétienne ou musulmane que l’imposture, le sectarisme et la haine qui en découle. Elle se clôt sur le monologue du protagoniste voltairien : « J’ai trompé les mortels, et ne puis me tromper… Mon empire est détruit si l’homme est reconnu. »

A quand le retour de Voltaire à Genève ?


Le fanatisme, au même titre que les sectarismes idéologiques, dissimule sous des vérités révélées la volonté de puissance et les pulsions. Il serait bon qu’à Genève, on se souvienne de la tradition critique et éclairée qui fut un temps la sienne, et qu’un projet de représentation d’une pièce de Voltaire, fût-elle une radicale critique du fait religieux, ne soit pas enterré sous un silence apeuré et que l’espace public puisse être le lieu de vivants débats.

lundi 13 novembre 2017

PLUS JAMAIS PEUR, film de Mourad Ben Cheikh

Article du 26.09.2011, repris de mon 

Article paru dans : Kapitalis et Ifriqya Magazine

Où en sont les tunisiens de cette peur : guéris ou en phase de l'être ? Car il y a beaucoup à faire pour s'en débarrasser, d'autant qu'une nouvelle dictature, théologique cette fois-ci avec la bénédiction de BCE & Nidaa Tounes, les guette ... s'ils n'y prenaient garde !
R.B
C’est le titre d’un film de Mourad Ben Cheikh, un jeune tunisien primé au festival de Cannes 2011 en sélection officielle hors compétition.
Le titre reproduit le texte en arabe d’une banderole d’un manifestant du 14 janvier 2011, jour où les tunisiens ont « dégagé » leur dictateur Ben Ali.

La construction du film-documentaire sur la " Révolution du Jasmin ", s’appuie sur un entretien psycho-thérapeutique d’un patient sans visage, qui souffre d’un poly-traumatisme psychologique dû à toutes les peurs accumulées et à la terreur inculquée et imprimée dans les esprits des tunisiens par le régime dictatorial et policier de Ben Ali, représenté par ce patient sans visage.
Même la paranoïa qui touchait tous les tunisiens a été évoquée par un jeune membre d'un comité de quartier qui protégeait ses habitants contre la milice de Ben Ali. Heureux de la libération de la parole, il raconte à ses amis de circonstance à quel point l'ami se méfiait de son ami de peur qu'il ne soit un "indic" au service de ZABA. 

Pour exorciser les peurs du patient, la psychiatre l’encourage à les exprimer à travers une création artistique. En l’occurrence elle lui propose de faire un patchwork en déchirant dans les journaux qu’elle lui soumet, de tout ce qui nourrissait ses peurs.

En déchirant les journaux pour n’en retenir que les photos et les passages qu’il va assembler, il déchire symboliquement les journaux qui représentaient à eux seuls tout le système Ben Ali, quand les journalistes zélateurs ne produisaient que des articles laudateurs à la gloire du Président du Changement du 7 novembre 1987 !
Journaux qui faisaient honte à tout un peuple.

Vers la fin du film, le patchwork prend forme et le patient semble guéri de ses démons.

La musique du film n'est autre que l'hymne national chanté par Alia Sellami, à la façon d'une berceuse au rythme lent et doux comme pour accompagner le convalescent dans sa sortie du cauchemar où l'avait plongé Ben Ali. Elle lui rappelle que : « Si un jour un peuple décide de vivre, force au destin d’y répondre, force à la nuit de se retirer et force aux chaînes de se briser », quatrain célèbre, du poète national tunisien, Abou El Kacem Echabbi.

Le cinéaste nous donne la clef de son film lors du débat qui suivra sa projection :
Les tunisiens par leur révolte se sont émancipés de l’image du père très prégnante dans les sociétés dites "arabo-musulmanes". Ce qui est un acte fondateur, dit-il, que vont copier d’autres peuples arabophones : Égyptiens, Libyens, Syriens, Yéménites … qui rejettent eux aussi leur "père de la nation", autoproclamé pour une présidence à vie transmissible à sa descendance. Mais qui commence à toucher aussi les monarchies : Bahreïn, Jordanie, Maroc….

Ce fil conducteur, permettra au cinéaste d’illustrer ces peurs à travers le parcours de trois tunisiens devenus célèbres pour leur combat et leur courage, en lesquels tous les tunisiens se retrouveront le 14 janvier 2011 pour dire stop à la dictature :

      -          L’avocate Radhia Nasraoui, militante des droits de l’homme,
      -          Le journaliste Cherif Hamma, et
      -          La blogueuse Lina Ben Mhenni.

Choix judicieux : bien que je ne connaisse pas la couleur politique du réalisateur, je pense que son choix s'est porté sur des "acteurs" pacifistes à l'image de la révolution elle-même d'un peuple de nature pacifiste et qui l'a prouvé durant ses manifestations contre son Ben Ali. S'il n'a pas parlé des Frères musulmans qui ont payé eux aussi leurs tribus à la dictature de Ben Ali, c'est parce que leur mouvement Ennahdha n'a pas brillé par son pacifisme ! Bien au contraire, les tunisiens et surtout les tunisiennes, ont encore en mémoire leur terrorisme aveugle et leurs attentats dans lesquels des tunisiens sont morts.

Ces trois personnages, chacun à sa manière, donneront une densité émotionnelle à leur témoignage. Toute fois, le cinéaste n’a pas voulu, semble-t-il, tomber dans le pathos; puisque chacun de ses « acteurs » ou leurs proches, apportent en plaine dramaturgie une note humoristique. Humour devenu pour les peuples opprimés, seul recours pour continuer à vivre. C’est un peu leur façon de résister à la dictature. 

Radhia Nasraoui et son mari Hamma El Hammami émouvants tous les deux, racontent quelques anecdotes à propos de leurs incessantes démêlées avec la police secrète de Ben Ali, dont une touchante : un portraitiste sur les quais de la Seine à Paris, suppliait Radhia de poser elle et sa fille pour lui. N’ayant pas d’argent, elle a refusé. Il insistait, lui proposant le prix d’un euro par portrait. Cela l’a bouleversée qu’elle ait trouvé plus nécessiteux qu’elle. Elle accepte. Au cours de la séance, il lui semble la reconnaître. Elle décline son identité. En effet il connaissait son combat. Il lui avoue qu’il avait renoncé à se suicider le jour où les médias ont parlé de sa grève de la faim, admiratif de son courage et de son obstination devant l’adversité, lui qui vit, lui dit-il,  dans un pays libre.

La jeune blogueuse Lina, était la plus touchante des 3 « acteurs ».
Pudique, c’est par son père pas peu fier de sa fille, que nous apprendrons son propre combat contre le lupus, une maladie auto-immune rare, qui s’est attaquée à ses reins. De dialyse en dialyse elle ne doit de survivre qu’à la greffe du rein que sa mère lui avait offert.

Cette jeune fille de parents militants, trouvera dans la révolte de Sidi Bouzid un exutoire pour exorciser sa peur de sa maladie qui la minait de l’intérieur et dont elle se sentait prisonnière. Elle sera parmi les premiers à vouloir enquêter sur la mort de Mohamed Bouazizi. 
De ce qui était du domaine inconsciemment allégorique entre le corps et la maladie, elle va découvrir l’ampleur des dégâts du régime policier de Ben Ali et le grand mal qui ronge tout le corps social tunisien, dont Mohamed Bouazizi va se libérer en s’immolant.
La rage dans le ventre, elle décide de témoigner de ce qu’elle voit, puisque l’information officielle est quasi inexistante, utilisant pour cela les nouveaux réseaux sociaux.
Elle a eu le courage de témoigner sous son vrai nom via son Blog ! Ce que la police secrète de Ben Ali ne tardera pas à repérer pour venir cambrioler ses parents et voler toutes ses vidéo reportages.
Modeste, Lina conteste que son père admire son engagement politique et son militantisme. Ce qu’elle refuse d’admettre, se contentant d’un rôle d’observatrice qui rend compte de ce qu’elle voit, dira-t-elle modestement.

Quand au père, il dit que chaque fois qu’il passait devant le ministère de l’intérieur, devenu le ministère de la torture pour les tunisiens, cela lui ravivait ses souffrances et les tortures qu’il y avait subies sous le régime de Ben Ali. Il n’en fera le deuil, dit-il, que depuis le 14 janvier quand les tunisiens viendront à bout de leur « Bastille ». Par ailleurs, il n'a cessé de rendre hommage aux tunisiennes qui étaient nombreuses et souvent aux premières lignes lors des manifestations et lors des accrochages avec les forces de l'ordre. Les tunisiens leurs doivent leur révolution, rappelle-t-il.

A la fin de la projection, il y a eu quelques questions posées au cinéaste sur la révolution tunisienne et son évolution. Devant certaines inquiétudes des français, nombreux dans la salle, le cinéaste s’est voulu raisonnablement rassurant. Particulièrement en ce qui concerne la montée de l’islamisme en Tunisie, estimant que ce parti ferait probablement 20 à 30 % des voix mais qu’on ne gouverne pas même avec ce score, pas plus que le Front National qui frôle les 20 % en France ne gouvernera le pays.
A une militante pour les droits de l’homme qui demandait quelle action prioritaire verrait-il pour la Tunisie pour les militants ; sa réponse était : les médias. Parce qu’ils sont aux premières lignes pour l’information du peuple. Sa crainte est que la corruption change de nature. Car si les journalistes tunisiens semblent s’être émancipés du pouvoir politique, il reste le pouvoir de l’argent contre lequel on ne peut rien faire, rappelle-t-il.  

Après avoir vu ce film on sort ému, admiratif et en définitif plein d’espoir. Un peuple qui a réussi cela ne pourra plus jamais accepter une dictature quelle qu’elle soit. Il a exorcisé sa peur.
Désormais il n’aura plus jamais peur.


Livre : Tunisian Girl, Blogueuse pour un printemps arabe. De Lina Ben Mhenni
          Idigéne éditions.

Ces pétromonarques qui veulent jouer dans la cour des grands

Quand les bédouins d'Arabie se mêlent de la géo-politique, c'est la catastrophe pour le monde dit "arabo-musulman" ! 
R.B 
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Le grand déballage de l’ex-premier ministre Qatari
Financement du terrorisme 
Dans un entretien accordé à la BBC l’ex- premier ministre et ex-chef de la diplomatie Qatarie Hamad bin Jassem al Thani, a fait de graves révélations sur le soutien considérable apporté par son pays aux factions armées en Syrie à travers la Turquie, avec la complicité des forces Américaines et d’autres pays de la région, en l’occurrence l’Arabie saoudite, la Jordanie, les Émirats Arabes Unis et la Turquie. 
Hamad bin Jassem a été plus loin en révélant que la Syrie avait échappé en 2007 un an après la défaite d’Israël au Liban à un plan apocalyptique visant sa désintégration.
L’ex-premier ministre Qatari a par ailleurs indiqué que Doha a été désigné pour
 s’occuper du dossier de la crise Syrienne avec l’approbation totale de Washington et Riyad, soulignant que son pays est en possession de preuves irréfutables en forme de documents officiels émanant d’Arabie Saoudite et des Etats-Unis, mandatant le Qatar à prendre en charge le dossier de la crise Syrienne dès 2011. Hamad Bin Jassem a tenu à souligner que le soutien militaire fourni par son pays aux groupes armés en Syrie, était acheminé via la Turquie en coordination avec les Etats-Unis.
L’acheminement du soutien logistique destiné aux factions armées opérant en Syrie, était selon l’ex-chef de la diplomatie Qatarie, assuré par les forces Américaines, Turques et Saoudiennes, à partir de la base américaine Incirlik en Turquie. Une base gérée par des officiers des services de renseignements Américains, Turcs, Saoudiens, Qataris, Emiratis, Marocains, Jordaniens, Israéliens, Français et Britanniques, et dont la première mission était la coordination des opérations militaires en Syrie.
Washington a de surcroît mis à la disposition de cette unité du renseignement militaire, six satellites d’espionnage opérant 24 heures sur 24, fournissant tous les détails les plus précis sur l’évolution de la situation sur le terrain, avec photos à l’appui, directement transmis à la salle d’opération dans la base Incirlik, chargée de superviser les opérations militaires dans la zone nord de la Syrie. Les satellites Américains assuraient en même temps la transmission des informations à d’autres centres d’opérations implantés dans la région, notamment dans la ville d’Irbid en Jordanie, dans la région Nord du Royaume, dans la base aérienne Al-Hussein, gérée par des officiers du contre-espionnage Jordaniens, Israéliens, Saoudiens, Emiratis, Américains, Britanniques et Qataris, en charge aussi de superviser les opérations militaires dans la zone sud de la Syrie.
137 milliards de dollars dépensés par le Qatar
L’ancien premier ministre et ex ministre des affaires étrangères Qatari Hamed Bin Jassem al-Thani, qui était aux commandes du Qatar au moment du déclenchement de la guerre en Syrie (2001), affirme en substance que le conflit Syrien a coûté au trésor de son pays plus de 137 milliards de dollars, soulignant au passage que les émirs et commandants des factions armées ont profité de cette manne financière et de l’argent qui coulait à flot, au point où certains d’entre eux sont devenus des milliardaires, l’argent a aussi servi de provoquer des désertions dans les rangs de l’armée Syrienne. Un militaire sans grade qui accepte de déserter l’armée Syrienne et intégrer une milice armée, recevra une enveloppe de 15.000 dollars, alors qu’un officier touchera environ 30.000 dollars.
L’ex-premier ministre Qatari qui a décidé de faire la lumière sur toutes les manœuvres des pays de la région, avec l’appui des grandes puissances occidentales, pour instaurer le chaos en Syrie, n’a pas épargné certaines personnalités Syriennes qui avaient trahi leur pays pour une poignée de dollars. Il cite à titre d’exemple dans son entretien à la BBC le cas de l’ex-premier ministre Syrien Riyad Hidjab qui a décidé de claquer la porte, après avoir été approché par son cousin basé en Jordanie, qui lui a présenté une offre Saoudienne de 50 millions dollars en contrepartie de sa dissension, une offre alléchante qu’il avait immédiatement acceptée.
Hamed Bin Jassim revient aussi sur la défection de l’ex-commandant du corps d’élite syrien, la garde républicaine, Manaf Tlass, un arrangement mis au point dans les sous-sols de la DST Française, en collaboration avec la sœur de Manaf Tlass qui est établie depuis longtemps en France, naturalisée Française, Nahida Tlass, veuve de l’homme d’affaire Syro-Saoudien Akram Ojjeh. L’ancien responsable politique qatari qui a subitement décidé de briser l’omerta sur les manœuvres des principaux acteurs de la région dans le conflit Syrien a dans la foulée évoqué le rôle clef du premier ministre libanais Saad Hariri, dans le conflit du pays voisin la Syrie, à partir de son bureau dans la ville Turque de Gaziantep, bureau dirigé par le député Libanais Okab Sakr qui organisait le trafic d’armes vers la Syrie, et cette intrusion de Hariri dans le conflit syrien est une des cause de sa faillite dans les affaires.
Al-Magharibia financée par le Qatar

L’ancien ministre Qatari a enfin avoué que son pays a joué un rôle clef dans la destruction de l’Egypte, la Libye, la Syrie et le Yémen à travers un plan concocté aux Etats-Unis. Hamad Bin Jassem a tenu à mettre en garde contre le rôle joué par des médias comme la chaîne Al-Jazeera dans cette stratégie globale d’instaurer le chaos dans plusieurs Etats de la région. Et de citer d’autres médias financés par l’Emirat du Qatar comme la chaîne de l’ex-FIS Al-Magharibia, chargée de ternir l’image de l’Algérie, en travestissant la réalité et en engageant même des enfants de Harkis pour accomplir une telle besogne, dans le pays du million et demi de chouhadas (martyrs).
Cela dit, ce déballage à la BBC, par un des hommes clefs de l’Emirat du Qatar, montre preuves à l’appui, que les pays cités plus haut ont constitué une large alliance de guerre contre la Syrie qui a subi depuis 2011 une extraordinaire agression qui a mis en scène 200.000 terroristes venus de 87 pays, mis en ruine le pays, entraînant la mort de quelque 300.000 personnes et engendrant 7 millions de réfugiés.
A quand la Cour internationale de Justice (CPI) pour les responsables de ce génocide, de ces crimes de guerre et crimes contre l’humanité ?

samedi 11 novembre 2017

La face cachée de Tarik Ramadan

Les Ramadan sont aussi dangereux que leur grand père Hassan Al Banna, le fondateur des Frères musulmans !
R.B

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En septembre 1994, Tariq Ramadan, professeur de français dans un collège de Genève, crée l’association Musulmans, Musulmanes de Suisse (MMS) et se bombarde président, sans tenir compte du fait que la plupart des musulmans de Suisse ne viennent pas d’Afrique du Nord mais de Turquie, de Bosnie, du Kosovo, et vivent en Suisse alémanique. Dès le 16 décembre 1994, Tariq Ramadan organise le premier congrès du MMS. Les musulmans ne se bousculent pas pour répondre à son appel. Qu’à cela ne tienne, il fait venir par bus entiers de l’Hexagone des militants de l’union des organisations islamiques de France (UOIF), proches des Frères musulmans, notamment Malika Dif et Hassan Iquioussen. Mais une journaliste du magazine suisse L’Hebdo révèle le pot aux roses, titrant « Les musulmans de Suisse étaient… français ». Elle raconte qu’à l’intérieur du congrès, les non musulmans et les journalistes auraient été traités d’« insectes ». Tariq Ramadan ne s’en relève pas. Il décide d’abandonner la Suisse pour la France.

Faux professeur à Fribourg

Aujourd’hui encore, le petit-fils d’Hassan Al-Banna, le fondateur des Frères musulmans égyptiens, peine à se faire entendre sur les bords du lac Léman. Le Centre islamique de Genève, créé en janvier 1961 par Saïd Ramadan, le gendre d’Hassan Al-Banna, aujourd’hui dirigé par son fils Hani Ramadan, le frère de Tariq, est considéré par beaucoup de musulmans comme une secte obscurantiste. C’est sans doute la seule mosquée en Europe appartenant exclusivement à une seule famille, les Ramadan (voire le document ci-joint *). 
Quant à Tariq Ramadan, il n’a pas laissé que de bons souvenirs en Suisse. Enseignant, il séchait très souvent sa classe, critiquait ses collègues. Dans son livre Les Musulmans dans la laïcité, publié en 1994, il écrit en page 175 que les cours de biologie, d’histoire et de philosophie « peuvent contenir des enseignements qui ne sont pas en accord avec les principes de l’islam ».
Et surtout, il adresse des chroniques dans les journaux, notamment dans Le Monde, pour réclamer « un moratoire sur l’application de la charia ». Il se présente comme « professeur de philosophie et d’islamologie à l’université de Fribourg ». Or, il n’est ni professeur, ni même assistant. Tariq Ramadan se contente de donner bénévolement chaque semaine un exposé d’une heure sur l’islam aux étudiants fribourgeois. Néanmoins, c’est cette carte de visite biaisée qui lui permet de se faire passer à l’étranger pour un universitaire. « Malgré un bagage intellectuel assez léger, Ramadan se prévaut aujourd’hui d’enseigner à Oxford. Il oublie simplement de préciser que sa chaire universitaire est financée intégralement par le Qatar », souligne Alain Chouet, ancien chef du service de renseignement de sécurité à la DGSE. Pour mémoire, en sortant son chéquier, l’un des fils de Kadhafi avait obtenu un doctorat d’une université britannique, ne se donnant même pas la peine de le rédiger lui-même.
Des guetteurs sur la Toile
Charles Genequand, spécialiste du monde arabe à l’université de Genève, n’a jamais été convaincu par le sérieux de Tariq Ramadan. Il lui a refusé sa thèse portant sur le réformisme islamique et Hassan Al-Banna. Les raisons ? Tariq Ramadan tentait de faire passer son grand-père pour un Gandhi musulman. « Non seulement, il refusait d’apporter des corrections à sa thèse, mais il harcelait les membres du jury pour l’obtenir au plus vite », se souvient Charles Genequand. Témoignage confirmé par Ali Merad, professeur émérite à l’Université de la Sorbonne Nouvelle Paris III et auteur de trois Que sais-je ? sur l’islam. Tariq Ramadan est allé jusqu’à le menacer d’une plainte universitaire s’il n’obtenait pas son doctorat. « J’ai été directeur de thèse pendant près de quarante ans en France, en Belgique, en Suisse. Je n’ai jamais vu un étudiant se conduire de la sorte », a témoigné Ali Merad. À cette époque, Tariq Ramadan décrochait lui-même son téléphone pour insulter et menacer tous ceux qui n’appréciaient pas à sa juste mesure son talent.
Aujourd’hui, il peut compter sur des dizaines de guetteurs sur la Toile. « Il suffit que j’écrive trois lignes sur Internet un peu critique vis-à-vis de Tariq Ramadan pour que je reçoive immédiatement une cinquantaine de messages plus que désagréables de la part de ses sbires », dénonce Ahmed Benani, politologue et anthropologue à l’université de Lausanne. « Tariq Ramadan n’est qu’une icône télévisuelle. Où sont ses travaux universitaires ? Aucun chercheur, qu’il s’agisse d’Olivier Roy, de Gilles Kepel, de Rachid Benzine, de feu Mohammed Arkoun ou d’Abdelwahab Meddeb ne l’a jamais pris au sérieux », lâche Ahmed Benani, qui a connu à Genève Saïd Ramadan, le père d’Hani et de Tariq Ramadan, disparu en 1995.
Les musulmans privés de parole
Même son de cloche de la part de Mohamed-Chérif Ferjani, islamologue et professeur à l’université Lyon-2. « Les insultes ? Je ne prends même plus le temps de les lire. En revanche, Tariq Ramadan n’ose pas m’affronter directement. J’ai dénoncé ses multiples mensonges dans mon livre Le politique et le religieux dans le champ islamique ** ». Pour enjoliver l’image d’Hassan Al-Banna, Tariq Ramadan gomme systématiquement le caractère militaire et violent des Frères musulmans, en traduisant par exemple « jundî », non pas par « soldat », mais par « militant », et « katîba » par « cercle » au lieu de « brigade » ou « phalange ». Plus grave, il oublie de rappeler qu’Hassan Al-Banna prônait le califat « comme la seule forme possible de l’Etat islamique ». « Une bonne partie des attaques sur Internet sont pilotées par des professeurs d’université français. Ils demandent à leurs étudiants-chercheurs d’insulter tous ceux qui émettent des doutes sur les compétences de Tariq Ramadan », assure Mohamed-Chérif Ferjani.
« Bien évidemment, Tariq Ramadan a beau jeu de prétendre qu’il n’y ait pour rien. Mais je constate qu’il n’a jamais pris ses distances avec les insultes et les menaces proférées par ses acolytes. Ces derniers s’en prennent tout spécialement aux intellectuels d’origine musulmane. Le but est de créer un climat détestable et de tout faire pour empêcher les musulmans, qui ne partagent pas les idées de Ramadan, de s’exprimer », commente Haoues Seniguer, maître de conférence en science politique à Sciences Po Lyon. « C’est d’autant plus désagréable que les écrits de ce personnage méprisant manquent terriblement d’épaisseur scientifique. Un élément significatif : les lacunes révélatrices en matière de culture islamologique où les références à des penseurs tels que Rachid Benzine, Nasr Hâmid Abû Zayd, ou Mohamed Arkoun sont systématiquement absentes, voire écartées, car elles ne cadrent pas avec son système idéologique global ».
La bouche tordue par la haine
Même son de cloche de la part de Dominique Avon, agrégé d’histoire, licencié d’arabe, professeur à l’université du Maine, spécialiste des religions : « Dans Muhammad, vie du prophète, Tariq Ramadan s’en tient à un discours de traditionniste en présentant Adam comme le premier prophète ! Adam est une figure mythique, aucun autre universitaire un peu sérieux n’oserait écrire ce genre de chose », souligne-t-il, ajoutant que « celui qui se présente comme islamologue n’utilise jamais la moindre source académique pour parler des premiers siècles de la religion musulmane ». Ses seules références sont le Coran, les Hadiths (les actes et les paroles du prophète) non soumis à la critique historique, et quelques commentateurs médiévaux soigneusement sélectionnés.
Face à des contradicteurs, Tariq Ramadan abandonne très vite son sourire de miel, pour éructer, la bouche tordue par la haine. Le docteur Bakary Sambe, enseignant-chercheur au centre d’étude des religions, UFR des civilisations, arts et communication, à l’université Gaston Berge, à Saint-Louis du Sénégal, en a fait la triste expérience. « Alors qu’en France, il se vante d’être pleinement européen. En Afrique, il désigne l’Occident comme l’origine de tous les maux des musulmans. Sur l’intervention française au Mali, il adopte exactement la même position que les Frères musulmans, le Tunisien Rachid Ghannouchi et l’ Égyptien Mohamed Morsi », rappelle Bakary Sambe. Mais pour s’être opposé à Tariq Ramadan, l’universitaire sénégalais a été présenté comme « anti-arabe » et même « pro-israélien », dans des écrits adressés à des étudiants musulmans, jusqu’aux Etats-Unis. « J’ai été obligé d’écrire un article en anglais pour contrer tous les mensonges que Tariq Ramadan proférait à mon égard », dénonce le chercheur africain.
* Ian Hamel, « La vérité sur Tariq Ramadan. Sa famille, ses réseaux, sa stratégie », Editions Favre, 2007.

** Mohamed-Chérif Ferjani, « Le politique et le religieux dans le champ islamique », Fayard, 2005.